Un remake raté pour les 50 ans de la série originale, sauf sur un point !!!

Avis sur Dororo

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EDIT : je vais retoucher un peu ma critique apres le dernier episode. Au fil des episodes, il est clair que ce que j'ai dit des le depart s'est impose a toujours plus de spectateurs. La serie s'enlisait, n'a pas de magic touch comme la serie de 69 pour immerger le spectateur, rendre le recit dynamique. C'est assez morne et il y a meme eu un episode particulierement bacle dans l'animation. Seule l'idee de depart du personnage qui voit des lumieres floues dans l'obscurite d'une vision interieure et n'arrive pas a communiquer etait geniale, mais elle ne passait pas le troisieme episode sans etre releguee au second plan accessoire. Or, des episodes 21 a pour l'instant 23, on retrouve enfin une super idee d'adaptation, le traitement du frere de Hyakkimaru qui avec ses deux acolytes tourne sur lui le pacte fait par son pere avec les demons, on a de tres belles scenes d'horreur fantastiques bien chargees symboliquement et alors que l'idee de traiter Hyakkimaru en homme qui s'obsedant a recuperer son corps peut virer au demon ne marchait pas, la enfin on entre dans le delire ou Dororo doit sauver l'humanite d'un malheureux qui n'a pas d'autre choix que de se battre pour ses membres. La fin de l'anime enfin est tres bonne comme l'a ete le premier episode, enfin ! Je prefere bien sur Tezuka, mais la une vraie dimension profonde est assuree... Vivement que je lise le manga pour tout bien evaluer et comparer.

Ce remake était l'occasion de découvrir une œuvre de Tezuka que je n'ai pas encore pu découvrir sous sa forme de manga. J'ai enchaîné les onze premiers épisodes en deux journées, il y en aura 24.

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Il y a des épisodes inédits dans les deux séries, et plusieurs épisodes en deux parties de 1969 sont réduits à un seul dans celle de 2019, mais l'amplification inverse est vraie aussi. Certains épisodes ne sont pas dans le même ordre.

Episodes 1 et 2 de 1969 Hyakkimaru-no-maki parties 1 & 2 correspondent respectivement à l'épisode 1 de 2019 et à une partie du scénario inédit des épisodes 3, 5 et 6 de la nouvelle série.

Episodes 3 et 4 (69) / Episode 2 (2019) : démon Bandai
Episodes 5 et 6 (69) / Episode 9 (19) : enfance de Dororo
Episodes 7 & 8 (69) / Episode 4 (19) : le sabre maudit
Episodes 9, 10 et 11 : Banmon-no-maki parties 1, 2 et 3 (69) / Episode 10 inédit autour du demi-frère de Hyakkimaru puis épisodes 11 et 12: Banmon parties 1 et 2 (19)
Episodes 12 & 13 (69) / Episode 13 (19) : le bouddha en quête de visage

Les épisodes 14 à 20 ne sont pas repris dans la série de 2019.
Les épisodes 7 et 8 de 2019 n'ont pas d'équivalent dans la série de 1969.

Episode 21 The Moth Mother (69) / Episodes 14 (Sabame) et 15 (scène infernale) (19)

Pour l'instant, les épisodes 22 à 26 n'ont pas été repris dans la série de 2019.
Les épisodes 16 à 18 (requins et carte au trésor) sont inédits, ils n'avaient pas été retenus dans la série de 1969, bien que le récit provienne directement du manga.
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Arrêté dans mon visionnage, j'ai cherché à connaître la série originale et je suis tombé dessus avec un sous-titrage en anglais. J'ai donc mis en ligne une critique détaillée sous la rubrique de la série de 69.
La série originale est nettement supérieure au remake, à tel point qu'à tête reposée j'ai baissé la note de cette création de 2019. Toutefois, il y a bien un point sur lequel le remake est génial, c'est le problème qu'a le héros pour communiquer. En plus, comme c'est une invention de l'animé en cours, raison de plus aussi pour ne pas complètement désavoué la première impression que j'ai eue en regardant ses onze premiers épisodes.
Donc, l'histoire, c'est celle d'un orphelin qu'on soupçonne être une fille se faisant passer pour un garçon dans un monde cruel et qui, sauvé par un être maudit, décide de l'accompagner. Dans la série originale, nous comprenons mieux pourquoi il donne son nom à la série, il est plus mis au centre et a une portée symbolique nettement plus grand, le récit s'intéresse à sa formation. Quant à cet être maudit, il est le fils abandonné d'un grand seigneur. Il lui manque plusieurs parties de son corps qu'il doit retrouver en affrontant des démons. A sa naissance, son père a fait un pacte avec les démons, il leur offrait ce qu'ils voulaient en échange du pouvoir, et les démons ont pris plusieurs parties du corps de l'enfant quand la mère était sur le point d'accoucher, mais en lui concédant quelques pouvoirs surnaturels pour survivre, se guider et identifier les âmes bonnes et les âmes mauvaises. Le remake orchestre superbement cette idée en montrant une vue étrange que peut avoir le héros de la réalité, une vue floue et sombre avec des formes imprécises, mais des taches colorées qui ont leur signification (gris, vert, rouge à l'intérieur de quelques silhouettes suggestives).
Dans la série originale, malgré des prothèses faites par un médecin, le héros parle et se comporte normalement. Ici, même s'il reste nécessairement beaucoup d'incohérences et de faits non expliqués, le héros ne peut radicalement pas communiquer, puisqu'il est aveugle, n'a pas d'oreilles, de nez,... Cela fait une différence considérable avec la série originale, et c'est une différence à saluer. On a les mêmes aventures, quasi les mêmes épisodes, mais il faut que le récit progresse à partir d'un héros qui ne sait pas parler au départ, puis qui communique peu, un héros au comportement autiste pourra-t-on dire. Et il faut dire que c'est bien fait et que ça marche.
Ceci dit, j'avais été frappé par certaines choses gratuites lors de mon visionnage des onze premiers épisodes. Depuis, j'ai vu sept épisodes de la série de 69 et il y a deux remarques qui s'imposent. En premier lieu, et comme je l'avais pressenti, la série de 2019 n'est pas claire, elle n'est pas racontée avec un souci du détail logique, alors même que les détails logiques sont pourtant bien explicités dans le modèle de référence. En second lieu, il y a eu des remaniements de l'histoire originale pour coller à cette idée d'un héros qui ne sait pas communiquer, et dans ces remaniements il y a eu de la perte. Toutes les pertes ne sont pas dues qu'à la difficulté posée par le fait que le héros ne sache pas communiquer, c'est carrément de la nonchalance, et certaines lacunes ne s'expliquent même pas par cette difficulté. En plus, il y a quelques défauts de rythme dans la série de 2019. Donc, même si j'ai constaté qu'un aspect original intéressant était propre au remake, j'en ai revu la note à la baisse.
En effet, il y a une certaine gratuité de plusieurs scènes du récit en 2019. Tout le cadre d'époque était clairement posé dans la série originale et ici ça s'évanouit un petit peu. Dororo n'est plus un enfant de l'époque sengoku, c'est un mangeur de chips dans un dessin animé. D'ailleurs, il y a un anachronisme quand le médecin qui l'a recueilli dit être tombé dans l'eau et avoir été recueilli par un bateau étranger où on lui a appris l'art des prothèses, ce qui peut plutôt correspondre à l'époque de fermeture du pays (1640-1843) plutôt qu'à la fin de l'ère sengoku avant 1570, puisque le clan Asakura est évoqué dans d'autres épisodes. Mai peu importe cet éventuel anachronisme. On perd aussi tout le message, toute la signification profonde de l’œuvre qui n'est pas vraiment récupérée par la prouesse mise à montrer un personnage qui ne sait pas communiquer et qui est pourtant le héros principal du récit.
Il n'y a pas que les subtilités du cadre historique qui s'étiolent, même l'histoire de base accessible à tous s'effondre.
Dans un épisode, Dororo prend dans ses mains une épée maudite qui veut du sang et transforme en assassin celui qui croit pouvoir s'en servir. Dans la série originale, Dororo est ensorcelé. Ici, on a une scène bizarre où il manie l'épée qui le tire droit devant lui, puis l'épée revient à la personne ensorcelée de départ. C'est l'idiotie la plus criante des onze premiers épisodes, mais c'en est une bonne. On perd toute une histoire sur l'évolution de Dororo, on perd toute l'allégorie du récit d'origine. Dororo voulait une épée, mais il est jeune, il ne la voit pas comme un moyen de défense, il ne comprend pas qu'elle fait de nous un assassin. Il va être grondé par Hyakkimaru, il va promettre de ne plus jamais en porter une à la sœur du gars qui s'est fait seppuku par la gorge pour rompre le charme (seppuku est la bonne expression pour "se faire hara_kiri", mais ça se fait dans le ventre, pas dans la gorge).
Mais on a encore plein de trucs pas clairs. A un moment, on a une histoire de démons avec un village exploité et des pièces de monnaie cachées. Dans la série originale, l'histoire est cohérente, tout est clair et, en plus, on a un super traitement pour bien voir qu'il ne faut pas juger les monstres sur les seules apparences, car un monstre peut prendre une bonne apparence, un monstre ne pas avoir de mauvaises intentions et un héros maudit peut faire le bien, mais faire peur. En 2019, on a deux épisodes comme en 69, mais c'est confus, mal raconté.
Dans une autre histoire en deux épisodes, le drame du père de Dororo est raconté de manière réductrice, on n'a pas autant de précisions sur le cadre d'époque que dans la série de 69. On n'a pas le même tableau des motivations humaines du personnage. Ce qu'il fait à la fin avec sa lance, les raisons pour lesquelles il rejette les gâteaux qu'on offre à son fils qui a faim, tout cela est mal mis en scène, ne parle pas vraiment, alors que c'est hyper important que ça marque le spectateur.
Pour l'épisode sur Mio, le premier amour d'Hyakkimaru, le héros maudit, on a en 2019 un traitement des sujets tabou de la prostitution et du viol compris par un enfant, c'est à peu de frais que la série devient adulte et profonde et est refaite dans les standards d'une époque. Oui, en 69, il n'y avait pas un épisode où on parlait de viol et de prostitution, quel progrès à peu de frais dans l'audace... Et, à côté de cela, alors que en 1969 on avait l'histoire qui s'arrêtait vraiment à Mio et à Hyakkimaru, en 2019, on a d'un côté Mio, Dororo et les enfants, et de l'autre Hyakkimaru qui laisse tout le monde en plan pour s'occuper d'un démon. Les deux histoires ne vont pas de pair, mais celle du démon sert de béquille évidente pour faire avancer l'histoire avec Mio : pour l'intéresser au malheur du héros, pour éloigner ce héros d'elle quand l'histoire prend un tournant tragique. Mais on ne fait pas du n'importe quoi pour faire progresser un récit... Il faut que tout soit bien coordonné...
Je reviens à l'épisode sur le passé de Dororo. L'insolation de Dororo, c'est très clair dans la série de 69 et puis on passe le relais à un cadre qui explique que les souvenirs mauvais il ne faut pas les oublier, car ils sont une partie de nous, il faut les affronter. Là, un enfant tombe dans les fleurs, et à la fin on ne sait plus s'il a souffert d'une insolation, d'une fleur qui lui a fait avoir un malaise en lui rappelant la mort de sa mère. Oui, on nous guide vers cette nouvelle idée, mais ce n'est tellement pas naturel que ça ne prend pas.
Si on suit passivement, on peut préférer la nouvelle série : on a des couleurs face à du noir et blanc, on a une animation au point, on a une présentation réaliste, on a des images d'horreur elles aussi réalistes et non cachées, c'est poétique, oui mais l'histoire est très mal racontée alors qu'il y a un modèle de départ qui était impeccable pour ça, puis si la série originale était plus dans le style bon enfant du dessin, un côté plus porté au comique et à la caricature, mais avec la note dramatique pourtant, comme on a dans Disney ou les cartoons, il n'en reste pas moins que cette série originale était beaucoup plus profonde, avec toutes ses images, toutes ses séquences, qui invitaient le spectateur à se représenter des choses, à trouver du sens à ce qu'il voyait. Ici, on dessine bien, mais on dessine ce qu'il faut. Il faut trois grains de poussière, il y aura trois grains de poussière, mais les positions des personnages, les plongées, les perspectives fuyantes, les regards, les mains, les choix de ce qu'on montre, de ce qu'on ne montre pas, tout ça ce n'est pas vraiment pensé en 2019, alors qu'il y avait une vraie mise en scène symbolique dans toutes les scènes de l'animé de 69. Oui, on fait un gros plan sur un œil, avec la variation méchant, pas content, avec une coloration brune de la pupille pour faire entendre que c'est un faux œil fait par l'homme, mais il n'y pas de dynamique de ce gros plan enchaîné à d'autres images, il n'y a pas d'expression propre à ce gros plan, il y a juste ce que ça dit et ça tombe à plat.
Même si les qualités de base qu'on est en droit d'attendre d'un animé qui se veut ambitieux sont trop oubliées, l'animé de 2019 s'en sort par deux choses, l'atmosphère (la seule raison de faire de l'art aujourd'hui on dirait) et le jeu de la difficulté à communiquer avec quelqu'un qui place la barre de l'autisme au plus haut. Voilà, c'est pour ça qu'on s'émerveille, c'est très bien, mais ça ne fait pas tout, et pendant ce temps-là l'histoire créée par Tezuka est suivie mais trahie par beaucoup de nonchalance...

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