Hap and Leonard : Eloge du désenchantement

Avis sur Hap and Leonard

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Hap and Leonard est une série policière.
Elle se déroule à la fin des années 80 et fait s’affronter l’ancien monde et le nouveau.
Hap and Leonard est une série sur le temps qui passe, sur les modes qui changent, sur les amours perdues (ou pas), la nostalgie et l’héroïsme d’avant (quand on était jeune et fringant, ou un peu con et manipulable).
Hap est blanc, désabusé, blasé, et travaille dans des champs de roses, à la cueillette. Il bosse avec Leonard, son meilleur pote (désabusé, blasé…), noir et homosexuel. Et entre eux, c’est à la vie à la mort, et on se dit tout droit dans les yeux. Parce que quand Trudy, ex-femme d’Hap, arrive avec ses gros sabots et son corps de déesse callipyge, Leonard lui dit très rapidement que ça sent les embrouilles, et pas qu’un peu. Mais Hap s’en fout, c’est la jeunesse qui revient, les idéaux, les sentiments et une partie de jambes en l’air pour se faire hameçonner.
Trudy va lui proposer un deal pour se faire de l’argent facile, et Hap acceptera, embarquant Leonard dans son affaire. Ils vont faire équipe avec un autre ex-mari de Trudy, Howard, hippie patenté qui n’a pas l‘air de s’être remis de 1968, avec son van VW à fleurs et son look d’étudiant gauchiste fumeur de Marie-Jeanne. Paco, ancien « terroriste » défiguré par ses activités de jeunesse, fait aussi partie du deal, tout comme Chub, le simplet un peu lourdingue.
Belle brochette de bras-cassés et d’abrutis en perspective.
Tous ces gens, que l’on suit à travers les caméras goguenardes et leurs dialogues savoureux mettent en scène toute l’ironie d’un « passé qui a du mal à passer ».
Pour les aider à « transitionner », ceux-ci vont se retrouver face à un couple de tarés (psychopathes), tout-à-fait conformes à leur époque : Angel est une femme belle, forte quoique taiseuse, qui aime un peu trop la mode excentrique et sexy des années 80 (et tuer des gens de manière originale). Soldier est l’archétype du Yuppie qui parle beaucoup, se shoote au risque et deale de la drogue. Oui, bon, un yuppie, quoi.
Les paysages de Lousiane, sombres, sauvages et tristement pauvres, sont censés représenter le lieu de l’action, le Texas et sa sauvagerie, à la fois civilisationnelle et capitaliste.
Au cours des 6 épisodes, très bien découpés en fonction d’une idée ou d’un thème, se racontent donc les histoires de nos deux héros, bouffis d’imperfection mais diablement attachants, dont la relation transcende finalement les individus. On sourit face à leurs déboires, on est atterrés et consternés de voir la situation dégénérer encore et encore et on apprécie les « punchlines » qu’ils se balancent en toutes circonstances.
Finalement, l’ironie mordante et permanente, que ce soit celle des personnages ou celle des metteurs en scène permet de traverser tous ces événements comme une fable morale qui n’aurait aucune leçon à donner. « it’s life ».

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