Beaucoup de clichés pour des bases paradoxalement très intéressantes a priori.

Avis sur Cursed : La Rebelle

Avatar Vy Ty
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Curieux de la saison 2 de cette adaptation Arthurienne même si un Arthur noir m'a déboussolé autant que l'idylle entre Arthur et Nimue, (Vivianne, la Dame du lac), placée en héroïne principale...

La moyenne de la série, catastrophique, n'est pas du toute représentative de sa qualité. Elle ne m'étonne pas tant que ça pourtant. Il faut aller au-delà des préjugés que j'ai moi-même eus au début. On a l'impression d'une série pour adolescente pour de multiples raisons : le caractère juvénile, adolescent des protagonistes, la volonté de placer des personnages noirs dans une légende britannique médiévale parce que c'est politiquement correct et à la mode, pour la même raison une jeune adolescente en personnage principal, donc une relation amoureuse réaliste d'adolescents (donc sans intérêt, le réalisme émotionnel est chiant quand il se contente de présenter la réalité superficielle et clichée des amours adolescentes) et un manichéisme de premier abord.

On a l'impression que la légende Arthurienne est trahie de font en comble. Sauf que cette légende a toujours été adaptée avec beaucoup de libertés, avec succès ou non. Celle-ci apporte en réalité certaines perspectives plus profondes que ne le laissent supposer les faits précédemment mentionnés. C'est le personnage de Merlin, en cynique désillusionné, symbole de l'échec des idéaux, qui amène la série vers une perspective tragique potentiellement très intéressante. Cette vision du sorcier n'est plus si originale que ça depuis deux décennies, cependant, elle semble assumer ici le récit de la fin d'un monde, d'une civilisation et la naissance d'une nouvelle. C'est ce côté tragique qui est vraiment intéressant. La série semble présenter une civilisation comme centrale, celle qui attirera la sympathie du spectateur. Une série fondamentalement clichée nous proposerait alors le récit de sa sauvegarde. Pourtant comme Merlin l'affirme dans cette série, il semble bien qu'il s'agisse d'accepter ici la mort d'une civilisation, aussi sympathique soit-elle, et potentiellement la naissance d'une nouvelle à venir dans les saisons futures. Accepter la fin tragique et inéluctable de toute civilisation pour se résigner à un nouveau monde et à de nouveaux idéaux. C'est une problématique à la fois très actuelle et très audacieuse qui porte le scénario.

La fin de la saison surprend donc car elle explicite finalement ce propos, elle pose des bases intéressantes pour la suite. J'espère que la notation sévère du site n'est pas représentative de l'échec populaire de la série qui nous priverait de son potentiel. Sans saisons à venir, il est certain que cette série perd presque tout intérêt. Les bases créées par cette saison sont finalement très riches, mais tout ce qui n'annonce pas la suite de ces dix épisodes, n'a pas grand intérêt. On s'attend donc justement à voir les personnages fades et clichés pour l'instant , ceux qui deviendront les futurs chevaliers de la table ronde a priori, prendre de l'envergure et évoluer réellement dans la suite pour devenir les personnages que l'on connait. Plus charismatiques et matures en somme. La fin est normalement là pour annoncer l'événement qui explique l'évolution vers ce que l'on attend habituellement d'une saga arthurienne.

Je n'ai que deux appréhensions pour la suite. Premièrement, les choix politiquement corrects et les clichés ne vont-ils pas pousser le public un peu exigeant à ne laisser aucune chance à cette série et à ne pas aller au-delà du superficiel ? La moyenne de senscritique semble indiquer une telle réception. Si le public restant est donc limité à des adolescentes, pourquoi la série prendrait la peine d'exploiter la profondeur des bases posées qui ne sera alors probablement pas appréciée par le public désormais visé ?
Deuxièmement, le titre de la série semble clairement placée définitivement l'héroïne de cette première saison en personnage principal. Pourtant l'intérêt de la suite reposerait en grande partie sur les autres personnages, plus ou moins secondaires jusque-là. La Dame du Lac peut servir d'élément principal introducteur à une saga Arthurienne, comme Merlin l'est souvent dans les romans, voir même le père de Merlin (voir Taliesin dans la série littéraire de fantasy de Stephen R. Lawhead) mais son rôle doit normalement fortement diminué par la suite.

La "mort et noyade" de l'héroïne à la fin de la saison semble l'ancrer d'ailleurs dans son rôle légendaire de Dame du Lac.

Comment expliquer alors le titre de la série qui sembler impliquer la pérennisation de son rôle de personnage principal. A vrai dire, le titre original, simplement "Cursed" laisse une plus grande marge d'interprétation, l'épée peut-être l'objet de cette malédiction. On peut espérer un choix malheureux de la traduction française du titre qui rajoute "La Rebelle". Mais reste le problème du public visé, le changement de focalisation dans une série est très mal accepté par le public adolescent. Que l'héroïne d'une première saison devienne personnage secondaire est un choix audacieux qui ne sera pas pleinement apprécié par le public auquel cette série semble malheureusement devoir se destiner, non pas à cause de son potentiel ou des bases installées, mais bien par sa réception.

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