Teenage fantasy

Avis sur Euphoria

Avatar YaëlleBl
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Entre paillettes et frusques fluos, cette nouvelle série estampillée HBO s'attaque au sujet prolifique du mal-être adolescent, non sans finesse mais toujours de manière lointaine... La solitude caractéristique des "millénales" se pare d'une esthétique léchée : plans impeccables, mise en valeur totale de la beauté des personnages ; néanmoins, l'allégorie se veut toujours plus sombre et glauque, au service de l'intrigue et de la psychologie de son héroïne. Rue, 17 ans, addicte à moultes opiacés, transcende son amertume (au départ) douteuse dans une narration blasée, pour mieux finalement reporter ses désirs d'évasion

(attention spoiler : qu'elle finit par tout bonnement abandonnés lors du dernier épisode)

sur sa nouvelle amie, Jules, jeune trans en perdition sentimentale et sexuelle.
Si le jeu de l'ensemble du casting, à l'instar de la brillance générale, reste digne d'intérêt, la personnalité de chacun des personnages manque profondément de relief, mais surtout de crédibilité.
Jouant constamment avec le malaise des situations, la spectatrice que je suis restait souvent déçue devant la gratuité des scènes d'abus sexuels, et le naturel détachement de l'ensemble des protagonistes vis-à-vis de l'ambivalence perpétuelle dans leurs rapports intimes. La violence (si elle est dénoncée via la relation toxique entre Nate et Maddy) qu'elle soit physique ou psychologique, est toujours plus ou moins cautionnée comme expression de la passion, et au nom de la diversité des pratiques érotiques...
Le traitement fait à la question de l'avortement

(et de l'expérience amoureuse de son personnage, la belle Cassie)

aurait mérité plus de considération : par là je ne cherche pas à ériger l'étendard de la prudence, j'ose seulement espérer que la seconde saison saura en faire un sujet plus captivant, avec beaucoup plus d'enjeu...
Au départ touchée par la thématique, je me rend compte que la période de la dite "crise d'adolescence" reste un objet de fantasme absolu dès qu'il se fait objet (et non sujet) de fiction. Si la critique a raison de ranger cette nouvelle série dans la lignée de Skins, ce n'est pas seulement pour son aspect "Sex, drugs & rock'n'roll", mais aussi pour cette façon dont la pellicule reste étrangère aux dimensions misent en jeu à une période aussi charnière.
Par ici, je ne cherche pas à exprimer d'amertume ou des attentes déçues : Euphoria remplie parfaitement les critères oniriques servant à captiver le regard du spectateur ; s'il s'agit bel et bien d'une fable, elle mérite cependant que son fond soit étoffé... Non pas uniquement au nom d'une morale, comme le témoignage d'une pénible réalité universellement vécue, mais pour que la splendeur de la vulnérabilité est enfin (véritablement) voix au chapitre.

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