J'étais pas prête (à autant aimer)

Avis sur Jane the Virgin

Avatar Pauline Burel
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Je ne sais pas trop pourquoi j'ai commencé Jane The Virgin, probablement à force de voir les innombrables débats de la #TeamRafael vs. #TeamMichael sur Twitter, marre de me sentir outsider alors j'ai profité que la saison 1 soit sur Netflix pour y jeter un oeil, sans rien y attendre.

Tout de suite j'ai accroché, par son côté novateur : la cadence est soutenue, le narrateur au départ un peu omniprésent finit par gagner mon coeur, et j'avoue, j'ai des bouffées de tendresse quand j'entends Abuela parler espagnol. Et puis d'épisode en épisode, que j'avale comme je me goinfrais de chocolat adolescente, je tombe amoureuse de cette série. Au-delà du scénario (rocambolesque mais bien ficelé, c'est de la telenovela), au-delà des personnages (larger than life, tellement attachants), c'est surtout la bulle de douceur dans laquelle me plonge cette série que j'aime à la folie.

C'est tellement rare de voir, sur un écran, des relations humaines aussi saines que dans Jane The Virgin. Oui, il y a du drama, encore plus que dans la vraie vie : des portes claques, des choses blessantes sont dites, des secrets sont dissimulés, des gens pleurent, se déchirent, se rabibochent... et pourtant, inlassablement, les personnages savent se parler et se dire. Difficile d'expliquer plus sans tout raconter, sans reprendre plan par plan une scène, mais c'est clair et net que je n'ai jamais vu dans aucune autre série une telle bienveillance. Là où dans certaines séries de la même chaîne (Supernatural, je dis ton nom) chacun des personnages s'évertuera à dissimuler toutes ses émotions, et à garder des secrets nocifs qui pollueront des relations jusqu'à les rendre toxiques, avec Jane The Virgin, rien de ça. Comme je l'ai dit, oui, il y a des secrets, ce n'est pas le monde des Bisounours, loin de là. Mais à chaque fois, dans chaque arc narratif, les personnages arrivent à avoir de véritables conversations, à exprimer leurs émotions, qu'elles soient tristesse, frustration, colère, sentiment d'être dépassé·e, et à prendre de vraies mesures pour changer, pour améliorer les liens. Ca n'a l'air de rien, mais réfléchissez bien : vous voyez la même chose ailleurs ?

Alors moi, mon dada c'est la bienveillance, la communication non-violente. C'est hyper important, ça a une place centrale dans ma manière de faire au quotidien avec les gens, et je me lamente de ne pas voir ça à l'écran, je m'arrache les cheveux quand je vois les frères Winchester se cacher des trucs, quand je vois Kevin Garvey ravaler ses émotions. Parce que c'est important de voir autre chose, de savoir qu'autre chose est possible. Regarder Jane The Virgin, pour moi, c'est entrer dans un univers parallèle où les paramètres de communication sont radicalement différents du reste du monde. Une bulle de douceur, où je me laisse porter par les rebondissements WTFesques et les répliques théâtrales du narrateur, où je ris, pleure, râle, mais où au fond je me sens infiniment bien.

Alors mon conseil, c'est évidemment de foncer regarder Jane The Virgin. D'autres arguments ? OK.

Les personnages sont chouettes : Jane est fascinante de drôlerie, d'intelligence, de badasserie et d'honnêteté, les femmes Villanueva sont une famille unie envers et contre tous, un véritable modèle, les hommes de la série ont leur lot de qualités et de défauts non-genrés qui me rendent heureuse, le jugement est globalement absent de tout ce qui fait de tous ces personnages des êtres humains.

Xiomara était une mère adolescente et elle aime le sexe ? Good for her. Rogelio est plus calé sur le makeup qu'une vendeuse Sephora ? You go, man ! Rafael est un papa-poule, complètement gaga devant son fils ? Ooooh, yeah. Jane rêve d'être autrice de romance ? Personne ne viendra se moquer de ses ambitions.

Et oui, même si le pitch de base laisse présager d'un discours moralisateur sur le sexe et la virginité, porté par une Alba croyante et sévère (sur ce point-là, car sinon c'est une crème), et qui ressemble vraiment à du slutshaming, au final... on n'y pense plus, parce que la virginité de Jane n'est pas du tout le pivot central de la série. Surtout, Jane en elle-même n'est pas un personnage moralisateur : très croyante et déterminée à rester vierge jusqu'au mariage, elle n'est pas là pour juger celleux qui ne font pas le même choix qu'elle. Et même Alba est un personnage qui a droit a une jolie évolution !

Quant à la narration et à la réalisation, elles sont toutes les deux au poil : modernes, novatrices, elles laissent aussi vraiment la place à cette mise en abîme qu'oblige l'esprit très imaginatif de Jane, et cela permet de vraies pépites, délicieuses à regarder.

Concrètement, Jane The Virgin, c'est un gros coup de cœur, la fin de la saison 2 vient de me rendre zinzin, vivement septembre en espérant que ça continue sur cette formidable avancée. Foncez.

(#TeamRafael)

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