Une série qui méritait plus que 6 épisodes

Avis sur Hit and Miss

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Hit & Miss raconte l’histoire de Mia, une transsexuelle tueuse à gages qui découvre qu’avant de changer de sexe, elle a donné naissance à un fils, et que son ex-femme va bientôt succomber à un cancer et souhaite que Mia s’occupe de ses enfants après sa mort.

Le transsexualisme est un thème qui a déjà été abordé plusieurs fois au cinéma, dans Transamerica, Mourir comme un Homme ou encore Laurence Anyways, mais c’est la première fois qu’une série télévisée s’attaque à ce thème. Une première qui ne manque pas d’intriguer. En effet, comment traiter un sujet aussi sensible et personnel sans tomber dans un discours convenu et cliché ?

Et bien le moins que l’on puisse dire, c’est que la réponse apportée par Paul Abbott, son créateur, est des plus surprenante. Hit & Miss ne se contente pas de raconter l’histoire d’une femme (ou plutôt d’un homme) en quête d’identité dans une société qui peine à tolérer l’existence de déviants sur un sujet aussi fondamental et tabou que la sexualité. La série prend le pari de fondre cette transsexualité dans une trame plus riche, plutôt que d’en faire son thème principal.

Le scénario, lent et tortueux, est un régal et son créateur Paul Abbot (déjà auteur de Shameless UK, States of Play) se fait une nouvelle fois remarquer dans un style à l’opposé de ses précédentes productions. Le traitement de l’image est extrêmement fouillé et possède une profondeur émotive rare imprégnant chaque images et créant une atmosphère dense et étouffante par moment à la manière de Luther ou Bloodline.

Les enfants qui compose la famille sont brillamment interprétés, une constance dans les séries et le cinéma britanniques. Dans Utopia, le jeune Grant transcendait par sa voix, son attitude de jeune rebelle en manque de repères et sa fragilité inhérente à son jeune âge, le rôle d’un jeune garçon au point d’en faire un des personnages les plus intéressants de la série. Même son de cloche ici pour Ryan, l’avant-dernier de la fratrie. Ses yeux balancent la plupart du temps entre soupçons permanents et tristesse insondable, et agissent tel un miroir sur son âme brisée depuis la mort de sa mère et la découverte de son père.

Karla Crome qui joue l’aînée (également une des héroïnes de Misfits) confirme qu’elle est bien une actrice en devenir. La seule qui déçoit un peu au final, c’est Chloë Sevigny, dévouée mais finalement assez limitée dans son rôle. Elle ne parvient pas assez à faire rejaillir cette ambiguïté sexuelle malgré de nombreuses scènes de nudité. Le côté tueuse à gages colle difficilement à l’histoire qui n’en avait pas vraiment besoin. La vraie richesse de HIT & MISS résidant dans son ambiance pesante.

Au-delà de son esthétisme bluffant, la série envoûte par son psyché lynchien, sa marginalité tout en clin d’œil à l’œuvre de Larry Clark et sa bande-son, éclectique et en parfait accord avec le visuel. HIT & MISS se démarque des séries traditionnelles pour notre plus grand plaisir. Une œuvre aboutie comme rarement sur la forme mais à laquelle il manque un véritable fil conducteur dans son scénario pour définitivement sortir du lot.

Hit & Miss méritait plus que six petits épisodes afin de peaufiner son intrigue dans laquelle on ne commence à rentrer vraiment qu’au troisième épisode et surtout d’approfondir son univers riche et glauque à souhait. Un excellent choix si vous êtes la recherche d’une série qui sort des sentiers battus.

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