My name is John Crichton, an astronaut...

Avis sur Farscape

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Farscape c'est en quelque sorte Buffy dans l'Espace — Crichton the Scarran slayer — mais, attention, ne nous y trompons pas, au sens positif du terme ! Ou encore un Supernatural cosmique. En fait, plutôt un Angel galactique, spin-off où le pire cotoyait le meilleur.

En effet, comme ces séries, sous des airs kitschouilles du siècle passé bien peu ragoûtants, elle a beaucoup à offrir. Pourtant à première vue, ses acteurs enrobés de latex déambulant dans un vaisseau en carton tapissé de papier aluminium ressemblant plus aux cabanes bricolées un dimanche matin dans la chambre des parents qu'à un vaisseau spatial ne donnent que bien peu envie. Pourtant, très vite, la sauce prend et monte et cet aspect visuel de bric et de broc fait en fin de compte partie intégrante du charme bigarré de Farscape, similaire à celui d'un Doctor Who Classic et ère-RTD. A ce titre, les deux premières saisons partent dans tous les sens, offrant des perles de kitsch et de ridicule visuel souvent des plus goûtues, parfois bourratives, appuyées par les participations de Gerald Brom aux costumes psychédéliques hauts en couleurs et en formes. Le scapeverse foumille de mille idées, tour à tour bien trouvées, farfelues, ridicules, étonnantes, psychédéliques...
« My name is John Crichton, an astronaut. A radiation wave hit and I got shot through a wormhole. Now I'm lost in some distant part of the universe on a ship, a living ship, full of strange alien life forms. Help me. Listen, please. Is there anybody out there who can hear me? I'm being hunted by an insane military commander. Doing everything I can. I'm just looking for a way home.»

Si la série ne se gêne pas pour égréner le chapelet des habituels poncifs de la SF, boucles temporelles, doubles, mondes virtuels, races belliqueuses, larves et infections diverses, puces cybernétiques, la bande de Moya tombant toujours pile poil dans les ennuis en atterissant sur une planète, cela reste le plus souvent bien fait, arrivant même parfois à surprendre un téléspacteur des plus aguerris. On est loin des écueils répétitifs de nombreuses séries, à commencer par ceux de la franchise Stargate.

L'intérêt de Farscape repose donc surtout sur les interactions au sein de Moya : entraide, suspicions, tensions et oppositions. Elle appartient à ces séries qui, engoncées dans le schéma franchement raidi du loner, parviennent à maintenir un intérêt plus ou moins constant car sachant modeler et animer des personnages et, surtout, les faire intéragir entre eux. Il y a, bien sur, Crichton l'humain qui sert de lien et de liant avec le spectateur, principal ressort comique par son humour et ses références proprement terriennes et qui repose entièrement sur le charisme rugueux de Ben Browder, puis viennent la sébacéenne Sun à sang froid, le guerrier Ka D'Argo, la spirituelle Zhaan, Pilot, l'insupportable Chianna ou le fieffé Rygel. Chacun avec son background, ses erreurs, ses regrets, ses défauts et ses buts, quite à parfois empiéter sur ceux des autres... Aussi, en évitant de simuler dès son troisième épisode un équipage soudé et incoercible au nom de l'amitié mais, au contraire, en appuyant sur les différences inhérentes aux protagonistes, même une fois la confiance et le respects installés, Farscape parvient-elle à conserver une dynamique de groupe tout à fait intéressante.

« Humans do not live as long as Sebaceans, or Hynerians or Delvians. When I get back, everyone, my Dad, DK, my sisters, Cameron Diaz, Buffy the Vampire Slayer will be dead. »

La série n'est pas pourtant pas exempte de défauts : certains protagonistes ont tendance à être relégués au second plan, ne jouant alors qu'un rôle de trame de fond, n'ayant plus le droit à des arcs ni même à des centrics, juste quelques blaques redondantes. Rygel, par exemple, devient vite une sorte de distributeur Pez flottant. Il est vrai, que passé sa saison 2 la série devient profondément crichtocentrée, faisant de lui l'individu le plus important de la galaxie si ce n'est de l'Univers alors qu'il était surtout intéressant en humain — pauvre petite race faible — perdu dans un grand tout le dépassant amplement. Il finit par devenir cow-boy de l'espace, faisant ricocher les catchlines et les rayons lasers. Avant Firefly, le western s'immisce dans la SF.
Outre ce déséquilibre penchant vers John, on ne peut nier qu'au long cours tous les épisodes et tous les arcs ne se valent pas ; comme toute série de ce genre, elle est inévitablement perclue d'épisodes un peu fades ou simplement en retrait.
Mais son plus gros défaut est qu'elle aura réalisé bien trop tard le riche potentiel de son univers et de la géo-politique galactique qu'elle instaure dans sa seconde moitié... Elle n'aura jamais vraiment le temps de prendre prise et de se dérouler comme elle l'aurait mérité, dans ses nuances et ses subtilités, surtout que contrairement à bien d'autres séries, Dr Who en tête, Farspace parvient à faire cohabiter ses stand-alones et son fil rouge sans incohérence ni sentiment de remplissage. Autrement dit jamais ne pointe cette irritable impression d'être face à un "filler" pour tenir jusqu'au season finale.

Malheureusement, la série est subitement annulée en quatrième saison, n'offrant pas une conclusion convenable. Il lui faut alors rusher sa fin, clôre précipitamment, un peu grossièrement, ses intrigues dans la mini-série the Peacekeeper Wars.

Farscape appartient donc à ces séries qui, sous des dehors vieillis, surrannés a priori peu attrayants et profondément geekesques réussisent là où les dernières saison US échouent lamentablement : divertir, avec humour, avec second degré, donnant la part belle à ses personnages fouillés et attachants, proposant des choses quite à s'étaler en beauté ; sans jamais renier des arcs et des fils rouges intéressants et sans pour autant tout miser sur le cliffhanger ou le mystère mythologique.

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