Cauchemar en cuisine

Avis sur Hannibal

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Hannibal est une série qui se déroule pendant la maturité du Dr. Lecter, alors qu'il vient en aide à un professeur de Criminologie lui-même consultant pour le FBI. Maads Mikkelsen m'intriguait et je regrettais le départ de Laurence Fishburne de CSI ; ces raisons ont fait que j'ai eu envie de voir Hannibal.
Hannibal Lecter, tel que l'a interprété Anthony Hopkins est fort intéressant, du moins dans le Silence des Agneaux. Mais pour être honnête, quel personnage de ce film ne l'est pas? Si Clarice Starling et Lecter ont des profils assez disserts, Buffalo Bill, Jack Crawford, Chilton et même la Sénatrice Ruth Martin pourraient chacun avoir leur spin-off. Hannibal, l'épouvantable navet qui suivit, sortit alors que se développait le peer-to-peer ; je soutient qu'un film comme celui-là peut définitivement briser toute envie de payer ne serait-ce qu'1 franc pour aller au cinéma et encourager le piratage. Dommage pour Dragon Rouge, un bon film, avec Norton qui se donne du mal, vraiment, et Hopkins qui s'use. Quant à Hannibal, les origines du mal, rien que la bande-annonce est à gerber de monstruosité, et par-dessus tout, le pitch est une explication implicite du cannibalisme de Lecter. Or, la fascination pour Lecter tient au fait qu'on ignore les raisons de son comportement.
C'est dire combien Mikkelsen et Fishburne me tiennent à coeur. Totalement convaincue par le petit documentaire de présentation qui souligne un rapprochement esthétique et thématique d'Hannibal avec l'univers de David Lynch, j'ai regardé les épisodes 1, 2 et presque 3 de la saison 1. Outre la lassitude (et la gerbe) qui gagne rapidement à force d'intermèdes gastronomiques (Hannibal mange des rognons, Hannibal mange du foie, Hannibal mange du filet...) venant s'interposer dans le déroulement d'une enquête, il reste que la série n'est pas sans intérêt . Le personnage prinicipal, jeune professeur de criminologie, développe un rôle de profiler qui, pour une fois, est crédible. C'est-à-dire que son atout ne repose pas sur un don surnaturel (comme Alison Dubois ou Samantha Waters) ou sur la déduction mathématique et froide d'une bande de no-life (comme Esprits Criminels), mais sur l'empathie, ce phénomène qui se manifeste dans la contagion des émotions, du rire communicatif à la mauvaise humeur qui pourrit l'ambiance. Si l'on exagère la sensibilité empathique, on obtient Will Graham, capable de comprendre et de ressentir sur une scène de crime les émotions qui ont traversé un tueur. L'entreprise est louable, d'autant que pour trouver un créneau novateur dans la galaxie des séries policières à profilage, fallait se lever de bonne heure.
Laurence Fishburne reprend le personnage de Jack Crawford, rôle qui ne rappelle qu'un instant celui de Raymond Langston dans CSI. Dommage, Langston était complexe, gauche, un lettré mahabile en enquêteur de terrain, prisonnier d'une quête, il n'aura pas, semble t-il autant d'épaisseur dans Hannibal.
Quant à Mikkelsen, beuh... Son visage semble taillé pour incarner le mal, et le chef opérateur en rajoute : son visage semble parfois de cire. Justement, c'est trop facile. Dans les trois premiers épisodes, il prend connaissance de son nouveau terrain, le jeune Will Graham, il prend son temps, admettons. Mais le montage arrive à lasser de cet Hannibal qui passe son temps entre son cabinet et sa cuisine.
Une dernière chose m'inquiète : chaque épisode a dévoilé un nouveau tueur avec un modus operandi très sophistiqué, très esthétique (notamment le botaniste fongiphile de l'épisode 2). Comment tenir la distance sur les trois saisons déjà en cartons? On risque d'en revoir, des scènes de table, pour combler les creux scénaristiques. Allez, et bon appétit, bien sûr!

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