Un "Skins" à la sauce HBO au goût amer...

Avis sur Euphoria

Avatar Anthonin Olivo
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Pour commencer, Euphoria est une série qui fait beaucoup parler d'elle. Elle est extrêmement présente sur les réseaux sociaux, c'est une série HBO ce qui est un gage certain de qualité, le rappeur Drake en est le producteur et même Léo DiCaprio sur un tapis rouge déclare "cette série est incroyable". On peut clairement dire que la hype est à son apogée.
HBO qui est un mastodonte du paysage télévisuel américain avec ses séries cultes comme The Wire, Soprano, Game of Thrones et autres tente le pari de proposer leur première série "teen-drama" avec Euphoria.

La série nous fait suivre Rue qui après un passage par la case désintox suite à une overdose revient dans son lycée pour tenter de donner sens à son existence. Elle sera ainsi notre narratrice et nous verrons à travers ses yeux la vie du lycée qu'elle nous dépeint. On y croisera une ado trans dont elle tombera amoureuse, un quarterback violent et malsain mais coqueluche du lycée, sa copine peu présentable,une ado dont les formes finiront par être un atout, une fille un peu simple mais convoitée par tous les mecs du lycée pour sa poitrine généreuse, McKay un sportif qui voit ses rêves de NFL s'envoler, l'amie d'enfance de Rue qui n'est pas dans ce trip "sexe et drogue" et le dealer de toute cette bande au profil assez atypique et attachant.
Toutes ces étiquettes que l'on met sur ces personnages dans l'exceptionnel premier épisode de la série sont peu à peu balayées. La soi disante superficialité des personnages est vite mis à mal par de courtes scénettes très cuts rappelant sans conteste la série Skins et apportant une réelle profondeur aux personnages. Ainsi, on peut davantage s'identifier à eux maintenant que les masques sont tombés.

Pour ce qui est de la technique, la réalisation y est incroyable, si vous êtes amateurs des clips de Kendrick Lamar avec ses mouvements de caméra époustouflants de fluidité, vous serez servis. La photo y est très belle et rappelle énormément certains films de Nicolas Winding Refn. La mise en scène est à l'image de la série, soit très nerveuse soit totalement dans la mélancolie ou la contemplation de l'instant.

Je ne sais pas si Drake dont deux chansons sont présentes dans la série y a joué un quelconque rôle mais la bande originale claque. Entre sonorités hip-hop, thèmes presque Lynchiens, ballades, elle rythme constamment les séquences de la série et ne laisse que peu de répit au spectateur. La musique n'est pas seulement là pour accompagner de façon discrète une séquence ou un sentiment, elle est là pour percuter, autant que la réalisation et le montage, ce qui implique d'autant plus le spectateur dans le récit et c'est très efficace.

La série d'HBO, loin d'être novatrice, multiplie les références à la pop culture, une scène de défonce où la gravité touche Rue d'une manière très similaire à la séquence culte du hall d'ascenseur d'Inception, un épisode entier est consacré à une fête foraine et un autre au bal de fin d'année. Pendant la fête d'Halloween, Cassie décide de s'habiller en Alabama du film "True Romance", et lors d'un interrogatoire improvisé pour protéger sa soeur, Rue décide de citer des personnages de la série "The Wire", elle-même produite par HBO...
Les personnages ne sont pas en reste, le dealer de la bande ressemble à s'y méprendre au rappeur Mac Miller récemment décédé, et Ali ancien toxico devenu sage et prêchant la bonne parole à Rue rappelle Yasiin Bey aka le rappeur Mos Def dans son style et dans ses propos...

Une chose est sûre, Euphoria est prenant. La série ne manque en aucun cas de rythme et de suspens MAIS, passé les premiers épisodes où l'intrigue et les personnages sont posés, on ressent comme un sentiment de "déjà-vu" devant cette série trash et de très formaté par les temps qui courent...

Déjà-vu car beaucoup de séries et de films sont déjà passés par là, et notre inconscient collectif nous ramène forcément à ses références. Voir Nate le quaterback porter son équipe sur ses épaules pour l'empêcher d'une défaite certaine nous ramène à "Friday Night Lights" ou à d'autres teens movies douteux dont je me contrains d'écrire les titres ici, le mec bien qui se fait pervertir par ses potes après avoir visionné une sextape de sa copine nous ramène a "Girl Next Door" et j'en passe.

Trash car la série a choqué aux US pour ces nombreux pénis à l'écran comme pour contrebalancer de toute la nudité féminine qui inonde les séries télé américaines depuis de trop nombreuses années. On y voit pas mal de scènes de défonce filmé de façon assez stylisé à la Gaspar Noé, de querelles de couple violentes, de scènes de sexe assez explicites et visuelles et tout ça dans une mise en scène crue.

Formaté car une chose est sur, le "cis male" en prend pour son grade. Je ne sais pas si c'est l'époque qui veut ça, mais difficile de s'identifier à un des personnages tant leur écriture est sombre et fait passer tout homme pour une personne malsaine. Prenons Nate, ce mâle alpha blanc qui tabasse sa copine et effraie la totalité de son lycée par son comportement impulsif et violent, Cale le père de Nate, homme d'affaire qui prend son pied à coucher avec de jeunes garçons ou filles, à les faire jouer à des jeux malsains tout en filmant ses ébats, Dale qui fait du chantage pour coucher avec la fille aux formes généreuses du lycée, le père de Cassie qui laisse femme et enfants pour aller se piquer à l'héroïne et va même jusqu'à cambrioler sa propre famille pour revendre le butin et se reprendre de la dope, bref excepté quelques personnages assez touchants peu impliqués dans l'histoire, impossible de s'identifier aux stéréotypes masculins que l'on nous propose et c'est vraiment dommage...

Euphoria est une série trash comme l'était Skins à l'époque mais là où Skins n'émettait pas de jugement de valeur et laisser la jeunesse vivre ses amours, ses addictions et ses passions, Euphoria, elle, apporte comme une pincée de morale dans tout ça. Le porno ça rend con et violent, la drogue c'est mal et ça détruit ses proches, les sites de rencontre c'est dangereux et ça peut réserver de mauvaises surprises. La série en touchant des sujets aussi profonds et durs n'émet que trop peu de nuance et malgré une mise en scène plus que soignée, la narration s'enlise complètement et c'est presque à se demander si on ne regarde pas une série MTV. Le final est à l'image des derniers épisodes, assez terne, on perd les personnages que l'on appréciait au début, le personnage de Rue nous intéresse de moins en moins, les personnages secondaires n'ont plus aucune profondeur et se noient avec leur nouvelle étiquette que nous leur avons collé.
La série se finit de façon assez mystérieuse sur un clip où l'on voit Rue danser et chanter sur le thème de la série avec une chorégraphie et une esthétique particulièrement belle mais vraiment "too much" pour une fin de saison.

Bizarrement, la série Euphoria est adapté d'une série israélienne qui elle n'a eu le droit qu'à une seule saison, alors que Rue & Cie auront le droit à une seconde saison, HBO a-t-elle vu en Euphoria sa petite nouvelle série à succès ?

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