True story.

Avis sur Fargo

Avatar Lorenzo von Matterhorn
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Encore époustouflé par le visionnage marathon de cette première saison de Fargo, il me prend l'envie de consigner - sous forme de critique - les impressions très fortes que m'ont procurés cette série (pour l'instant) !

Indéniablement dotée d'un jeu d'acteur très convainquant, d'une réalisation souvent originale et toujours intelligente, d'une BO très juste (cette sensation dès les premières notes du thème principal !) ... Bref, Fargo brille déjà par ses qualités techniques et esthétiques mais cela ne suffit pas à en faire l'excellente série qu'elle...

Fargo brille aussi par son histoire : celle d'une petite ville paisible du Minnesota où la principale préoccupation de la police est d'ordinaire le déneigement des routes mais qui va devenir du jour au lendemain le théâtre d'un incroyable déchaînement de violence suite au passage d'un personnage énigmatique. Mais le véritable intérêt de Fargo est à mon sens moins dans ce scénario que dans ce mot : INCROYABLE !

En effet, cette série offre une réflexion particulièrement poussé sur la réalité, la fiction et notre rapport à chacun d'eux. Concrètement, chaque épisode s'ouvre avec un message en impression sur les premières images, toujours le même : "This is a true story. / The events depicted took place in Minnesota in 2006. / At the request of the survivors, the names have been changed. / Out of respect for the dead, the rest has been told exactly as it occured." Ainsi, au lancement de chaque épisode, ce texte nous incite à penser que les évènements qui suivent ont réellement eu lieu et exactement de cette façon ; mais pendant tout l'épisode, ces évènements eux-mêmes nous incitent (ou devrais-je dire "m'incitent", il s'agit principalement d'un ressenti personnel) à penser que tout ceci est une fiction ! Pourquoi ? Cela est expliqué dans le dixième et dernier épisode de la saison par le personnage le plus agaçant et pourtant (à ma grande surprise) celui que je considère maintenant comme le personnage principal : le shérif Bill Olson !

Ce personnage (ou est-ce une personne ...) campé par le très bon Bob Odenkirk (Saul Goodman dans Breaking Bad et Better Call Saul) agace pendant la quasi-totalité de la saison par son incompétence. Se trompant systématiquement de théorie, il rejette en bloc celles de son adjointe Molly que nous - spectateur omniscient - savons très proches de la vérité. Finalement, quand au beau milieu de cet épisode 10 il lui devient impossible de nier, il s'en explique : habitué à voir le meilleur en chacun, il n'a jamais pu (ou jamais voulu) accepter qu'une telle cruauté puisse exister ... A cet instant, alors que la tension du scénario est à son paroxysme, j'ai compris que j'étais Bill !!!
Bill as refusé la vérité de ce mal absolu dans SA réalité (celle de la série) en dépit des avertissements répétés de Molly et de la même façon, je refuse toujours un peu la vérité de ce mal absolu dans MA réalité malgré les avertissements répétés de début d'épisodes et ce pour la même raison que Bill ... Une mise en abîme pas du tout banale !

Le spectateur (ou est-ce juste moi ?) est donc invité à osciller entre deux postures (a priori) contradictoires au fil des épisodes.

La première posture est celle qui consiste à croire ce message péremptoire de début d'épisode. Dans cette posture, il est évidemment très intéressant de comparer Fargo à d'autres séries dépeignant des actes de violence extrême (je pense en autres à Breaking Bad, Les Sopranos, Oz ou encore Dexter) mais qui se revendiquent œuvres de fiction. Plus exactement, il est intéressant de comparer notre réaction à ces images !
Dans le cas d'une œuvre de fiction, il est plus facile de supporter la violence justement car la fiction crée une distance entre elle et nous et il est possible de s'attacher (dans une certaine mesure) à l'anti-héros, ou au moins de le comprendre, sans cautionner ce qu'il fait car quand le générique de fin arrive, tout cela n'a plus de réalité physique.
Fargo, dans les instants où elle parvient à nous faire croire qu'elle est reconstitution et non fiction, joue avec ce code des séries à anti-héros ! L'anti-héros ici pose un gros dilemme moral : comment le "soutenir" à la manière d'un Walter White dans ses atrocités lorsqu'elle celles-ci pourraient bien avoir une réalité physique ?

La deuxième posture est de croire que la série nous ment à chaque début d'épisode. De nombreux films et quelques séries (comme l'excellent The Corner) affirment s'inspirer de faits réels voire parfois (c'est donc le cas ici) reconstituer fidèlement des faits réels. Il est souvent difficile de vérifier cette affirmation mais cela importe peu car la grande majorité des personnes ne la remettent même pas en cause. Parce que les faits décrit sont vraisemblables, parce que surtout on imagine pas un réalisateur être malhonnête là-dessus.
Dans le cas de Fargo, à l'instant où on commence à penser qu'il s'agit là partiellement ou totalement d'une œuvre de fiction (ou à CES instants si comme moi, vous avez régulièrement changé de posture), ce dilemme moral disparaît ... Pour laisser la place à une question : Est-ce que j'en arrive à penser cela parce que les faits ne sont plus vraisemblables ou bien parce que cela me permet justement de me débarrasser de ce dilemme moral rendant le visionnage plus "facile" ?
Même en admettant que cette série est pure fiction, ces messages de début d'épisodes ne sont pas malhonnêtes, ils amorcent une réflexion très intéressante chez le spectateur et font donc partie intégrante de la démarche artistique du réalisateur.

Pour moi, affirmer "Fargo est une œuvre de fiction !" (ou l'inverse) n'a alors plus vraiment de sens, aussi peu que lorsque Ridley Scott affirme "He's a replicant !". Tout simplement parce que les deux théories (dans Fargo comme dans Blade Runner) sont intéressantes justement parce qu'elles coexistent.

Voilà, il s'agit là de mes impressions les moins flous à chaud après le visionnage de la saison 1. Je peux maintenant me lancer dans la saison 2 ... Je ne sais pas du tout ce qu'elle me réserve mais je serais curieux de me relire après l'avoir terminé !

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