Enorme révélation. Une série dense, épique et irrémédiablement humaine.

Avis sur Game of Thrones

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L'engouement populaire qui a accompagné tout du long la saison un de Game of Thrones fait chaud au cœur, tout comme elle soulève aussi quelques questions. Pour un projet aussi casse-gueule, étant a priori réservée à une niche de nerds, comment la série a t-elle réussi à ferrer un public pas forcément acquis à sa cause?
La réponse tient peut-être dans les parti-pris de ses showrunners: tout en respectant un matériau de base purement jouissif, Benioff et Weiss, soutenus par le romancier Martin, ont eu l'intelligence de privilégier l'axe humain, de toujours s'appuyer dessus.
C'est en faisant profil bas, en se concentrant sur ses personnages remarquablement construits et leurs interactions nuancées qui amènent des complots politiques prenants, que la série peut décoller et déployer sa brillante vision de l'Heroic Fantasy.

Ce qui suit est une réflexion globale sur la saison, donc remplie de GROS SPOILERS.

La mesquinerie humaine.
C'est là que réside la véritable claque de Game Of Thrones: dans sa peinture sans concessions d'une humanité mauvaise, constamment souillée par la bassesse et la barbarie, par le goût du pouvoir qui prend le pas sur les principes moraux.
Tout cela, Jamie Lannister le montre bien dans la séquence choc lançant les enjeux narratifs de la saison, en poussant l'enfant Stark du haut de la douve, et ce, sans sourciller (« Things I do for love! »).
Tout les coups sont permis pour faire tomber ses ennemis, et le jeu politique se révèle d'une complexité cruciale et décisive. Car bien peu maitrisent cet art stratégique comme Littlefinger et l'eunuque, et nombreuses sont les retombées inattendues. « When you play the Game of Thrones, you win or you die. There is no middleground », comme le clame si bien la reine Cercei.
Inlassablement, cette satanée mesquinerie revient dans les rapports humains, pour des raisons dérisoires et contingentes. Des actes qui pourraient être évités si les personnages n'étaient pas habités par une lâcheté, une petitesse si effroyables.
Des valeurs qu'incarne d'ailleurs comme personne le Prince Jeoffrey, à qui l'on doit l'acte le plus choquant de la saison: c'est en effet en son for intérieur, alors que personne ne le force, que la situation ne l'exige pas, que ce terrible enfant roi décide d'exécuter en public le supposé traître Ned Stark.
Et ce n'est finalement que pure logique qu'un personnage comme Ned Stark soit amené à disparaître: animé par une noblesse et des idéaux indéfectibles, il n'a plus sa place dans cette ronde politique machiavélique.
Sa disparition, dans une séquence stupéfiante, brillamment mise en scène et d'une émotion inégalable, est un choc qui montre bien la règle du jeu dans l'univers d'A song of ice and fire, les gentils ne seront pas quoiqu'il arrive les gagnants à la fin de l'histoire, et chaque personnage, même un des piliers, peut disparaitre.
Donc, en plus d'être un élément décisif pour lancer les enjeux de la bataille, cet adieu est une profession de foi brillante pour la série.

Une gestion virtuose des codes de l'heroic fantasy.
A part l'introduction rentre-dedans qui table tout de suite sur les morts-vivants à l'extérieur de Winterfell, les autres éléments appartenant aux codes de l'heroic fantasy se font désirer, pour finir par survenir parcimonieusement.
Un parti pris d'abord frustrant, mais qui se révèle intelligent et décisif.
Car c'est en ayant au préalable construit un contexte solide, un cadre humain, que Game Of Thrones peut délivrer par petites touches les éléments attendus d'Heroic-Fantasy sans craindre le ridicule.
Le pacte avec le spectateur a alors déjà été scellé, et de manière insidieuse, il a accepté ce monde complexe qui comporte de nombreux repères émotionnels pour lui, c'est à dire des relations humaines témoignant d'une certaine véracité, tout en différant sur certains détails cruciaux.
Ici, comme le livre le générique, ce monde est l'objet d'une rivalité de pouvoir entre sept royaumes, et on sait aussi que la magie noire et les dragons ont un jour lointain existés, avant de disparaitre. Des éléments qu'on retrouve d'abord discrètement à la périphérie de l'histoire, puis de manière plus franche.
On croise ainsi quelques œufs de dragon, ou un crâne de dragon énorme et poussiéreux dans lequel se cache la fille Stark pour espionner un complot contre son père. Lorsque la magie noire survient, on ne perçoit que quelques ombres menaçantes, des bruits inquiétants, le montage coupe quand on pénètre dans la tente avant qu'on puisse l'apercevoir.
Frustrant encore une fois, mais en la traitant majoritairement hors-champ, la magie noire reste crédible, on ressent viscéralement sa puissance inquiétante.
Et c'est en toute logique, après toutes ces mises-en-bouche, que le spectateur se voit magnifiquement récompensé de sa patience, avec un final spectaculaire qui assume avec courage ses racines dans l'Heroic Fantasy. En reprenant une iconographie emblématique du genre, en concluant sur une femme découvrant sa vraie nature, nue entourée de bébés dragons, la série délivre une promesse jouissive, celle de franchir un palier dans l'Heroic Fantasy pour la saison prochaine.

En somme, Game Of Thrones marque au fer rouge par sa richesse thématique et son aisance à gérer les attentes du spectateur.
A ça s'ajoute d'excellentissimes acteurs, parvenant avec une facilité déconcertante à faire vivre de manière authentique leurs personnages.
Sean Bean est juste formidable, comme toujours lorsqu'il s'agit de faire montre de sa classe d'un autre temps (Le Seigneur des Anneaux, Black Death). Avec son physique marqué, il apporte un charisme, une humanité bouleversante à Ned Stark, arrivant à faire passer tout un panel d'émotions en en faisant très peu. Il laissera pour longtemps son empreinte sur la série.
Et l'autre voleur de scène, c'est bien évidemment Peter Dinklage, qui se régale visiblement des répliques truculentes de son personnage, le génial Tyrion Lannister.
La saison accumule de plus les séquences de dingue, fonctionnant comme des minis-tours de force amenés à devenir culte. Les exemples sont nombreux mais on se souvient forcément de Littlefinger monologuant sur ses choix de vies alors que deux prostituées se caressent devant lui, de la reine Cercei et son époux ergotant sur leur mariage en passant dans le même souffle de la haine au rire complice, du père Lannister dépeçant minutieusement un cerf pendant que son fils lui explique la situation du camp, etc.
Et évidemment, les séquences de batailles sont gore et toutes plus jouissives les unes que les autres.
Et avec la conclusion si fracassante de cette saison d'introduction, les promesses pour la suite sont nombreuses et plus qu'alléchantes.
Bref, n'en jetons plus, avec sa manière si singulière de lier l'intime à l'épique, Game Of Thrones est un plaisir total.
Il faut croire que si l'Hiver est amené à venir, le meilleur l'est également.

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