Les androides rêvent t-ils d'anges et de démons?

Avis sur Ergo Proxy

Avatar Leon9000
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Contrairement au jeu vidéo, l'animation japonaise conserve toujours ses lettres de noblesse.

Le Japon est en effet le seul pays d'où proviennent encore des séries d'animation adultes, sombres et complexes bénéficiant d'un traitement plus intimiste et posé dans la narration, qualités qui se retrouvent dans cet Ergo Proxy. Alors que les productions occidentales ne parviennent plus à abandonner un dynamisme outrancier, Ergo Proxy fait parti de ces séries animées délaissant le spectaculaire pour privilégier la qualité de son ambiance et la complexité de son intrigue.

L'histoire nous place dans un univers cyberpunk dans lequel la Terre est devenue un lieu aride et misérable obligeant l'humanité à se protéger dans des dômes coupés du reste du monde. Dans ces villes futuristes, l'existence des individus est soumis à un contrôle implacable, chaque être humain est pour cela accompagné régulièrement d'un robot de compagnie baptisé autoreiv. Ces machines, supposées faciliter le quotidien des citoyens, permettent à la fois de surveiller en permanence l'activité des individus et de les influencer de manière à ce qu'ils n'aillent jamais à l'encontre du système. Ces autoreivs assistent tellement les hommes dans leurs tâches qu'ils en deviennent dépendants et ainsi n'éprouvent plus de volonté d'émancipation. Cette illusion de perfection se voit néanmoins confronté à son hypocrisie lorsqu'un virus dénommé Cogito fait son apparition, commençant à doter les autoreivs d'une véritable conscience.

Ce point de départ narratif est déjà suffisant pour susciter l'intérêt envers Ergo Proxy d'autant plus que la série animée bénéficie dans son intégralité d'une réalisation graphique exceptionnelle. Portée par une superbe esthétique ténébreuse, avec une gestion des lumières remarquable, et un travail sonore de qualité, Ergo Proxy s'est donné les moyens de mettre en valeur les différentes problématiques soulevées par son monde cyberpunk où bien évidemment les métaphores bibliques, les références artistiques et philosophiques ainsi que les réflexions sur le sens de l'existence se retrouveront à nouveau dans son récit.

Contrairement à l'ultra violence associée à Ghost In The Shell et Akira, cette série d'animation affiche de plus une sobriété bienvenue, véhiculant principalement la noirceur de son intrigue par ses personnages dépressifs et torturés. Il n'en fallait pas davantage pour faire d'Ergo Proxy une série que beaucoup attendaient comme une nouvelle œuvre culte de l'animation japonaise. Plusieurs années après sa sortie, Ergo Proxy continue pourtant de faire débat auprès des passionnés et pas simplement à cause du fait que comme toute œuvre cyberpunk, la série aborde des thèmes philosophiques qui trouveront plus ou moins écho selon la sensibilité du spectateur.

La série se révèle hélas rapidement souffrir de ces lacunes de narration et plus précisément la stagnation de son intrigue. Si l'histoire est prometteuse et suscite la curiosité du spectateur, il est indéniable que les scénaristes de la série craignaient de livrer toutes leurs cartouches trop vite et ont préférés étirer inutilement leur propos. Que cela implique t-il concrètement ? L'intrigue principale n'avance qu'à un rythme effroyablement lent, les quelques épisodes étant réellement vitaux pour le scénario se comptant sur les doigts d'une main, et surtout la construction identitaire des personnages ne semble jamais évoluer de manière significative. Afin d'équilibrer cette stagnation évidente, les scénaristes ont fait le pari, plutôt audacieux il faut l'avouer, de désorienter en permanence le spectateur. Étrange et déconcertant sont les mots définissant le mieux Ergo Proxy tant cette série s'évertue sans relâche à déjouer les attentes du spectateur et à troubler ses repères. Cette alternance ininterrompue dans les atmosphères proposées est à double tranchant. Tantôt, la série fascine par son audace créatrice et la pertinence de la réflexion qu'elle suscite, tantôt elle agace par sa masturbation intellectuelle prétentieuse et tournant en rond.

Il en résulte une œuvre inévitablement inégale car finalement trop hasardeuse et expérimentale dans sa narration. Pour couronner le tout, contrairement à ce que l'excellent synopsis initial pouvait laisser croire, la série abandonne rapidement sa réflexion sur la dépendance de l'Homme envers la technologie pour privilégier complètement sa dimension religieuse où la fatalité des hommes en tant qu'instruments des dieux se révèle être le véritable propos de l'intrigue.

Pourtant en dépit de toutes ses lacunes, Ergo Proxy continue à véhiculer un intérêt persistant. Parce que la série parvient dans ses meilleurs moments à offrir une vraie beauté métaphorique tout en suscitant la réflexion du spectateur et une véritable empathie envers ces personnages englués dans leur chaos identitaire. Ou peut être simplement parce qu'à l'heure où la passivité des œuvres de divertissement est souvent reprochée, il est difficile de ne pas apprécier une série qui ne sacrifie jamais l'ambition de sa démarche sur l'autel du conformisme. Une œuvre imparfaite mais suffisamment originale et audacieuse pour mériter qu'on lui laisse sa chance.

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