Amour et réalité : deux concepts qui s'annulent

Avis sur Dr Foster

Avatar Presque
Critique publiée par le

Rangez vos Glenn Close et autres boderlines au placard. Le Docteur Gemma Foster les détrône toutes. Messieurs, si vous pensiez savoir jusqu'où peut aller une femme bafouée, trahie ou ignorée, vous allez changer d'avis. Imaginez le pire et multipliez-le par la puissance de X à l'infini... et vous aurez une idée de ce que vous réserve ce "Dr Foster".

Le couple est la reproduction miniature du début de toute civilisation. C'est le début de la famille, du groupe, du village et enfin des nations. Le couple est régi par des codes, des lois, des usages. Ici la version occidentale du couple monogame et co-dépendant, va se confronter à la réalité que tout couple est amené à envisager de près ou de loin un jour : celle de l'infidélité.

Superbement interprété (Suranne Jones et l'ensemble des seconds rôles), proprement filmé dans la froide clarté anglaise, "Dr Foster" est une belle réussite dans le format mini-série. Chaque épisode de la Saison 1 danse avec maestria sur le fil du rasoir. Naviguant dans une narration très subjective dont le prisme central est Gemma Foster, médecin généraliste dans une petite ville de la campagne anglaise : vous partagerez avec elle l'asphyxie de sa raison, le grondement de sa colère, le son aigu de son égo meurtri.

L'écriture est efficacement concentrée sur son thème unique : l'infidélité et ses conséquences. Même si quelques facilités (le personnage de la jeune patiente qui deviendra "détective amateur" en échange de quelques cachets de complaisance - la scène d'éviction d'un petit ami violent) émaillent ça et là le fil de l'histoire, le tout reste assez cohérent.

Gemma Foster, mariée depuis 14 ans à l'homme qu'elle aime, mère d'un gentil pré-ado et médecin respectée, va se confronter à une vérité que le ronronnement du quotidien avait réussi à occulter. Le couple n'est ni un édifice imprenable, ni un cocon douillet comme elle le pensait : le couple est une épreuve. Une épreuve, que dans un mouvement d'orgueil, elle voudra "gagner".

La dégringolade est générale. Elle est seule, pas uniquement face à son mari, mais aussi face à ceux qu'elle considérait comme ses proches. En état de sidération complète elle n'entend pas l'avertissement de son avocat : "Garder la maison et les enfants après un divorce, ne signifie pas avoir gagné". Comme elle n'écoutera pas non plus le conseil de son vieil ami et collègue "Parfois le problème, c'est l'endroit où on se trouve."

Gemma est en guerre, et cette guerre elle veut la gagner : ne pas partir, ne pas reculer, faire plier son mari par l'aveu de son infidélité, garder son fils, garder sa maison... Gemma est la "victime". Et la "victime" veut être dédommager. Gemma est "la gentille". Et les "gentils" dans son monde normal ça doit "gagner".

L'orgueil grondant à ses oreilles, ne lui permet plus d'entendre, le fracas de tout ce qu'elle casse inutilement sur son passage. La saison 2 qui se profile à l'horizon sera probablement pour le personnage, le moment de constater qu'après son mari, ce sera à son tour de faire face aux conséquences de ses actes.

"Ils se rencontrèrent, tombèrent amoureux, se marièrent, eurent ou pas un nombre contrôlé d'enfant et vécurent heureux certains jours pendant un certain temps..."

Voilà comment les histoires d'amour se terminent dans la réalité. Mais Gemma est comme vous et moi, pour elle, la réalité et l'amour sont deux concepts qui s'annulent... ou presque !

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 5449 fois
9 apprécient

Autres actions de Presque Dr Foster