Des enfants qui font peur

Avis sur Hinamizawa, le village maudit

Avatar Oriane
Critique publiée par le

[spoilers]

Je me suis lancée dans cette série par hasard, dans un moment “creux” dans mon visionnage de séries puisqu’il fallait attendre plusieurs mois avant que mes séries en cours ne reprennent. M’étant mise aux animes depuis presque deux ans, j’en recherchais un qui puisse me convenir – pas trop fantasy si je me tournais vers du non-réaliste, pas niais si je me tournais vers du réaliste, et idéalement quelque chose avec du suspens. Après avoir vu les mauvaises critiques d’Another, je me suis tournée vers Higurashi. Un village avec un secret, une bande d’amis qui tente de résoudre les mystères, des histoires de meurtres, ça paraissait sympathique.

J’ai donc lancé les premiers épisodes, ou plutôt le premier arc comme je l’ai appris plus tard. Et je trouve ce premier arc très fort pour instaurer l’ambiance – une ambiance qu’on ne retrouvera pas dans la suite, d’ailleurs. Cet arc-là insiste sur le côté horreur et épouvante. Le cadre et les personnages sont tranquilles et amusants, et pourtant au milieu de tout ça on se retrouve avec une histoire un peu glauque. Une histoire de meurtres, donc, une malédiction, tout ça ayant un rapport avec la construction d’un barrage quelques années auparavant.

Le personnage principal, en entendant parler de ça, forcément, devient curieux. Et c’est là que les choses deviennent flippantes. Ses amies d’ordinaire si gentilles deviennent comme… possédées ? Elles le menacent, lui tournent autour, mais jamais de manière directe. Il devient parano – avec raison – fait équipe avec un policier qui enquête sur cette “malédiction”, puis finit par tuer ses amies, et en s’échappant, se tue lui-même, après avoir révélé que le “dieu Oyashiro”, responsable de la malédiction, existe bien. Voilà comment on nous laisse au bout de quatre épisodes. J’ai mis du temps à comprendre ce qui se passait quand l’épisode suivant a commencé, mais il fallait se résoudre à l’évidence, l’histoire avait été « rebootée », tout recommençait de zéro, mais avec d’autres circonstances.

Cette idée est intéressante, car au lieu de nous montrer à chaque fois les mêmes choses, comme beaucoup de scénarios du genre, on découvre à chaque fois de nouveaux éléments. On apprend donc que Mion a une sœur jumelle, que Satoko est battue par son oncle et qu’elle est la sœur du fameux « Satoshi » dont on entend tant parler, que Rika sait plus de choses qu’on ne le pense…

La perspective change au fil du temps, on suit d’abord Keiichi puis on finit par voir l’histoire à travers les yeux de Rika, en passant par quelques autres (pas Mion, dommage car c’est mon personnage préféré, j’y reviendrai.) Pourtant les questions s’accumulent, et les réponses ne commenceront à apparaître que dans un second temps (il reste pourtant des choses pas très claires, j’y reviendrai aussi).

J’aime bien le fait que l’histoire nous propose beaucoup de fausses pistes, des suspects et des motifs évidents, pour finalement nous diriger ailleurs. Quelle est la raison de ces meurtres ? Est-ce surnaturel, y a-t-il bien un dieu qui punit les villageois ? Mais dans ce cas, il n’y aurait pas de solution et les personnages seraient forcément condamnés. Quelqu’un est-il derrière tout ça ? Forcément les Sonozaki, la famille mafieuse qui n’hésite pas à torturer même les membres de leur propre famille, et qui haïssaient ceux en faveur du barrage. J’aime bien l’explication mais pas toute la justification derrière, finalement trop classique. Une maladie qui contamine les habitants mais qui n’agit pas tant qu’ils ne quittent pas le village, c’est original et ça apporte beaucoup de réponses au niveau du scénario. Pourtant, la raison pour tous les meurtres et les motifs de Takano sont décevants, surtout que je n’ai pas tout compris à sa logique (j’y reviendrai encore). Pour finir, j’aime bien le fait que l’explication soit rationnelle (en tout cas du point de vue de l’histoire, même si cette maladie n’existe pas en vrai), mais qu’il y ait tout de même des éléments surnaturels (Rika), qui n’ont rien à voir avec l’explication aux mystères en elle-même.

Je vais maintenant décrypter les différents arcs et la progression du scénario, ce que j’ai aimé ou pas et surtout les problèmes qui ne me semblent pas résolus.

Premier arc : Je l’ai déjà dit, c’est celui qui fait le plus peur. Les suivants montrent beaucoup de gore mais il n’y a pas un aspect malsain comme dans celui-ci. Déjà, des personnages super gentils (surtout Rena qui est le stéréotype de la fille toute douce) deviennent soudain menaçants, mais sans confrontation directe. En plus, ce sont des enfants. Et surtout, Keiichi n’a aucune raison d’être menacé. Il découvre juste des événements dont tout le village est déjà au courant. Cet arc joue très bien sur les codes de l’épouvante (il se retrouve seul chez lui, il y a une coupure de courant, il découvre après coup qu’on a espionné sa conversation…). Cet arc met une certaine ambiance mais il laisse des choses inexpliquées. On découvre plus tard que Keiichi était à ce moment-là atteint du syndrome d’Hinamizawa et qu’il est devenu parano. Alors, est-ce que tous les moments « flippants » étaient imaginaires ? Les phrases menaçantes, l’aiguille dans la nourriture ? Je ne comprends pas les comportements de Rena et Mion dans cet arc. D’ailleurs, à cause de ça, il l’a fallu beaucoup d’épisodes avant d’admettre que Rena était bel et bien du côté des gentils. Puis le policier qui décide de faire équipe avec un gamin qu’il ne connaît pas, le forçant à l’aider, sans en parler à personne ? Et pourquoi Keiichi est-il également la cible des Yamainu ?

Deuxième arc : J’ai beaucoup aimé cet arc, qu’on découvre plus tard comme étant très trompeur. On a l’impression d’avoir une partie de la solution quand Mion admet être un démon et qu’elle ne se contrôle pas toujours – on comprend enfin un peu le premier arc !

Troisième arc : J’ai trouvé cet arc un peu ennuyeux, on reste beaucoup trop sur l’histoire de Satoko et Keiichi qui cherche à tuer son oncle. On comprend plus tard qu’il était à nouveau atteint du syndrome dans cet arc, ce qui explique son comportement. Mais qu’est-il finalement arrivé à l’oncle ? C’est une question qui semble irrésolue. Son cadavre a-t-il été enlevé ? Est-ce celui censé appartenir à Takano ? Ca ne fait aucun sens. Pourtant, cet arc nous donne quasiment la solution : Takano est beaucoup trop suspecte ici. Le pire, c’est que dès sa première apparition, elle m’a semblé suspecte, à cause de son physique et de sa voix (bien choisie). Mais les pistes ont ensuite été bien brouillées.

Quatrième arc : Cet arc est pas mal, on voit enfin autre chose. Ici, c’est Rika qui devient flippante, suivant le personnage du policier, le menaçant (il s’avère qu’il s’agit en fait de prédictions qu’elle a tout simplement car elle vit toutes ces boucles temporelles depuis le début). Bien sûr, au lieu de dire tout ça de façon amicale et rassurante, il faut qu’elle le fasse avec une voix démoniaque et des mots ambigus.

Cinquième arc : Un arc très intéressant qui a le mérite de vraiment expliquer tout ce qui s’était passé dans le deuxième arc, qui semblait pourtant très clair. Retour à la case départ, Mion n’est pas un démon. On suspecte encore plus les Sonozaki puisqu’on a la preuve de… certaines de leurs pratiques encore actuelles. On comprend mieux les motivations de Shion dans le deuxième arc.

Sixième arc : On apprend des choses qu’on ne savait absolument pas sur Rena. Les rôles se retournent par rapport au premier arc, pourtant c’est encore Rena qui a le rôle de la méchante ici. On apprend enfin ce qu’est le syndrome d’Hinamizawa, même si les connaissances sont minces. Le final est émouvant, on voit que la maladie peut être combattue avec une forte amitié. Pourtant, des questions subsistent. Pourquoi Takano partage-t-elle ses découvertes avec Rena ? Et pourquoi celle-ci est-elle ensuite poursuivie par les Yamainu ?

Septième arc : On comprend enfin beaucoup de choses, mais cet arc est très frustrant. Il manque sûrement des éléments, mais Rika semble ne jamais essayer de faire changer les choses. Elle répète à Tomitake de ne pas aller dans le temple pendant deux minutes puis abandonne en se disant qu’elle ne peut pas changer le destin. Elle n’essaye jamais de changer le cours des événements, que ce soit dans cet arc ou les précédents. En plus, elle dit qu’elle ne sait pas pourquoi elle se fait tuer, qu’elle ne sait rien de la « malédiction », alors que soudain dans les arcs suivants elle sait beaucoup de choses qui sont évidemment les clés du mystère. Et cette affirmation disant que si elle dit la vérité aux autres, elle les « condamne », c’est vrai ou métaphorique ? Car elle en parle assez ouvertement devant eux dans les arcs suivants…

Huitième arc : Sûrement un de mes préférés, les choses changent enfin. L’intrigue avec Satoko est encore une fois un peu longue, mais c’est émouvant de voir tous ces personnages qu’on croyait connaître enfin changer de comportement et agir pour le meilleur. Quand tous sont unis, ils ont enfin une chance de battre l’adversaire. Je regrette même que cet arc ne soit pas le dernier, car la force et la détermination dont les personnages font preuve n’a pas le même charme dans le dernier arc, trop focalisé sur Takano.

Neuvième arc : Beaucoup trop axé sur Takano et ses motivations qui… n’ont pas de sens ? Je ne comprends pas pourquoi elle a besoin de tuer 2000 villageois pour prouver que le syndrome existe. Surtout que s’ils se font tuer, alors la maladie n’aura pas l’occasion de se révéler. Le final est un peu décevant par rapport à tout ce qu’on a vu avant.

J’ai bien aimé la série au final, les arcs sont plutôt inégaux mais l’ensemble est sympa et donne envie de voir la suite et comprendre de quoi il en retourne. Je sais que c’est adapté d’un jeu et qu’il est beaucoup plus long à la base, peut-être qu’il y a les réponses à mes questionnements.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 217 fois
1 apprécie

Autres actions de Oriane Hinamizawa, le village maudit