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Avis sur House of Cards

Avatar Nolwenn-Allison
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...Et cette série est bien loin d'être une perte de temps, étant donné ce que les 13 épisodes de la 1ère saison nous offrent ! Que ce soit la mise en scène, les relations entre les personnages ou la vision donnée sur le milieu politique, rien n'est laissé de côté. Et même s'il m'arrive de considérer qu'une collection de gros noms peuvent être synonyme de cache-misère, dans le cas de House of Cards, je n'oserai pas m'avancer sur ce terrain, loin de là. Allons plutôt fouiner sur ce que j'ai mentionné plus tôt...

House of Cards est un monstre hybride, mêlant à la fois théâtre, cinéma et série TV. L'intrigue-même de la série a presque tous les bons ingrédients pour faire une tragédie shakespearienne actuelle : Franck Underwood (Kevin Spacey) a fait élire le Président des Etats-Unis qui lui a promis de le nommer Secrétaire d'Etat. Seulement celui-ci ne tient pas sa promesse et le député, déconfit, décide de prendre sa revanche en renversant un à un les obstacles qui se dressent entre lui et la présidence. Trahison, complots, pouvoir... Pour moi, le compte est bon. A cela, vous rajoutez des personnages qui se réfèrent directement à ceux du célèbre dramaturge anglais : Franck n'est pas sans rappeler Richard III, tandis que Claire (Robin Wright), sa femme, pourrait passer pour la réincarnation de l'ambitieuse Lady Macbeth. Ici, nul besoin de parler de direction d'acteurs, mais évoquons plutôt la mise en scène de la série. Une de ses caractéristiques : la suppression du quatrième mur, qui sépare les personnages en scène du spectateur. Le personnage de Franck Underwood est friand d'apartés face caméra où il nous fait à la fois découvrir le cruel monde du Congrès et de la Maison Blanche à la manière d'un choeur antique, exprime ses divers sentiments ou nous lance des regards complices lorsque la situation tourne à son avantage. Etant donné le sujet, on pourrait s'attendre à une certaine distance. Que nenni ! Nous sommes intégrés dans ce milieu qui est pourtant très fermé et un tel procédé va remettre en question certains de nos principes moraux...

House of Cards dispose également de qualités typiquement cinématographiques et David Fincher, producteur de la série, n'y est pas étranger. Réalisateur des deux premiers épisodes, il imprime de sa patte le reste de la production avec une photographie léchée. Ce qu'il pose sur ces deux épisodes reste dans le marbre et les réalisateurs ont beau se succéder, la qualité reste constante. Même Joel Schumacher (Batman et Robin, c'est lui) a suivi ce cahier des charges. Le tout est monté de manière à correspondre au format TV, sans pour autant abuser du cliffhanger. La grande majorité des épisodes ont une fin conclusive, et c'est bien.

Sur le plan formel, c'est tout bon, et sur le plan du contenu aussi. House of Cards nous ouvre les portes d'un monde qui en viendrait à s'étouffer de consanguinité tellement les mêmes personnages deviennent récurrents dans les diverses affaires. La presse, l'entreprise de Claire ou encore SanCorp gravitent toujours autour d'Underwood, soit pour le favoriser dans ses projets, soit pour essayer d'en tirer un quelconque profit. Ici, l'intérêt est le centre de toute chose et un acte généreux n'est jamais gratuit. A partir de là, la relation humaine est factice. CWI, l'entreprise de Claire, a beau faire dans la charité, "ce n'est pas envers ses employés" car il faut s'affilier à une autre boîte montante. Quant à la jeune Zoe Barnes, préposée aux tweets dans l'une des rédactions les plus prestigieuses de Washington, elle n'hésitera pas à flirter avec les élites dans le but d'obtenir le scoop qui fera décoller sa carrière. On n'est bien loin du journalisme d'investigation vu dans Zodiac (même si la fin de la saison recentre un peu le tir) et le journalisme devient dès lors une subordonnée de la politique, qui jamais ne remet en question les éléments reçus, car il faut bien vendre, d'autant plus quand on évolue dans une presse en pleine mutation !

Il existe pourtant des OVNIS dans ce milieu égoïste et arriviste. Un personnage comme Peter Russo, député de Pennsylvanie, est plus susceptible d'attirer nos bonnes faveurs : il a beau être alcoolique, drogué et en bonnes relations avec la prostitution, il est l'un des seuls à se tourner vers les autres. Sa relation avec sa secrétaire, sa famille, son envie de bien faire auprès de ses électeurs, tout cela le différencie des autres protagonistes. Mais il est bien trop faible pour rivaliser et on se demande finalement si la sympathie que nous éprouvons envers lui ne serait pas plutôt de la pitié déguisée.

Car notre regard, nos yeux, se portent toujours vers les gagnants. Comment faire autrement, quand Underwood ne cesse de nous plonger dans ses combines ? Il a beau établir tous les plans machiavéliques qu'il veut, toujours nous suivons, nous désespérons même quand tout semble aller mal. Et lorsque Franck commet l'irréparable, nous pourrions nous offusquer, mais nous oublions, car l'ascension vers le pouvoir continue, et nous en sommes complices, même involontairement.

Ces dernières années nous auront habitué à côtoyer des anti-héros, entre Gregory House, Walter White, Dexter... mais on regardait ceux-là avec une certaine distance qui nous laissait une marge pour juger de leurs actes. Face à House of Cards, ça devient plus compliqué. On aura beau reconnaître que tout ce qui se passe sur notre écran va à l'encontre de notre éthique, il y aura toujours cette absence de quatrième mur qui nous poussera à nous rapprocher de notre interlocuteur, aka Franck. Parce qu'après tout, il est sympa, alors pourquoi on devrait lui en vouloir, hein ? Cette série est vicelarde, diabolique, mais il ne faut absolument pas la rater ! Vraiment.

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