Godless america

Avis sur Godless

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SPOILER

https://www.youtube.com/watch?v=JSG2qHBm7WM

Au quatrième épisode, j'ai griffonné sur un mur un petit teaser à l'intention de mes proches. Deux lignes à la hâte, sur une tapisserie de qualité, sans fioritures. Y'a des fautes, je manquais d'encre et de temps :

« Godless, c'est putain de beau. Les chevauchées et la zik. Les pistolets. C'est le far-west. C'est pur et dur, avec tout les codes simples des rares western que j'ai vu (mon nom est personne, il était une fois dans l'ouest, lebonlabrutéletruan). Paysage et chevauchées, violence et cruauté. Beaucoup d'images et situations kitsh et tendues. Rancunes et amour. Confrontatons. Chevauchées. Solitudes et oasis. »

(Ça fait plus de deux lignes ici, mais le mur était plus large)

Le cinéma c'est l'image et le son. C'est même parfois imposer l'image au son. Et vice versa. Le montage est un mariage forcé. Le monteur, un prêtre un peu fou, limite eugéniste. Pour nos beaux yeux hédonistes.

L'homme se positionne dans et sur le paysage, comme un vicieux, avec ses maisons et sa caméra. Et ses duels. Rien de plus cristallisant que deux regards aux aguets qui percent l'espace. Et une main sur la crosse. Les plus grandes montagnes deviennent décor. Et l'homme prend la vedette, c'est une apothéose.

L'homme est la mémoire mutante de l'éternel désert qui oublie tout.

Nous vivons une époque compliquée. On se sent tous un peu seul(s). Ensemble souvent, mais seul(s) quand même... Faut pas croire, le Far-West c'est pas si différent de chez nous. Beaucoup plus de crimes et de maladies, en termes de ratio, c'est vrai. Mais comme le dit le gros méchant sans âme de la série : « la mort c'est pas si terrible, c'est mourir qu'est pas rigolo ». Or, s'il y a une forme de génie qu'on peut concéder aux cow-boys et aux cow-girls (à l'honneur celles-ci ici), c'est qu'ils savent mourir.

Ils ne savent pas trop vivre par contre, obsédés qu'ils sont par la mort. D'où leurs solitudes authentiques... des solitudes de précaution, des solitudes de fierté, des solitudes de sacrifice, des solitudes de colère, des solitudes de caprice, des solitudes de deuil, des solitudes de meurtre... tellement de solitudes, à l'image de cette ville de veuve et leur mauvaise mine, que l'on se croirait dans The Leftovers.

Dans les westerns aussi les gens disparaissent comme des bulles de savon, mais c'est toujours dans l'odeur de la poudre.

Entendons-nous bien, la mort n'est pas dans leurs gènes, aux cow-boys-and-girls, elle est dans leur paysage. Dans sa richesse et dans sa taille, les grands espaces. Les villes sont à peine des points sur la carte, la mer est si loin qu'on n'en parle jamais. Tout est possible dans un tel désert. C'est un monde sans commissariat, où on compte sur le shérif pour survivre... autant dire que s'il est myope, on doit surtout compter sur soi-même. Et sur ceux à qui on fait confiance... autant dire que la solitude est tentante. Soit qu'on doute trop des autres pour soi, soit qu'on doute trop de soi pour les autres. On reste seul.

C'est le code numéro un du western, pour une bonne intrigue : toute belle gueule, bohème ou non, porte en elle les bagages d'un passé qu'elle fuit ou qu'elle traque. Alors plus on s'allie plus on est fort, et plus on a de problèmes. Faut bien choisir. C'est le Far-West.

Certains pensent que la solitude absolu est une fatalité, une finalité même, et donc que seule la mort peut soulager. À l'image de ces deux serial killers qui parlent à leur père adoptif psychopathe :

« En l'absence de Dieu, c'est aux hommes comme nous de prendre des décisions. C'est la peur ancestrale de la solitude, de la maladie et de la pauvreté qui nous a créés. Selon la Bible, la mort c'est rien. C'est mourir qui n'est pas drôle. Celui qui gît comme un agneau reste au sol. Un homme peut compter que sur lui-même. »

« Amen » dit le psychopathe. Une famille de solitaires...

À l'enterrement du Kid (jeune shérif maigrichon, humaniste sans le savoir), le révérend arrivé en retard répond à la psychose:

« C'est terrible, d'aimer ce que la mort va réclamer. C'est terrible, d'aimer, d'espérer, de rêver, d'être. D'être et surtout, de perdre. Il faut être fou, pour ça. Mais c'est sacré. C'est sacré, d'aimer. Car ta vie a vécu en moi. Ton rire m'a émerveillé. Tes mots ont été des bénédictions. Et m'en souvenir m'emplit d'une joie amère. C'est humain, d'aimer. C'est sacré... d'aimer ce que la mort a réclamé. »

Le plus important pourtant, pour moi, c'est le petit échange anodin qui précède ce laïus. Une femme dit au révérend « vous arrivez trop tard » (le massacre a déjà eu lieu), ce à quoi le prêtre répond « je n'espère vraiment pas ».

Ce que je comprends : on peut combattre le prédateur sans amour. On doit même, peut-être, c'est le Far-West... C'est après la guerre et la mort, et avant la prochaine peut-être, que tout se joue.

J'aime comme il leur parle là-dessus d'amertume sans leur parler de Dieu. Et comme il leur présente l'amour comme une imprudence qui vaut quand même le coup, malgré tous nos bagages belliqueux, et malgré nos deuils.

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