Pas encore la série dont cette ville a besoin.

Avis sur Gotham

Avatar Misery Nuages
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Batman est mon super-héros favori.
La seule chose qu'il a de super (en dehors de son compte en banque), c'est une volonté de fer, qui l'a mené vers des sommets. C'est un trait de caractère, certes poussé à l'extrême, mais qu'on peut posséder nous-aussi, qui fait qu'on s'identifie plus facilement à lui qu'à un super-héros invincible sauf face à un caillou vert, totalement au pif. Maintenant que j'ai déclaré mon amour au héros des comics et des films, qu'en est-il de la série Gotham?

Je l'ai commencée, comme beaucoup d'autres, en étant hypée à mort par le postulat de base. Parce qu'avant d'être la foire aux streums (que j'aime d'amour, mais ce n'est pas la question), Gotham c'était surtout une ville bien ripou, avec la moitié du commissariat arrosée par les mafias, les guerillas incessantes entre les clans et la peur de sortir de chez soi acheter du pain et ne jamais revenir.
Et c'est sur cette idée que la série Gotham commençait, en nous ramenant des années avant les aventures que l'on connaît si bien, des années avant l'entraînement, avant Ra's al Ghul, avant la légende du Chevalier Noir. Dans Gotham, Jim Gordon est le héros, fraîchement débarqué et plein d'idéaux, les villains iconiques sont encore de petites frappes. Dans Gotham, Falcone et Maroni essaient de s'exterminer l'un l'autre en entraînant avec eux la moitié de la ville, le commissaire mange dans la main de quiconque lui remplit suffisamment les poches. Dans Gotham, et c'est LA scène que tout le monde connaît, un petit garçon vient juste de perdre ses parents, assassinés pour un sac et un collier de perles dans une ruelle sombre après être sortis du cinéma. Bref, jusque là, tout colle avec l'idée qu'on s'en fait.

L'aspect le plus critiqué de la série est, de loin, le respect de la cosmogonie Batman.
Parce que pour le coup, c'est un peu n'importe quoi. Déjà, ça se passe à l'époque actuelle, c'est à dire qu'on a voulu revenir en arrière dans la genèse Batman, mais en transposant le passé dans notre époque actuelle. En résultent des téléphones portables à gogo, du piratage informatique et encore moult autres joyeusetés impossibles à supporter pour beaucoup de fans hardcore. Là où ça devient carrément confus, c'est au niveau des personnages. Niveau âge, les conventions de base ne sont pas du tout respectées, et si certains personnages restent "crédibles", comme Sélina et Ivy qui sont de la même génération que Bruce, que dire de Harvey Dent, qui est déjà en place dans le scénario comme assistant du procureur? Harvey Dent, qui est sensé avoir à peu près l'âge de Bruce?
Et que dire de Montoya (mais si, tu sais, la jeune flic qui bosse pour Gordon quand il est commissaire) qui est la supérieure de Gordon, de la fiancée de Gordon qui s'appelle Barbara (or Barbara est la fille de Gordon), de Firefly qui est une fille, de Zsaz qui est un tueur à gages au service des Falcone... Bref vous avez compris le truc.
Beaucoup de libertés ont été prises compte tenu de la cosmogonie Batman déjà présente depuis des décennies, et ça a irrité beaucoup de gens, qui y voient un manque de respect.

Personnellement, j'aime bien, malgré moult petits accrocs qui m'ont fait lever les yeux au ciel tellement le fan-service était gros (mention spéciale à Ivy qui n'a servi à strictement rien pendant deux saisons et demi). Après tout, Grant Morrisson aussi a changé beaucoup de choses dans son adaptation du mythe du Chevalier Noir, et il n'y a que les puristes pour lui en vouloir. Je pense qu'il faut regarder Gotham comme une série adaptée librement, remaniée comme un univers parallèle (après tout pourquoi pas? ça ne choque personne quand c'est Spider-man qui le fait...), et ça passe directement beaucoup mieux.
Sur ce plan là, du moins.

Les acteurs sont particulièrement inégaux, dans cette série, et c'est pour ça que j'ai failli lâcher la première saison. Maintenant que j'en suis à la troisième, je suis contente des changements qui ont été apportés à certains (comme Barbara, LE personnage inutile dans la saison 1 mais qui brille dans les deux autres), mais pour d'autres ça ne passe pas.

Histoire de commencer par le pire du pire, Jada Pinkett Smith est insupportable dans son rôle de Fish Mooney, une création originale de Gotham, faite pour lorgner sur les places de Maroni et Falcone, et accessoirement, celle qui a donné sa chance au Pingouin.
J'avais déjà peu de respect pour la personne, mais le niveau de l'actrice est du même tonnelet. Elle surjoue à mort la méchante badass trop bien sapée qui est toujours dans le rush pour devenir la maîtresse de Gotham mais qui a quand même le temps pour une manucure de mauvais goût. Si elle faisait initialement partie d'une intrigue qui reliait les personnages entre eux, elle a rapidement eu droit à sa propre aventure parallèle dont tout le monde se fout. Autre point qui me gonfle : elle est increvable, et malheureusement ici ce n'est pas une qualité.Chaque arc qui inclut Fish Mooney me remplit de la même plate lassitude.
En seconde position dans le palmarès des gens qui en font trop, et c'est dommage puisqu'il s'agit quand même du rôle principal, Ben McKenzie, alias Jim Gordon. On dirait que ce pauvre Ben a subi une paralysie partielle du visage, avec la bouche qui part sur le côté pratiquement systématiquement, lui donnant davantage l'air du péquenaud du fond de la Louisiane que du futur commissaire respecté de tous. On me souffle dans l'oreillette que c'est pour changer son accent, mais était-ce vraiment nécessaire? Puis il faut avouer que Jim est en mithril. Lors d'une scène où il subit un accident de voiture très sérieux (genre camion lancé à pleine vitesse sur petite automobile décapotable), il s'en sort en saignant légèrement du nez. Ah, ok.
Mais je confonds tout, là c'est le scénario qui est coupable, et pas ce pauvre Ben.
Troisième dans ma liste des gens qui ne m'ont pas convaincue : Sélina.
Sélina, alias Catwoman pour les incultes, est sensée vivre dans la rue de petits larçins qui lui apprendront à devenir la grande voleuse qu'elle est dans les Batman. Ici on a donc une Sélina toujours propre, bien maquillée, le petit brushing qui va bien et les fringues qui ressemblent davantage à du prêt-à-porter néo-grunge qu'à ce qu'on pourrait attendre d'une fille de sa condition.

Mais Gotham, c'est aussi ma triade magique, des acteurs que j'aime beaucoup et qui suffisent à me faire regarder la série dans son intégralité, tellement leurs rôles sont faits pour eux.
En troisième position, Alfred Pennyworth. C'est très intéressant de voir ce qu'a donné l'éducation de Bruce en Batman aux côtés d'Alfred, qui, si on est habitués à voir un majordome impeccable et respectueux (quoique pas toujours), a quand même bien dû l'engueuler quelques fois quand Mr.Bruce faisait des conneries. C'est le parent de substitution qui n'a jamais su faire autre chose que se battre et se retrouve un peu désorienté par son nouveau boulot. On en voit le futur Alfred tout en découvrant un soldat qui refuse de se faire marcher sur les pieds et qui apprend à Bruce à se défendre sommairement. Dans ce sens, le rôle est crédible et parfaitement délivré. Gros plus pour l'accent britannique de l'acteur, ça me fait fondre.

En seconde position, Edward Nygma. L'homme a la tête de l'emploi, il faut le dire. Même si ses débuts sont très peu subtils, j'ai beaucoup aimé le développement du personnage, de ce mec chelou qui fait peur à tout le monde et dont on se moque alors qu'il est plus intelligent que le reste du commissariat réuni. Au final, c'est peut-être l'un des méchants les mieux gérés parce qu'on a pris le temps de lui donner un passé, des interactions avec les autres, et en ça il est très bien utilisé. On a vraiment eu le temps de le voir tomber du mauvais côté, sans même faire exprès (contrairement à Firefly qui est une gamine au début d'un épisode et une psychopathe armée d'un lance-flamme à la fin).
Je ne suis pas originale pour un sou, mais la série doit être regardée ne serait-ce que pour le rôle du Pingouin. Meilleure exploitation du pingouin ever par un acteur qui a l'air d'être né pour le rôle, vraiment. Cobblepot est à la fois touchant comme pas possible et méchamment vicieux, capable de passer sans transition de l'amabilité servile à la cruauté sans faille, et il est le pont entre le Gotham des mafias et le Gotham des résidents d'Arkham. Chaque saison me fait l'aimer davantage.

Je finirai le point personnages en déplorant qu'on nous en ait montré autant et si vite. Si les personnages de Nygma et le Pingouin sont si bien utilisés, c'est parce qu'on a eu le temps de voir leur cheminement, de suivre leur passé qui nous est complètement inédit. Ils ont mis du temps à devenir les villains de la série. Trop de méchants ont été à peine esquissés et sitôt oubliés, et ça accentue cette impression constante de fan-service. La palme du gâchis va à Mr. Freeze, dont l'histoire entière est salopée alors qu'elle avait tout pour plaire, tragique et romantique en même temps.

Niveau déroulement de la série, je pense qu'elle veut en faire trop, dire trop et trop vite, et pourtant parfois, il y a des épisodes où il ne se passe pratiquement rien. Ce rythme très inégal tient probablement à son format (22 épisodes par saison, 40mn en moyenne...). Après, il s'agit avant tout d'une série policière, où Gordon et Harvey (qui devient ici son vieux collègue et accessoirement son bestah, pourquoi pas) résolvent des enquêtes qui durent un seul épisode et suivent les trames d'une intrigue plus complexe qui se révélera dans les tous derniers épisodes, le climax de base.
Une chose qui fait mal, surtout dans la saison 1 : les effets spéciaux. Je me rappelle avoir dû mettre un épisode sur pause tellement je riais : une explosion soufflait l'acteur, qui tombait au sol plus loin. Une explosion très propre, qui ne laisse ni marque au sol ni résidus sur les murs, la table à côté ne bouge pas, seul l'acteur saute sur le côté, et le tout fait totalement faux.
Mais je dois admettre que l'équipe a appris de ses erreurs, et je n'ai plus eu l'occasion de relever ce genre d'horreurs par la suite.

Je finirai sur la véritable héroïne de la série : Gotham.
La ville est très belle, la photographie est impeccable. Sombre, sale, polluée et en même temps vivante et animée, Gotham est la ville maudite, qui attire corruption et malfrats comme un aimant. Sur ce point là, il s'agit peut-être de la plus grande réussite de la série. Ces gratte-ciels immenses sous un permanent ciel de plomb n'attendent plus que l'arrivée d'une silhouette, une silhouette qui ressemble à une chauve-souris...

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