L'Impossible Vérité

Avis sur Grégory

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J'avais treize ans lorsqu'en 1984 un banal et sordide fait divers venait secouer la France. Je me souviens encore de l'image de ce gamin à la une de tous les journaux et surtout de cette photo glaçante en noir et blanc du corps sorti de la Vologne. Pourtant personne ne pouvait encore s'imaginer que cette affaire allait devenir l'un des feuilletons judiciaire, dramatique et médiatique les plus important de notre pays au point de créer une aura de mystère et de fascination à nul autre pareil dans l'inconscient collectif. C'était il y-a 35 ans le petit Gregory était retrouvé mort noyé, assassiné pieds et poings liés dans la Vologne. Aujourd'hui encore personne, à part les auteurs même de cet acte, ne connaît la vérité et l'identité du ou des auteurs de ce meurtre.

A travers cette série documentaire de cinq heures Netflix décide de revenir sur cette histoire, de reposer les faits à travers les témoignages de nombreux acteurs direct de l'enquête ; gendarmes, avocats, journalistes, policiers …. Mais aucun des membres de la famille.

La vocation de ce documentaire n'est aucunement de rouvrir l'enquête d'un point de vue criminel et d'aller chercher un potentiel coupable là ou personne n'est parvenu encore à en trouver un. Gregory s'applique à montrer comment l'emballement et l'émotion conduiront à faire de cette affaire un cas unique de naufrage judiciaire et médiatique. A ce titre le documentaire est passionnant et montre (n'en déplaise aux adeptes du c'était mieux avant) que les médias n'ont pas attendus le flot de l'info en continue pour déraper et s’asseoir sur la déontologie pour faire vendre du papier et de l'image. On retrouve donc au fil de ses cinq heures, des témoignages de nombreux journaliste comme Jean Ker de Paris Match ou Denis Robert alors jeune journaliste intègre lancé dans l'arène. Le journaliste Jean Ker se raconte avec beaucoup de sincérité, parfois touchant mais aussi parfois aux limites du détestable dans ces méthodes de vautour , l'homme a au moins le mérite de se livrer totalement face caméra. Le documentaire met en exergues qu'entre un travail d'investigation pas toujours très rigoureux et des méthodes de simple paparazzi en quête d'images fortes, la presse essentiellement écrite construira, pour faire de bonnes histoires à ses lecteurs, des coupables et aussi des victimes. Dans cette ordre d'idée le documentaire raconte clairement comment le journaliste Jean Michel Bezzina orientera délibérément l'enquête et le juge Lambert vers la piste de Christine Vuillemin parce que ça faisait une sacrée bonne histoire à vendre chaque semaine. 35 ans après j'ai revu ses images qui m'avait profondément choqué à l'époque de ses journalistes debout sur des stèles et piétinant des tombes pour faire quelques bonnes photos à l'enterrement du petit garçon.

Le documentaire revient aussi largement sur le naufrage judiciaire de l'enquête avec ce tristement célèbre petit juge d'instruction ressemblant trop souvent à un pantin manipulé par la presse et l'opinion publique dans une quête assez déplacé de notoriété publique. Sur fond de petite guéguerre de services entre gendarmerie et police on apprend également comment la police judiciaire balaiera d'un revers de la main toute l'investigation des gendarmes pour repartir à zéro vers un nouveau suspect. L'interview de Jacques Corrazi alors inspecteur en charge de l'affaire s'avère être assez perturbante à écouter tant par ses propos sexistes largement déplacés à l'encontre de Christine Vuillemin que par son orientation visiblement toujours aussi partisane des faits.

Ces cinq heures d'investigations sont particulièrement riches en images d'époque montrant les principaux protagonistes visiblement tous un peu perdus dans le tumulte des faits. Difficile de ne pas craquer devant la détresse de Christine Vuillemin aux obsèques de son fils et de ne pas sonder un profond et mystérieux malaise dans les yeux de Murielle Bolle. Le déroulement des faits se rejoue devant nos yeux et ravive les zones d'ombres de ce fascinant fait divers devenu une sorte de symbole hypertrophié des errances judiciaires, des dérives journalistique et de notre propre fascination pour le sordide des drames les plus abject à l'image de ses touristes visitant et se prenant en photo devant la tombe de l'enfant (Bien avant la mode des selphies)

Gregory est une très bonne série documentaire qui se regarde comme une série policière des plus addictive, même si parfois elle surligne un peu la dramatisation à coup d'effets de mise en scène et de musique pesante. Le travail de Gilles Marchand est proprement fascinant même si objectivement il sonde le mystère sans y apporter de réponses.

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