Dans la tête de Rue

Avis sur Euphoria

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Euphoria est l’adaptation US d’une série israélienne du même nom, diffusée de 2012 à 2013. Mais, c’est surtout la première série HBO s’adressant spécifiquement aux adolescents.

Une étude sociologique sur l’adolescent en milieu HBO des plus addictive

En tant qu’adulte, je me demandais s’il était pertinent que je me lance dans cette série. Mais l’envie de découvrir l’adolescence à la sauce HBO, fût de plus en forte au fil des commentaires dithyrambiques à son sujet.

Dès le premier épisode, j’étais hypnotisé par son atmosphère, sa noirceur, son esthétique et la narration en voix off de Rue (Zendaya). C’est un style que j’affectionne, cela donne vraiment le sentiment qu’on me raconte une histoire et non, que l’on me montre une histoire. La différence est infime, mais je suis très sensible à ce procédé narratif, de même que les films ou séries touchant à l’enfance et/ou l’adolescence.

Rapidement, je me suis attaché à la plupart des personnages, avec l’envie de découvrir et de comprendre les raisons qui les poussent à adopter de tels comportements. Ce côté psychologique m’a particulièrement intéressé, de même que celui sociologique. C’est surement dû à mes études, lectures et thérapie. Il y a du Rue en moi, mais aussi du Chris McKay (Algee Smith), Ethan (Austin Abrams) ou encore Kat (Barbie Ferreira). Cela explique le fait que ce qu’on nous raconte me touche, me parle et donc, m’intéresse.

Portrait pessimiste d’une jeunesse désenchantée

Euphoria est une fiction. Pour autant, on ne peut dénier le fait qu’elle raconte une certaine réalité. Elle met en scène des adolescents au névroses profondes, héritées de leurs parents ou résultant de l'influence de leur entourage, d’internet et des réseaux sociaux faussant leur perception de la réalité. Mais la réalité dont on tente de nous vendre, n’est-elle pas elle-même mensongère?

Par définition, l’être humain est névrosé. Dans le cas contraire, c’est un sociopathe, tel Nate Jacobs (Jacob Elardi). Il est le produit des déviances de son père Cal (Eric Dane), de cette homosexualité refoulée, se vivant dans l’ombre des chambres de motels miteux. Une honte qui le ronge, nourrissant une violence le menant à se défouler sur le monde qui l’entoure, dont son amie Maddy Perez (Alexa Demi). Leur relation est toxique. Il en va de même de celle entre la plupart des personnages, aussi bien intime qu’amicale.

Rue et Jules (Hunter Schafer), Cassie (Sydney Sweeney) et Chris, Kat et ses “fans”, tant d’adolescents en recherche d’amour, de tendresse et d’attention par tous les moyens. Mais aussi par nécessité, tel Fez (Angus Cloud) dans l’illégalité pour prendre soin de sa grand-mère et de son associé de petit frère. Ce petit monde est sous le regard de Lexi (Maude Apatow), dans l’ombre de sa soeur Cassie, comme Gia (Storm Reid) avec Rue. Elles tentent d’exister, d’attirer leurs attentions en essayant de marcher dans leurs pas, malgré leurs défaillances flagrantes.

Sur un ton adulte

La série s’adresse aux adolescents, en montrant et en abordant des sujets souvent tabous, tel la dépression, la sexualité et ses diverses formes ou la mort. On le voit à travers Rue avec son addiction aux opiacés, sa bipolarité, le décès de son père et sa relation avec Jules. Par ailleurs, on assiste à des scènes de nudité ou suggestive, parfois crues.

Doit-on montrer leur sexualité? Ces scènes sont souvent “gratuites”, n’apportant rien à l’histoire. Dans Euphoria, elles sont indispensables car c’est un des thèmes de la série. Elle fait partie de la vie d’un adolescent, découvrant son corps en plein changement avec ses hormones en ébullition. Puis, ils n’ont pas besoin d’une série pour découvrir la pornographie, ils s’envoient des nudes, matent du porno et en parlent entre-eux, ce serait hypocrite d'occulter cette part intégrante de leurs vies.

De là à dire, que la série remplace ou prend le relais de parents dans l’incapacité de parler de ces sujets avec leurs enfants, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement. Elle a un côté pédagogique et chacun peut se retrouver à travers les différents personnages, ne serait-ce que pour un trait de leurs personnalités. Personnellement, j’aurai apprécié découvrir cette série durant mon adolescence, au lieu de me poser des questions existentielles sur mes pulsions sexuelles ou le désir de goûter à différentes drogues, alcools, etc… Bien sur, cela reste une fiction, on ne peut dialoguer avec eux, mais si cela permet à certains d’échanger entre eux, voir de solliciter leurs parents, ce sera une évolution positive dans leurs relations.

Une mise en scène stylistique à l’esthétisme et à la bande son hypnotique

Euphoria se déroule principalement dans la pénombre, celle d’une chambre ou d’un salon dans lequel les adolescents croisent leurs parents. Dès qu’ils sortent de la demeure familiale, c’est souvent à la tombée de la nuit. Cela fait écho à son ton sombre, à l’état d’esprit et pessimisme de ses personnages, comme si le futur n’avait pas d’avenir.

Nous sommes dans une période ou le hip-hop est omniprésent à travers tous les médias. Il rythme la vie de ses adolescents se mouvant sur Migos, J.I.D, Lil Wayne, Kid Cudi, Drake(également producteur de la série), DMX, Future, Lil Dude entre autres. Au point que le titre de certains épisodes fait référence à des classiques : Shook Ones Pt. II de Mobb Deep, Next Episode de Dr Dre ft. Snoop Dogg, Kurupt & Nate Dogg ou Made you Look de Nas. Bien sur, le RNB et la pop ne sont pas en reste avec Beyoncé, Jorja Smith, Anderson. Paak, Madonna, Bobby Womack, Blood Orange, etc… La liste est longue avec 123 morceaux tout au long des 8 épisodes, dont un seul artiste est omniprésent : Labrinth, collant parfaitement à l’atmosphère de la série.

Le récit n’est pas linéaire. Au fil des épisodes, on apprend à connaître les différents protagonistes et à comprendre leurs comportements et motivations, à travers leur histoire familiale. Cela modifie notre regard à leur encontre. Ils ne sont que le reflet de leurs parents, par la transmission de leurs névroses et leurs parcours de vie. Les conséquences sur le psychisme de leurs enfants sont profondes. On le voit avec Rue, bipolaire et toxicomane. Cassie et son rapport avec les hommes ou encore la violence d’un Nate au bord de la folie. Même si les adultes sont au second plan, ils restent omniprésents à travers le comportement de leurs enfants.

Les familles sont surtout monoparentales, voir absente, laissant ces adolescents livrer à eux-mêmes, tel Fez. Un personnage pour lequel, j’ai une tendresse particulière. Sa ressemblance avec Mac Miller n’est pas étrangère à ce sentiment, mais c’est aussi dû à sa relation quasi fraternelle avec Rue et son côté protecteur, comme avec son petit frère.

Zendaya

Enfin, comment ne pas parler de Zendaya. Elle est Euphoria, sa voix-off, le personnage principal, celle qui porte en elle toutes les névroses de l’adolescence, jusqu’à l’excès. C’est son année, elle éclabousse de tout son talent la série, mais aussi Spider-Man : Far from home et illumine la pub Lancôme de sa beauté. En 2020, elle sera à l’affiche du Dune de Denis Villeneuve.

Elle impressionne par sa faculté à passer d’un état à un autre, sans avoir peur de se mettre en difficulté, en se donnant corps et âme à son personnage. De l’overdose, à la dépression, en passant par sa violence, jusqu’à un magnifique final, elle ne donne pas l’impression de jouer, mais d’incarner son personnage.

C’est loin 2020?

Sam Levinson signe une série envoûtante, éprouvante et passionnante. C’est ma série de l’été avec un final des plus émouvant, me nouant la gorge avec les larmes à l’oeil en me demandant si…… à suivre.

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