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Avis sur Game of Thrones

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Game of Thrones : Du succès planétaire à la chute aux enfers

La désormais très célèbre série américaine Game of Thrones, produite par HBO et réalisée par David Benioff et Dan Weiss (D&D), s’est achevée ce lundi 20/05 avec son 6ème et ultime épisode de cette huitième saison.
Il est cependant difficile d’affirmer que la série se termine dans l’euphorie espérée. En effet, la série qui s’est constitué une fan base importante au fil des années – pour rappel, la série a fait ses débuts en 2011 – voit aujourd’hui cette fan base se retourner contre elle, s’écriant notamment sur la baisse de qualité évidente depuis la saison 5.
Donner une fin à une œuvre n’est jamais chose aisée, surtout lorsque l’on parle d’une série telle que Game of Thrones. Il va sans dire que la fin de la série va diviser les fans, et c’est chose normale, chacun ayant ses propres attentes. Mais le phénomène que l’on peut constater, c’est que cette huitième et ultime saison est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, et est représentative des problèmes majeurs qui affecte le niveau de la série depuis maintenant 3 saisons. Regardons de plus près les principales critiques qui additionnées entre elles entraînent un désenchantement profond chez les fans.

La saison 5 : la rupture
Le moment où la série a dépassé l’auteur des livres, G.R.R Martin

L’auteur de la saga de livres A Song of Ice and Fire (dont le nom du premier tome est A Game of Thrones) est G.R.R Martin, un écrivain américain passionné de fantasy et aujourd’hui surnommé le « Tolkien américain ». Martin est investi dans le projet monté par D&D d’adapter ses romans en série télévisée dès les premiers instants, lorsque le projet émerge chez HBO en 2007.
Mais sa véritable influence est évidemment son travail sur ses romans, la finesse de son écriture et le génie de ses intrigues. Pour ainsi dire, Game of Thrones reprend mot pour mot les dialogues des livres, les intrigues mises en place etc. Et parallèlement, les premières saisons de la série sont absolument incroyables, et sont la base sur lequel l’édifice Game of Thrones s’est construit. On a tous profité des intrigues de couloir, des dialogues imagés où tout se dit sans que rien ne se dise à voix haute, des développements approfondis de personnages secondaires (notamment Theon Greyjoy), et tous les autres éléments que l’on adore dans la série et qui proviennent des livres.
Le problème ? C’est que G.R.R.M est, comment dire, assez fainéant dans l’écriture de la conclusion de son œuvre, et que cela fait presque 10 ans que les lecteurs attendent ses derniers tomes qui complèteront sa saga A Song of Ice and Fire. Et évidemment, la production télévisuelle -et tous ses défauts- ne peut se permettre d’attendre que le vieux Martin termine son œuvre avant de l’adapter à la TV. Et la rupture s’effectue donc en saison 5, où pour la première fois, la série avance dans l’histoire de manière complètement inédite, en se détachant de l’œuvre d’origine.

Quelles conséquences ? La principale qui me vient à l’esprit est la baisse de niveau dans l’écriture, que ce soit les dialogues ou le scénario. On sent que les réalisateurs sont de grands fans des livres, mais qu’écrire une série est bien plus délicat qu’adapter une œuvre déjà écrite. On se retrouve donc avec des arcs narratifs ennuyants : la Foi Militante à King’s Landing, l’entraînement sombre et répétitif d’Arya à Braavos, et l’énorme raté de l’introduction de Dorne et des Dorniens, qui pourtant nous avait hypé dans la saison 4 avec le personnage d’Oberyn dont le charisme avait conquis le cœur des fans. Et puis, il ne se passe pas grand-chose dans la saison 5. Mais là où les fans ont vraiment commencé à se plaindre, c’est concernant le traitement du personnage de Stannis Baratheon (qui pour rappel a la prétention au trône la plus légitime), qui s’effondre complètement dans la folie et dont l’écriture contredit symboliquement le personnage que l’on nous avait construit durant les premières saisons. Un indice ? Stannis Baratheon n’est pas mort dans les livres.

La série victime de son succès
Game of Thrones devient une caricature de Game of Thrones

Qui connaissait Game of Thrones en 2011, l’année de sa sortie ? Pas vous. L’évènement qui a réellement marqué le début du culte de la série, c’est la fameuse scène du Red Wedding à la fin de la troisième saison. C’est d’ailleurs à ce moment que j’ai moi-même commencé à regarder.
Mais aujourd’hui, on ne peut s’empêcher de penser que la série évolue dans le mauvais sens. Au lieu de compléter son œuvre dans toute sa cohérence et continuité, D&D procurent au final aux spectateurs ce qu’ils veulent voir. Cela définit le concept de fan service - pratique qui consiste à alimenter la passion des fans et leurs fantasmes avec des contenus digressifs ou superflus qui leur sont spécialement destinées – et empêche les personnages d’évoluer dans la continuité de leur intrigue. Quelques exemples :
- Lena Headey (Cersei Lannister) voit son personnage évoluer progressivement au cours des premières saisons, pour changer violemment de bord en saison 6, où elle s’empare du trône et s’annonce comme « le boss final de Game of Thrones » : depuis, le personnage est extrêmement fade et lisse, méchant sous tous ses aspects et sans aucune nuance. Cersei Lannister est passé d’un des méchants les mieux écrits de l’histoire de la télévision à un simple outil scénaristique. Et retournement de situation, dans le 8x05, D&D décident alors d’humaniser à fond Cersei, la présentant perdue et en sanglots : comment détruire une crêpe en la retournant trop de fois trop rapidement.
- Vous rappelez-vous l’ancien Tormund ? Le sauvageon intimidant et effrayant introduit en saison 3 qui représente l’ennemi d’une région inconnue ? Aujourd’hui, chacune de ses interventions sert les quotas humoristiques de la série. C’est du fan service. Et en plus il survit.

Une fin de série rushée : oui aux idées et non à la manière
On ne se sent plus concerné par les enjeux

Dans l’idée, des choix tendancieux tels que Daenerys Mad Queen ou Bran couronné Roi ne sont pas mauvais, et peuvent effectivement offrir des twists intéressants et une fin d’intrigue complète.
Mais le facteur déclencheur du traitement complètement absurde de ces choix réside dans le format choisi pour achever la série. Vous l’aurez remarqué, les dernières saisons comportent moins d’épisodes que les anciennes, sept pour la saison 7 et six pour la 8. Au final, cette décision réside dans la lassitude de D&D qui souhaitaient en finir au plus vite avec la série qui a pris 10 ans de leur vie. En effet, HBO avait proposer aux deux réalisateurs de débloquer plus de budget s’ils souhaitaient reprendre le format 10 épisodes. Ce n’est donc pas une question de budget.
Ce choix affecte grandement l’écriture de la série : facilités scénaristiques (Davos et Tyrion qui expédient la question du Lord of Light en 10 secondes), plot armor (beaucoup d’exemple, mais Arya et Drogon principalement), et même incohérences totales servant le scénario (la reproduction rapide des Dothrakis et Immaculés après la bataille du 8x03). On sort du visionnage très rapidement. On ne ressent plus rien pour ces personnages qui n’évoluent plus, qui stagnent à travers des dialogues écrits avec les pieds (The Hound). On oublie les tonnes de personnages secondaires introduits avec brio dans les saisons précédentes : Edmure (dont l’intervention lors du conseil final m’a donné envie d’écraser ma tv), Bronn, Podrick etc.

Game of Thrones a eu son heure de gloire, de la saison 1 à 4 où aucun TV show n’a pu lui résister en termes de qualité. Mais comme toute bonne chose, il faut rater la fin.
Terriblement dommage.

7/10 parce que je reste fan de l’univers et de certains personnages.

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