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Vous l’aurez très certainement compris en lisant le synopsis, I May Destroy You parle majoritairement de sujets durs. Viol, agressions sexuelles en tous types, consentement, système judiciaire, tout y passe. On suit le long parcours d’Arabella, véritable survivante, qui tente tant bien que mal de se remettre de ses traumatismes. Vient aussi se greffer autour de ça une réflexion tout aussi intéressante sur le racisme ordinaire mais aussi sur les relations aux nouvelles technologies et notamment les applications de rencontre.

Comme dans Chewing-Gum, c’est Michaela Coel qui occupe ici, en plus de ses casquettes de créatrice et réalisatrice, la place du personnage principal Arabella. J’ai vraiment beaucoup aimé son jeu, naturel, franc et puissant mais aussi celui des autres acteur.trice.s comme Weruche Opia (Terry, la meilleure amie), Paapa Essiedu (Kwame, le meilleur ami) et même Stephen Wight (Ben, le colocataire) qui, bien qu’il apparaisse assez peu, est très attachant.

Colère, indignation, tristesse, surprise et même joie (même si le sujet de départ est dur c’est certain), la série parvient à faire de ses personnages les vecteurs de tout un tas d’émotions très diverses et variées. Il a été pour moi assez facile de m’identifier dans certaines situations, de me plonger dans l’histoire et de m’impliquer émotionnellement. Les personnages sont tout à fait réalistes et ne correspondent pas à des stéréotypes. Tout en nuances, on les voit évoluer au fur et à mesure des épisodes. Parfois détestables, parfois très attachants, IMDY nous donne à voir des personnages complexes et donc terriblement humains.


J’ai eu une expérience… pas très plaisante. On m’a droguée et violée. J’essayais de me remettre sur pied quand un type de mon boulot m’a aussi agressée. Quelqu’un a dit que c’était ma faute. Peut-être que c’est vrai, vu que ça m’est arrivée deux fois. Je suis ici pour apprendre à éviter de me faire violer. Il doit bien y avoir un moyen. Sinon, ça veut dire que n’importe qui peut m’attirer dans un buisson et me violer à son tour. Et je… Je ne sais pas à quoi ressemblerait ce monde-là.


D’autant plus que les répliques, comme celle ci-dessus, sont redoutablement puissantes. J’ai clairement eu les larmes aux yeux quand Arabella déballe toutes ses histoires de viols et d’agressions sexuelles lors de son arrivée dans un groupe de soutien. Le vocabulaire employé est souvent cru et vient renforcer l’honnêteté de cette auto-fiction, n’hésitant pas à secouer le/la spectateur.trice. Les mots employés sonnent justes et tapent quand il le faut là où ça fait mal. Bien évidemment, cela est sûrement un peu facilité par le fait que le sujet en lui-même est particulièrement déchirant, mais une telle émotion n’aurait certainement pas pu être véhiculée sans un jeu et une écriture de qualité.

Arabella n’est pas une fille « qui fait attention ». Elle n’est pas spécialement craintive de base, se met souvent dans des postures délicates et dans des situations qui peuvent être dangereuses. Elle se drogue régulièrement, boit quand elle sort et aime se trouver séduisante. I May Destroy You dresse donc ce portrait d’une fille qui serait selon certain.e.s perçue comme inconsciente, par d’autres comme une fille qui « l’aurait bien cherché » (je pense qu’on a malheureusement déjà tou.te.s déjà entendu cette phrase…). Si ce parti-pris est fait, c’est pour mieux démonter et déconstruire l’idée de la « mauvaise victime », et c’est là l’une des forces de la série. Michaela Coel se veut donc aussi dénonciatrice de cette culture du viol qui a plus tendance à blâmer et culpabiliser les victimes qu’à éduquer les agresseurs.

Cependant, et c’est à mon sens un des seuls points « négatifs » (et encore) de la série, j’ai parfois eu du mal à comprendre les morales et messages de quelques épisodes et à les interpréter.

Je pense notamment à l’épisode 6 (The Alliance) où je suis restée un peu perplexe face au traitement du personnage de Theo, leadeuse d’un groupe de soutien pour victimes de viols qui a pour autant menti plus jeune à ce sujet en accusant à tort un garçon noir. En mêlant les questions de racisme, de culture du viol, de sexisme et des faux témoignages, on a là un des épisodes les plus déroutants de la série. J’ai aussi eu cette sensation avec l’épisode 7 (Happy Animals) dans lequel j’ai eu l’impression que le mouvement vegan se voyait la cible d’une attaque finalement peu nécessaire. La dernière partie de l’épisode 12 (Ego Death) où Arabella imagine une romance sans lendemain avec son violeur m’a également un peu perturbée et embrouillée.


Des questions et ambiguïtés qui n’ont pour autant en aucun cas gâché mon visionnage et qui ont finalement trouvé leur réponse dans les critiques et avis d’autres spectateur.trice.s.

Si je devais donc résumer, I May Destroy You a réussi en 12 épisodes ce que beaucoup de séries peinent à faire en plusieurs saisons, à savoir aborder un thème complexe de façon claire et délimitée (sans pour autant être exhaustive) avec des répliques justes et puissantes et des personnages réalistes et nuancés. Vous l’aurez donc compris, je vous recommande chaudement de visionner cette série pour vous faire un avis.

chougne
9
Écrit par

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