Urgences à la française

Avis sur Hippocrate

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Une des meilleures séries françaises de ces dernières années. Hippocrate, raconte l’histoire de 3 médecins internes livrés à eux mêmes pour gérer la réalité hospitalière du service de médecine interne pendant 48h. Sujet couramment traité dans les longs métrages de Thomas Lilti (Hippocrate, Première année, Médecin de Campagne), il réussi ici à montrer, à travers ces 8 épisodes de plus en plus palpitant, le point de vue de futurs médecins (incertains et manquant d’expérience), ainsi qu'en arrière plan le point de vue des malades (souvent perdus et ayant besoin de réconfort psychologique). Les internes, appliquent pour la première fois leur apprentissage théorique sur des patients réels. Cette mise en pratique (communément appelé un stage), est habituellement supervisée par des médecins titulaires, cependant ces derniers sont mis en quarantaine pendant 48h car ils ont été exposés à un virus tropical. Les internes se retrouvent donc dans des conditions inhabituelles les menant à prendre des décisions parfois dommageables pour leurs patients, sous la seule supervision d’un titulaire médecin légiste appelé à la rescousse et d’une interne “confirmée” en stage entre deux services de l’hôpital : le service interne et le service de réanimation.

Hippocrate montre le manque de moyen dans les hôpitaux publics français impliquant une réelle pression de tous les métiers médicaux. Devenir médecin nécessite immanquablement une véritable vocation, Thomas Lilti dévoile dès le premier épisode que cette motivation se métamorphose très rapidement lorsque l'on se retrouve “sur le terrain” face aux conditions réelles. L’erreur inéluctable humaine, correspondant en médecine à la mort, n’est pas envisageable. Prononcer un décès est un échec pour un médecin, en effet la réussite et l’assurance sont indispensables dans cette vie professionnelle. Les internes en stage, pratiquant leur premiers pas sur le terrain sont jugés sur ces décisions fatales qu’ils doivent parfois prendre lorsque le médecin titulaire est absent. En soif d’apprendre, ici dans Hippocrate, trois internes se retrouvent communément démunis face aux responsabilités démesurées qu’ils doivent prendre malgré leur manque d’expérience.

Karim Leklou (médecin légiste appelé en renfort) est exceptionnel dans son rôle, une interprétation inattendue dans cet excellent quatuor formé avec Louise Bourgoin, Alice Belaïdi et le prometteur Zacharie Chasseriaud. Louise Bourgouin est parfaite dans son rôle de médecin interne ambitieuse, prête à tout pour devenir médecin spécialisée en réanimation malgré un grave problème cardiaque qu'elle doit cacher : aucune faiblesse n’est admise dans ce métier. Dure réalité des études de médecines, des horaires impitoyables, éprouvants moralement pour ces futurs élites et également pour leur entourage. Néanmoins ce passage est obligatoire pour obtenir le graal : être médecin.

Anne Consigny est également une belle révélation dans cette série, sa froideur en tant que médecin/professeur et chef du service de réanimation, une gradation lui permettant d’être une médecin reconnue, écoutée tout en pouvant donner des ordres à ses internes comme un directeur à ses salariés. On découvre d’ailleurs petit à petit qu’un hôpital est géré comme une entreprise, révélant ainsi un problème de hiérarchisation et de compétition entre les différents services au sein même de l'hôpital. Géraldine Nakache qui interprète brillamment ce rôle de PDG, ne manque pas de rappeler à ses employés (les médecins) qu’un hôpital doit justifier ses dépenses, ses moyens, ses échecs et ses réussites.

Thomas Lilti nous amène petit à petit à découvrir la dépendance des médecins envers leur métier. Une adrénaline quotidienne qui est une véritable addiction pour tous ces praticiens. Le réalisateur nous montre aussi que l’hôpital devient une deuxième famille. Traiter, soigner, se conseiller, parfois mettre son égo de coté et surtout éviter le scandale à tout prix, impliquant parfois de taire une faute professionnelle pour garder la bonne réputation de l’hôpital.

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