I may destroy you

Avis sur I May Destroy You

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« Une série qui parle du viol et du consentement », « Michaela Coel y raconte son viol et les conséquences de ce traumatisme ». Voilà ce qu’on lit de cette série portée aux nues par l’ensemble des critiques de la toile. Mais ce qui se déroule tout au long des 8 premiers épisodes relève plus d’un véritable jeu de massacre et soulève bien d’autres sujets que celui du viol. Une scène qui ne dévoilera rien du contenu narratif de l’ensemble illustre parfaitement cette complexité : 4 élèves du lycée regardent et discutent des photos envoyées par leurs potes qui les montrent en pleine relation sexuelle. Ils les commentent et s’en amusent. Cela dit déjà beaucoup de choses sur la jeunesse. Mais dans le même temps, en arrière plan, une jeune fille se fait tabasser avec une violence insensée sans que personne ne réagisse. C’est flou, certes, mais bien présent et cela serait sous-estimer l’auteure que de penser qu’elle a glissé cela négligemment.

Alors oui, à Londres, lors d’une soirée arrosée (et pas seulement), Arabella, jouée par Michaela qui a elle-même vécu cette situation, a un black out. Des flashs lui reviennent laissant penser qu’elle s’est faite violer. Avec l’aide de ses amis Kwame et Terry, elle va donc tenter de gérer son trauma. Mais en lien avec ce sujet, Coel nous montre une jeunesse en totale perte de repères si ce n’est ceux nés de la fréquentation intensive des réseaux sociaux. Alors, les personnages boivent, se défoncent, couchent dans des toilettes de magasins quand l’occasion se présente, kiffe les plans à trois avec des inconnus... Ces jeunes vivent tout dans l’instant et consomment sans aucune réflexion sur le sens qu’ils donnent à leur vie et à leurs actes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont en permanence des comportements à risques et qu’ils ne s’en rendent absolument pas compte. La manière dont ils vivent certaines situations gênantes pour ne pas dire plus, est assez sidérante. Beaucoup de scènes vont dans ce sens et procurent à l’ensemble un ton décalé où le rire est jaune devant tant d’inconséquences mais elles ne sont aucunement gratuites.

A frôler ainsi avec les limites, ils seront confrontés à différentes situations sexuelles qui feront réfléchir quant aux notions de respect de l’autre et de consentement. Et le traitement qui en est fait par les protagonistes est extrêmement problématique. Il faut dire que la vision qu’ils se font du monde se limite à la superficialité de l’écran de leur téléphone portable. Alors lorsque des événements perturbants surgissent, ils n’ont pas les armes pour les affronter. Prisonniers d’une attitude d’éternelle insouciance qui procure au spectateur des séquences aussi drôles qu’embarrassantes, ils sont en incapacité de fouiller en eux afin de trouver des amorces de solution. La clé du réconfort s’oriente donc vers ce qu’ils maîtrisent et ont sous la main : les réseaux sociaux, éléments centraux de la série. Ceux-ci sont le gagne-pain d’Arabella, Terry y cherche de la reconnaissance et Kwame n’a qu’un seul amant : Grindr. Ainsi, lyncher l’ennemi pour obtenir le plus de likes possibles, recevoir des cœurs de gens qui s’identifient aux « combats » menés deviennent des remèdes inefficaces et pervers mais si euphorisants qu’ils peuvent vite basculer vers le sexisme et le racisme. Ne voir la vie qu’à travers ce prisme déformant aboutirait simplement à la perte de son libre arbitre.

Et au moment où on se demande dans quelle direction la série veut nous amener, la suite prend soudainement une tournure plus consensuelle et sage dans son propos. Il y a alors plus de sensibilité mais cela perd aussi en mordant malgré de jolies scènes. C’est un peu dommage que le bouillonnement corrosif initial bascule aussi rapidement vers des rapports humains si apaisés et tolérants. Le contraste est un peu trop saisissant même si c’était peut-être nécessaire pour que l’on comprenne bien le message de Coel. Parfois, à vouloir faire entendre sa voix, on perd en folie créatrice. Mais ne boudons pas notre plaisir  car durant un bon moment, une foule d’émotions et de réflexions contradictoires se sont bousculés dans notre cerveau qui a cherché à décoder sans manichéisme ce qui nous était présenté. Et en cela, cette série non-aimable et perturbante a parfaitement réussi son pari. De plus, on peut louer la qualité des acteurs (surtout des actrices) qui arrivent à transmettre entre autre leur naïveté juvénile déconcertante (ah, ces moments de joie partagée entre Arabella et Terry qui ont la force des grands moments de communion entre Yvain et Gauvain dans la série Kaamelott!). Et peut-être que comme le suggère le dernier épisode assez réussi, il n’y avait pas de bonne fin et que la radicalité n’était une conclusion ni souhaitable ni entendable. Il était aussi sans doute important de montrer que les femmes du dernier épisode n’auraient pas cautionné le comportement de ces jeunes filles qui, quelques années plus tôt, appréhendaient les images obscènes issus de leur téléphone comme la seule représentation du monde digne d’intérêt. Alors qu’à deux mètres d’elles, une lycéenne, comme elles, ne réussissait pas à se remettre sur ses deux jambes...

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