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Le thème des erreurs judiciaires aux Etats Unis a donné lieu à quelques portraits parfaitement inquiétants. Le documentaire Making a Murderer, le plus saisissant sur le système fédéral, écrit et réalisé par Laura Ricciard et Moira Demos, pour une durée d'une dizaine d'heures, aura pris 10 ans aux auteurs pour enquêter, et dont une suite devrait être en route, l'affaire n'étant pas terminée.

Si nous savons que les délinquants noirs reçoivent des peines plus longues que les blancs, que les services d'Etat forcent les aveux pour éviter des procès longs et coûteux et permettre aux accusés une réduction de peine, c'est surtout un certain nombre d'innocents qui sont envoyés en prison, et la série When they see us tente de décrire le fonctionnement et les failles du système judiciaire américain. Témoignages sous contrainte, preuves fabriquées, et la fameuse méthode Reid pour des policiers autorisés à mentir aux suspects, jouant sur la peur et l'absence tant des parents que des avocats, pour des adolescents déjà éprouvés par des heures d’audition, avec la promesse qu’ils pourront rentrer chez eux, après avoir plaider coupable et apposer leur signature en bas de la feuille. Confesser des aveux écrits, détailler le crime inconnu à force de détails contradictoires et invraisemblables, les deux jurys condamneront sans l'ombre d'un doute.

On pense au documentaire West of Memphis ou Les 3 de Memphis, accusés de meurtre sans preuve suffisante, qui auront passés presque 20 ans derrière les barreaux. Ici ce sont Les cinq de Central Park qui écopent de 6 à 13 ans par l'incompétence d'un système fédéral en défaut, sous pression politique, à la recherche de chiffres et à une époque où Central Park n'était pas le lieu bucolique d'aujourd'hui.

Le documentaire de Ken Burns The five of Central Park, sorti en 2013 pour la réhabilitation du groupe, n'aura pas eu le même impact que la série de Ava Duvernay et le divertissement aura eu pour effet de mobiliser les foules et de mettre sur la sellette la procureur qui aura poussé à l'arrestation, niant le manque de preuve, s'attachant à un féminisme exacerbé toute proportion non gardée... La toujours excellente, Felicity Huffman reprend le rôle de cette femme devenue depuis l'affaire, une romancière à succès.

Mais Ava Duvernay commet ses mêmes erreurs rose bonbon qu'on lui connaît, axant son récit sur un sentimentalisme qui force le trait et qui prend le pas sur les enjeux attendus s'attachant à ses personnages en oubliant une caractérisation essentielle. La réalisatrice brosse le portrait de la malchance, de l'incompétence et d'un racisme ancré au plus profond des mentalités, mais n'aura pas la force de la dénonciation, que l'on retrouve dans les documentaires mais aussi pour le genre divertissement dans l'excellente série American crime de John Ridley, qui au fil de ses trois saisons, jongle parfaitement entre divertissement et réflexion pour une photographie des Etats-Unis d'aujourd'hui toujours embourbés dans le racisme ordinaire.

Malgré quelques beaux effets de mise en scène, de photographie des habitants de Harlem et de sa communauté, de liens d'amitiés d'une jeunesse insouciante, l'ensemble ne suffit pas à relever la série du simple constat d'une affaire supplémentaire et de la mise en valeur d'acteurs. On retrouve avec plaisir Michael K.Williams, Vera Farmiga, Famke Janssen, l'excellente Niecy Nash, John Leguizamo, Joshua Jackson,Jovan Adepo, et on remarque Asante Blackk..
Les flahbacks répétitifs, les jeux d'acteurs inégaux voire poussifs, les dialogues sans impact, et surtout les ellipses maladroites, et les montages sautant allègrement un certain nombre d'années sans creuser le plus difficile qui aura été vécu, ou le cheminement des familles, maintiennent la distance entre les personnages et pour nous spectateurs et l'émotion a du mal à se frayer un chemin.
Seul le dernier épisode maintient le cape, évite les erreurs précédentes et révèle le drame de la prison, s'accordant quelques moments fantasmés d'un jeune perdant peu à peu le sens de la réalité, et réussi à capter l'intérêt.

Aujourd'hui encore il est difficile pour certains de reconnaître l' innocence de Antron McCray, Raymond Santana, Yusef Salaam, Kevin Richardson et Korey Wise. On peut dire que la série à au moins le mérite du gros clin d'œil au gouvernement actuel, et tombe bien a propos.

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