Quand l'Euphorie maccabre se met en marche, on croise l'enfer du décor.

Avis sur Euphoria

Avatar Lordlyonor
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Citation inspirée de "Quand une grande entreprise fonctionne bien, on y croise l'enfer du décor." de Gaëtan Faucer

Euphoria avait au premier abord, des relances de "mauvaises" séries Netflix comme 13 Reasons Why ou Sex Education; qui outre un monde adolescent fantasmé, ne basent leurs narrations que sur des lapalissades beaucoup trop récurrentes. Rares sont les séries *(The End Of The Fucking World par exemple)* dites "adolescentes" qui arrivent à se détacher de ses thèmes pour proposer quelques choses d'autres que "Bon Bah le viol c'est pas bien". La présence de Zendaya, actrice certes très bonne mais très typée "Actrice phare des ados" n'aide pas non plus à la réputation. C'est même dans cette optique de voir une série un peu cancan sans prise de tête que je me suis lancé dans Euphoria. Sauf qu'il n'en est rien, Euphoria est, sous plein d'aspect, une grande œuvre unique et poignante

La première chose qu'on remarque avec Euphoria c'est son esthétique variée et travaillée très style Punk qui représente bien l'univers assez déconnecté de la réalité dans lequel on nous plonge. La musique n'est pas en reste avec des musique toujours parfaitement trouvées, je pense par exemple à l'OST de base qui est sombre avec deux/trois notes qui viennent redonner vie. On pense aussi à sa réalisation juste ouf qui varie les angles et le temps (rarement de repères temporelles). Tout ça sert bien sûr à la création de son ambiance assez calme et figée dans le temps qui attend patiemment d'être détruite par une nouvelle négligeable avant de retourner à son état initial.
Tout ce jeu de mise en scène va également permettre de jouer beaucoup avec les symboliques comme le manteau de Rue qui représente ses rechutes. Alors certes niveau subtilité on a connu mieux mais Euphoria se ressent plus qu'il s'analyse (même si l'analyser doit être une véritable partie de plaisir), alors il est important de comprendre dès le premier visionnage pour que les émotions passent bien. Surtout que le public visé ici sont les adolescents rarement expérimentés en matière d'analyse filmique donc c'est plus intéressant de faire une œuvre comprenable par tous (je dis pas que vu que c'est des ados ça doit être mauvais, Euphoria n'est pas mauvais, il est juste plus facilement abordable qu'un Scorsese. Je dirais même que si vous voulez travailler votre analyse je vous conseille vivement Euphoria et La La Land ).

Tout ce travail fait que les acteurs n'ont pas à "sauver les meubles" et peuvent se concentrer pleinement sur leur rôle, et ça se ressent. Zendaya nous propose son meilleur rôle et de loin (barre toi des Marvel Disney, tu vaux mieux que ça) et on découvre avec satisfaction de grand acteurs jusque là inconnu comme Hunter Schafer, Jacob Elordi, Eric Dane ou encore Angus Cloud. Et même globalement tout le monde joue du tonnerre et colle parfaitement avec leur rôle et la direction dans laquelle Sam Levinson veut nous emmener.

Bref tout ça pour en arriver à l'endroit ou je voulais en venir: L'histoire, et plus principalement les thèmes qu'elle aborde. Les sujets sur l'adolescence c'est fait, surfait et bien trop souvent mal fait. Je pense notamment à Sex Education qui a du mal à savoir quand appuyer sur les émotions et la gravité d'une situation, ce qui se traduit à l'écran par une déferlante de lapalissades niaiseuses. Euphoria a su se montrer plus malin sous pleins d'aspects, notamment en montrant son propos au lieu de l'expliquer et en faisant de ces évènements du quotidien... des évènements du quotidien. C'est vraie que là ou Sex Education (un exemple de série pour ado, je ne la vise pas particulièrement) à tendance à beaucoup forcer sur les émotions, Euphoria propose quand à elle une approche beaucoup plus humaine, réfléchie et dénuée de jugement si ce n'est celui de ses personnages qui se perdent. Et c'est génial, et c'est horrible car beaucoup plus marquant pour le spectateur. Pour donner un exemple toujours avec Sex Education quand on nous parle de revenge porn on en fait des caisses, on prend un épisode entier pour mener l'enquête pour 5 minutes de lapalissades et 0 répercussions dans l'intrigue et pour le personnage en question. Alors que dans Euphoria on nous présente limite la chose comme une anecdote que 2 min avec les personnages de Kat et Cassie et on voit que ça a des répercutions tragiques dans leur vie. On perçoit leur détresse, et on assiste avec rage, impuissant voir leur futur bouleversé. Ce ne sont pas 2 minutes de lapalissades mais bien 2 minutes de tortures ou le spectateur assiste horrifié à la destruction de ses personnages, et croyez moi que c'est vachement plus efficace.
Et puis, petit à petit, avec la découverte des personnages le malaise s'installe. On fait la découverte avec effroi d'un monde qui sous ses airs d'univers idyllique, de paradis presque, ou le temps s'arrête et la fête fait rage qui se révèle être un putain d'enfer sur Terre ou la haine et la bestialité font lois. Au bout d'un moment le spectateur s'arrête presque de se prêter attention à ses personnages pour se laisser envouter par cet univers de désolation. L'Euphoria (Euphorie en français pour les 3 gars du fond qui ont pas encore pigé) peut se traduire certes par un sentiment de bien-être général, mais aussi par un excès de folie, ou l'Homme se laisse guider par ses bats instincts. Il n'est donc pas surprenant de voir le mal triompher dans ce monde, ici représenté par le personnage de Jacob qui est la définition même de l'Euphoria. L'amour n'a pas sa place dans ce monde, ils finissent tous mal. On nous montre surtout que les enfants de l'Euphoria, ceux qui ont vu leurs rêves brisés et leurs espoirs disparaître ne peuvent pas en sortir, que se soit avec la mère de Cassie ou Rue dans sa scène sur le quai, et ce sont ses mêmes enfants qui en créeront de nouveaux dont le petit frère de Fezco et le gamin du père que celui tabasse pour du fric, eux aussi, pourtant symbole de l'innocence, vont tomber dans les limbes. Et malgré un petit espoir avec les personnages de Kat et Jules, entrainés par le mouvement (donc pas vraiment des enfants de L'Euphoria, Jules étant sauvé par son père dans sa jeunesse et Kat tombant réellement dedant au début de la série) La vérité est sans appelle, que se soit avec la victoire totale de Jacob ou le retour à la case départ pour Rue. Les enfants de l'Euphoria attendent la mort, telle une bougie silencieuse qui attend d'être au bout du fil pour enfin disparaître dans les ténèbres

Et comme Rue dans un dernier geste d'espoir avant de tomber dans les ténèbres on comprend. On comprend qu'une fois que le rideau tombe, que les décors s'écroulent et que les lumières s'éteignent il ne reste plus que l'euphorie, qui draine derrière elle les rêves déchus, la tristesse et la haine. Et c'est la que la vérité apparait, plus limpide que jamais: Il y a bien un enfer sur Terre, et il s'appelle Euphoria

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