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I May Destroy You par Christine Deschamps

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Alors que le thème était alléchant, le premier épisode a failli avoir raison de ma motivation : cette plongée dans les nuits londoniennes en compagnie d'une gourgandine défoncée et incohérente n'avait rien de la partie de plaisir. Regarder les gens se mettre minables, se ridiculiser, voire d'avilir, ça n'a rien de distrayant. Heureusement - pour la fiction, s'entend - la dureté des relations humaines a rattrapé l'écervelée, l'a obligée à se coltiner la réalité, et là, il faut bien avouer que c'est devenu drôlement intéressant. La série monte en puissance jusqu'à l'épisode 6, au moins, et interroge toutes les formes de consentement. Un débat plus que nécessaire, visiblement, même si, sur le papier, la notion peut sembler limpide. Drogue, mensonge, hiérarchie, tout peut venir troubler la perception qu'on a de sa liberté à disposer de son corps. La série fourmille donc de bonnes idées, avant de se ranger à une conception plus classique, vers la fin, qui vient amoindrir considérablement sa pertinence, à mesure que se glisse une grosse dose de consensus dans la résolution du trauma de l'héroïne. Rappelons, à toutes fins utiles, qu'elle a été droguée à son insu, violée dans les toilettes d'un bar et qu'elle ne s'en rappelait pas vraiment le lendemain matin. Dans ces zones floues affleuraient des problématiques essentielles : le statut des femmes, celui des minorités, l'habeas corpus, le machisme, la nature du divertissement, la consommation de stupéfiants récréatifs, l'abus de pouvoir, les masques sociaux, le rôle des réseaux sociaux, la prédation sexuelle, et j'en passe. L'introspection contrainte de l'héroïne faisait office d'appel d'air, déclenchant une remise en question salutaire d'une montagne de codes qui restent à interroger sérieusement aujourd'hui encore. La fin donne un peu la sensation que l'essentiel était là, dans le fait de mettre sur la table tous ces sujets, sans que le scénario ne propose vraiment de sortie vers le haut à ce brainstorming géant. Mais c'est peut-être conforme à l'état des choses dans le débat contemporain. Ceci dit, ça n'enlève rien au fait que cette histoire est bien menée, dépaysante, salutaire et plutôt agréable à suivre.

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