120 bâillements par minute

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De François Mitterrand à Christiane Taubira, de la dépénalisation de l’homosexualité en 1982 au Pacs en 1999 et jusqu’au mariage pour tous en 2013, Fiertés raconte trente ans d’avancée des droits LGBTI (union civile, adoption, mères porteuses, homoparentalité…) à travers la relation amoureuse de Victor et de Serge. En trois épisodes d’une cinquantaine de minutes, Philippe Faucon et ses deux coscénaristes reviennent sur les étapes majeures dans l’évolution et l’acceptation (juridique, morale et sociale) de l’identité LGBTI en France, rappelant beaucoup (par son sujet en tout cas ; sur la forme, c’est une autre affaire) la série When we rise qui, elle aussi et sur presque quarante ans, retraçait la naissance des mouvements de lutte homosexuelle et LGBTI aux États-Unis, leurs faits d’arme, leurs victoires et même leurs désillusions.

Beau sujet évidemment (et comme un écho à 120 battements par minute), belle vision de l’intime imbriqué à l’histoire d’une nation, de l’humain placé au milieu du monde, d’un monde qui change, se bouleverse ou se referme, mais qui malheureusement se heurtent aux intentions pédagogiques trop marquées, voire maladroites, de ses auteurs. Par exemple les discussions autour de l’élection présidentielle de 1981, du Pacs ou du rôle (du genre) des parents dans l’éducation d’un enfant sonnent terriblement faux, très démonstratives dans leur façon d’appréhender et de transmettre ce qu’elles cherchent à nous dire, à nous rappeler ces instants charnières d’une vie (celle d’une femme, d’un homme ou d’un pays), d’un chemin parcouru entre bonheurs et affronts, triomphes et silences.

Le reste des dialogues est à l’avenant, convenu, ultra-balisé et jamais naturels (Frédéric Pierrot et Emmanuelle Bercot, en particulier, en deviennent passablement mauvais, les autres acteurs s’en sortant comme ils peuvent, et souvent sans éclat). Tout fait leçon d’école apprise et récitée par cœur, manuel scolaire exemplaire où rien ne déborde, où rien ne dérange et surtout où rien n’émeut, ni les personnages, ni les situations ni leur destinée (premiers émois, coming out, Sida, amour contrarié et filiation chaotique). Non, le style Faucon n’est pas ce style que les critiques s’évertuent et s’empressent de vanter comme réaliste et/ou minimaliste. C’est d’abord un style affreusement didactique (c’était déjà le cas avec Fatima), qui fait toc et dont on perçoit, sans cesse, les ratés, les coutures et les gros sabots.

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