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Gangs of London par limma

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On suit Gangs of London avec un plaisir non dissimulé, tant la direction franche ne faiblit pas au fil des épisodes. On pense aux saisons décomplexées des Fargo où la guerre des gangs laisse un certain nombre de personnages sur le carreau et où chaque scène recèle sa part de baston parfaitement chorégraphiée et dynamique et/ou de gros délire sanglant à tendance horrifique, faisant fi de toute morale, ou de remords de dernière minute.
Moment défouloir et jubilatoire si tant est que l'on y adhère.

Une peinture qui cible la violence des échanges que l'on imagine sans peine dans les milieux mafieux, où seuls les plus forts et les moins sentimentaux auront une chance de s'en sortir. Une fois le caïd (Colm Meaney que l'on retrouve au fil de flashback) abattu par erreur par deux gamins en fuite, évidemment, toutes les velléités de prise de pouvoir se mettent en branle, et marque la fragilité des accords, mêlant l'inquiétude sur la suite des affaires en cours, et les trahisons sous-jacentes, à la vengeance du fils Sean (Joe Cole) promu à la tête du groupe obnubilé par le meurtre de son père et qui chamboulera un tantinet tout l'excellent travail paternel mis en œuvre jusqu'à présent.
Co-Gérant avec la proche famille Dumani d'une société écran immobilière, la famille Wallace a pignon sur rue. Entre pots de vins, constructions d'immeubles, accession au pouvoir et fils soumis aux malversations des pères quels qu'ils soient, un sournois vol d'argent viendra précipiter le massacre. La série offre alors malgré la multitude de personnages et de flou des échanges, une belle lisibilité, jouant de la surprise pour certaines situations attendues, pour quelques morceaux de bravoure des plus jouissifs.

Sean Wallace plutôt délicat devra enfin devenir un homme et laisser les instincts paternels remonter à la surface pour mieux s'en défaire. De là, ce sera une escalade de violence pas toujours bien ciblée s'octroyant le soutien d'Elliott, (parfait Sope Dirisu) notre agent infiltré soumis à vents contraires, abandonné de ses supérieurs et lui même apte aux décisions les plus curieuses.

La mise en scène ne démérite pas dans le choix de ses décors choisis, des ruelles mal famées, aux appartement luxueux, en passant par des ambiances bucoliques pour un abattage en règle, c'est la ville de London clairement fantasmée qui reste au centre, où les forces de l'ordre sont aux abonnés absents et laissent la porte ouverte à toutes les exactions et explosions possibles et inimaginables, au vu et au su de tous, et où le peu d'autorité se voit saper par une puissance supérieure. S'invite alors dans le monde implacable de la criminalité internationale, une sorte de groupuscule invisible, ne lésinant pas non plus à faire table des rases des plus pénibles, s'attachant les services d'un autre groupuscule norvégien, sorti d'on ne sait où, ce qui amène sans aucun doute à une seconde saison. On peut laisser ce point improbable de côté si ce n'est que justement il ramène lui aussi à une puissance fantasmée où chacun se croyant le maître du monde est finalement manipulé par plus fort que lui et où la violence reste la seule réponse comme forme de communication.

Teintée de grande noirceur, les codes du genre sont respectés mettant la famille et les histoires d'amours contrariées en exergue. Les réalisateurs restent dans leur domaine de prédilection et s'en donnent à cœur joie, alignant les coups bas qui n'auront d'égal que la sauvagerie de mise en œuvre. Il faudra évidemment adhéré au gros délire, aux situations abracadabrantes, voire à l'absurde teinté de ridicule, par le personnage de Michelle Fairley, excellente en femme trahie et bien remontée, délaissant ses tenues et sa discrétion de femme au foyer pour une jalousie tout autant déplacée que sans concession, adepte de la pince multi usages et des décisions implacables, mais le parti pris reste cohérent.

On se régale en tout cas d'un joli melting-pot de gangs aux caractères bien trempés. Des gitans au codes d'honneur sans faille, aux éthiopiens maîtrisant l'art et la manière de jouer de la machette, en passant par des iraniens en quête de reconnaissance et d'une kurde (la très à l'aise Narges Rashidi) soutien de la rébellion armée, et quelques autres au diapason.
Jouant de complexité et de contradictions, au delà de la simple représentation convoquant toutes sortes de traumas, parfaitement rendus, on remarquera la performance tout en subtilité de Brian Vernel, ou les moins connus, tels Orli Shuka l'émotif, ou Jude Akuwudike pour le moins commode d'entre tous.

Une bonne surprise dans le genre sériel a peut-être déconseillé aux âmes sensibles ou aux petits joueurs...

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