Les amants de la Vologne, l'Amour plus fort que la Haine.

Avis sur Grégory

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Née en 1990, je n'ai pas vécu ou subi en temps réel l'affaire du Petit Grégory, et pourtant j'ai la sensation que ce nom a toujours résonné en moi, en nous, qu'il continue de nous hanter... Je ne saurais dire quand exactement j'ai pris connaissance de ce fait divers, quand j'ai compris de quoi il s'agissait vraiment, mais je pense que cela doit remonter au début des années 2000, lorsque j'étais suffisamment en âge de comprendre ce que je voyais lors du journal télévisé avec mes parents. Je pensais connaitre suffisamment l'affaire dans les grandes lignes, et grâce à ce documentaire, j'ai vite compris que j'étais en fait loin, très loin d'imaginer toute l'ampleur judiciaire, mais surtout l'ampleur médiatique qu'a suscité ce drame. J'étais loin d'avoir tout vu et entendu.

Frappée d'horreur, de stupeur, de malaise. Voilà comment je me suis sentie pendant ces 5 épisodes que j'ai englouti quasi d'une traite. On ne sait plus si ce que l'on voit relève de la fiction tant la réalité nous semble invraisemblable, abracadabrantesque. L'horreur des faits, la stupeur de cette surmédiatisation, le malaise de ce silence qui continue encore aujourd'hui de planer ... L’indécence à l'état pur, la télé-réalité dans tout ce qu'elle a de plus glauque, avec 20 ans d'avance.

Jamais je n'avais imaginé que cette affaire que l'on connait tous, que je croyais connaitre, avait pu à ce point faire l'objet d'un harcèlement, d'une traque médiatique aussi conséquente ! Une vraie découverte pour moi. J'entends encore les cris de désespoir et de déchirement de Christine Villemin lors de l'enterrement, effroyable. Je revois ces visages presque fiers, poser devant la tombe du petit, ce tourisme morbide me laissant une impression de dégout profond. Sans compter toutes les bévues judiciaires dont elle a fait l'objet. Je ne comprendrai jamais comment il est possible d'être à ce point sans scrupule, aussi avide de pouvoir et d'argent, de célébrité, de scoop, tout cela sur le dos d'un meurtre d'un gamin de 4 ans et de la détresse des pauvres parents ... Le pire étant que personne ne semble se remettre en question !

Tout au long du visionnage, je n'ai pu m'empêcher de ressentir une profonde compassion et un grand respect pour ce couple, si jeune à l'époque, qui ont toujours tout affronté main dans la main, indestructible ou presque. Pris dans une tempête infernale, une descente aux enfers qui les dépassait totalement, pour laquelle ils n'avaient rien demandé, à laquelle ils n'y pouvaient rien, que personne n'aurait voulu ! Projetés sous le feu des projecteurs sur fond d'affaire sordide, le meurtre de leur propre fils, tels des agneaux livrés en pâtures aux loups affamés. La dignité avec laquelle ils ont su à chaque fois affronter les journalistes avec leurs questions sans aucune empathie ni décence m'a laissé admirative. Et il y avait pourtant de quoi péter un câble, plus d'une fois. Même si chacun à leur manière ont fini par craquer (l'assassinat de Laroche pour Jean-Marie, la tentative de suicide pour Christine), ils ont toujours su se relever avec courage. Impossible de leur en vouloir.

J'ai beaucoup apprécié le documentaire dans sa forme. La musique - composée par l'excellentissime Yuksek (artiste électro français que j'apprécie depuis 10 ans, j'étais loin de l'attendre là dessus !) - a vraiment contribué en tout point à cette ambiance malaisante que dégage l'affaire. Avec ces superbes plans panoramiques de la région dans un décor hivernal (histoire de renforcer encore un peu plus le climat glacial du sujet traité) réalisés par un drone, j'ai retrouvé beaucoup de points communs avec la réalisation de l'excellente mini-série Chernobyl. Netflix s'en est-il délibérément inspiré ? Est-ce là une forme de concurrence vis à vis d'HBO ? Il s'agit certes d'une série, mais plus qu'inspirée de faits réels, avec un caractère très documentaire, je pense qu'on peut être en droit de comparer les deux.

Par ailleurs, sans aucune voix-off, les images d'archive nous sont livrées quasi brut. Les témoignages - très travaillés et soignés niveau esthétique (on appréciera ces tons roses et bleus, et cette lumière tamisée, digne d'un film de Nicolas Winding Refn) - sans interviewer direct ont été conçus comme pour pousser l'interviewé à se livrer en toute confidence, sans concession (je ne reviendrai pas sur les propos abjects de Corazzi). Et là, impossible de ne pas penser à l'émission Strip-tease et à la cultissime scène dans "C'est arrivé près de chez vous" avec Benoit Poelvoorde ! Clin d’œil ou hasard ?

J'ai été véritablement happée par ce documentaire. Non par voyeurisme, en quête d'images chocs, non plus en quête de réponse, mais vraiment dans un but sociologique je dirais : comprendre le contexte de l'affaire et son traitement, la France profonde de l'époque, les liens qui unissaient les différents protagonistes, et pourquoi justement nous en sommes arrivés là aujourd'hui c'est à dire, sans avoir aucune réponse...

Comme tout le monde je pense, j'espère qu'un jour la vérité finira par voir le jour, mais 35 ans après les faits, difficile de garder espoir... Trop de secrets enfouis, jusque dans la tombe pour certains, trop de silences murés... A défaut d'avoir pu vivre heureux, je souhaite le plus sincèrement du monde à ce couple et à leur famille de vivre tranquilles aujourd'hui. Puissent-ils un jour s'endormir, ne serait-ce qu'une nuit, en ne pensant plus à cette obsédante question : qui a tué le petit Grégory ?

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