Le tour du monde en 27 antagonistes

Avis sur JoJo's Bizarre Adventure: Stardust Crusaders :...

Avatar Necronus2828
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Stardust Crusaders : Battle In Egypt est la deuxième saison du volet de la série animée JoJo's Bizarre Adventure adaptée du manga éponyme. On y voit le petit-fils de Joseph Joestar maltraiter sa famille, et adopter un chien avec des problèmes digestifs.

Bon visionnage, salut.

Pour ceux qui seraient encore tenté de visionner la suite des aventures des Joestar, voilà pourquoi ça mérite à mon sens un 3.

La série pèche tout d’abord par son scénario. La motivation de la famille Joestar pour affronter leur ennemi de toujours, qui aurait pu se suffire à elle-même et entraîner des débats intéressants entre générations sur le sens du devoir, n’est pas évoquée ici, au profit d’un bête « il faut sauver maman de son maléfice ».
L’équipe de héros est constituée de deux Joestar, d’un ami manieur de stand (esprit invisible matérialisant plus un pouvoir qu’une réelle psyché, mais avec une vulnérabilité synchronisée sur le manieur) ayant fui l’ennemi et décidé à l’arrêter, et de quelques antagonistes temporaires sous l’emprise de Dio qu’il s’agira de délivrer (je ne les ai pas comptés dans le titre).
Ces derniers auront comme objectif : pour Kakyoin ne pas se faire manipuler à nouveau, et pour Polnareff venger sa sœur assassinée par un stand et d’aider ses amis. Évidemment il y a également le chien, qui combattra par fierté. C’est un peu léger, mais qu’importe cela fonctionne en soi. Le problème c’est que la suite du scénario se résume à « allons en Egypte, et surpassons tous les manieurs qui nous forcent à changer de mode de transport pour faire un scénaristiquement pratique tour du monde ». S’imbriquent en guise d’exception le dilemme de « faut-il ou pas prévenir la grand-mère de Jotaro » (aucune utilité pratique dans l’histoire) et la fondation SpeedWagon pour la continuité forcée avec la série (on passera quand l’onde n’a plus aucun intérêt, les vampires beaucoup moins, et que le concept est centré sur des combats d’invocations spectrales).
Et on va en manger des ennemis et des déconvenues de transport. On va tellement en manger que le méchant sera évacué en quatre épisodes sur quarante-huit.
C’est simple, chaque antagoniste est une péripétie plus ou moins prolongée, comme l’illustre le cas d’Anubis qui revient une seconde fois pour botter le derrière des personnages et ralentir l’histoire (Anus bis ?), ou de Hol Horse (dont le retour n’est pas inapproprié, mais s’ajoute à la lente énumération d’ennemis, ce qui est dommageable lorsqu’on attend un peu plus de la série).

On nous fait donc des piqûres de rappel pour nous rappeler que Dio est le méchant classieux, sans convaincre puisque rien ne nous est montré ou suggéré si ce n’est qu’il séduit ses disciples (merci on a vu pire, certains incarnent la mort ou font rajeunir), et qu’il est encore faible du fait de sa greffe. Arrivé en bout de série, après un inventaire des ennemis affrontés dont on a déjà oublié le nom et/ou le pouvoir, Dio constitue la grande déception. En effet il réussira :
- à ne pas apporter à son personnage quoi que ce soit d’autre que son stand (il reste cruel mais n’a pas grand rôle dans la série en dehors d’embaucher du monde),
- à voir son design originel ruiné par des PETITS CŒURS et une coupe à la Super Saiyan qui, associés au « combat » viriliste d’entrée de Jotaro, rendront l’affrontement quasi-parodique,
- à perdre contre un jeunot malgré son expérience d’immortel et un avantage stratégique sur lui - pouvoir arrêter le temps rien que ça -, par excès de précaution ou de vantardise suivant le moment.
Le grand méchant de l’histoire se fait déglinguer comme un stand classique, à son propre jeu, par un ersatz de héros imbu de lui même mais sans réel charisme (cf plus bas).

Au cours de l’aventure les prétextes pour séparer les héros, comme dans un mauvais film d’horreur, sont réemployés continuellement au détriment de la narration, au point d’énerver le spectateur qui a l’impression d’être pris pour un demeuré. Cela est d’autant plus dommageable que la cohérence n’est pas au rendez-vous. A titre d’exemples : Joseph Joestar possède un stand d’une efficacité limitée, mais cet ex-protagoniste capable de terrasser des ennemis par la ruse dans la saison précédente ne pense à utiliser son onde qu’une fois sans succès contre un parasite - parasite qui au passage ne peut pas être noyé par son stand contrairement à un autre parce que voilà. Il se fera également ressusciter par une injection de son propre sang prélevé dans le corps d’un vampire mort après des heures de dégénérescence cérébrale (moins que le temps de visionnage de la série), ce qui en plus de ne pas faire sens (suspension d’incrédulité bonjour) ruine une mort supplémentaire dans l’histoire. Abdul a échappé à une mort certaine en reculant sa tête en arrière pour esquiver une balle, Joseph a été sauvé par un don de sang parce que selon Jotaro (citation très approximative) : « Après tout on a déjà fait l’impossible alors je vais me fâcher si vous ne prélevez pas de sang à ce cadavre !». Même l’origine des stands est complètement bidon (c’est parce que Dio est de retour j’vous dis, et ils prennent la forme des cartes uniques du tarot, la preuve on a des dieux égyptiens antiques et deux des cartes de tarot ont les mêmes pouvoirs à défaut d’avoir le même nom parce qu’elles sont de même « type » [insérer définition manquante]).

La narration est bourrée de références culturelles (de Shining, à Dragonball, en passant par Lawrence d’Arabie), ce qui est à mon sens peu pertinent ici, la série jouant plus sur le comique.

Au niveau des thématiques, on est heureux de constater que le rôle des femmes dans la série s’est fortement amélioré, comme en témoignent la scène du gros plan sur le visage d’un gorille dévisageant une mineure sous la douche (le gorille avait plus d’expressions faciales que jotaro au passage), la mère de Jotaro qui, en outre d’être faible à son stand de par son état de femme, se fait constamment remettre à sa place par Jotaro et ne présente pas d’autre utilité que de rappeler que les héros doivent se presser en geignant au lit. La grand-mère de Jotaro il faut pas la prévenir non plus parce que ça pourrait l’inquiéter ou la mettre en danger. Manque de bol, elle devine que quelque chose ne va pas grâce à son intuition (féminine assurément), et se contente d’une petite visite à sa fille...ainsi que d’emmerder les japonais dans la rue avec sa caméra. Sigh. L’une des manieuses de stands qui joue sur le magnétisme (très chouette personnage) est filmé du point de vue de son derrière. Polnareff cumule les chouettes remarques du genre « maintenant qu’on a achevé son stand on va regarder si elle était belle, oh non elle a plus de dents quelle horreur », « oh merde j’ai été piégé par une manieuse de stand...et c’était en fait une grosse, dire que j’ai failli l’embrasser », et une séquence dans laquelle le bon français rajeunit considérablement sous l’effet d’un stand nous permet de découvrir qu’il a toujours à cœur d’observer les seins des donzelles qu’il croise en en oubliant presque sa mission.
Au delà des vannes sur les femmes, le nombre de blagues scatologiques est ahurissant : prouts de chien, vas-y que tu vas lécher les toilettes, « bébé mange son caca », et j’en passe.
L’humour ne se renouvelle pas. Les « oh my god » de Joseph sont trop fréquents pour amuser sur le long terme, les quiproquos de qualité trop rares (« Regardez vous n’allez pas en revenir, Abdul est vivant ! »). Il y a également une certaine scène entre Abdul et Joseph, que je ne critiquerai pas parce qu’elle m’a bien fait rire dans le contexte.

On constate une évolution dans la narration de la série. Au départ avec Jonathan Joestar, on a une histoire assortie d’une magie bidon que le narrateur tente de justifier vainement mais qu’on accepte car le scénario plaît un minimum. Puis avec Joseph, l’histoire, qui est assez chouette, joue sur le grandiose et l’absurde avec autodérision et la narration renforce ce côté second degré. A présent on a une histoire agglomérée constituée d’éléments invraisemblables et mal raccordés au reste, et une justification pénible en prime qui rallonge la narration. Que de progrès.

Le protagoniste est une brute avec du sang froid et un stand très fort (capacités d’analyse, précision, force brute), ce qui limite un peu ses interactions, lesdites interactions consistant à, au choix, se taire, rembarrer un membre du groupe, ou sortir un « je vais t’amocher le crâne ». Le stand crie également quand il frappe (OWLA OWLA OWLA), ce qui fait rire une ou deux fois, mais ennuie sur le long terme. Jotaro est passif la plupart du temps, et subit le scénario à défaut de subir toutes les actions ennemies. Il a fallu tuer son grand-père et la moitié de ses amis pour qu'il s'énerve pour de bon (et encore était-ce flagrant ?), et ce personnage en possession d'une photo souvenir ce n'est absolument pas crédible une minute.
En ce qui concerne les autres personnages, Polnareff concentre évidemment tous les poncifs véhiculés sur les français dans les animés (ne serait-ce que son nom, au-delà du fait qu’il est prétentieux, coquet, et qu’il drague tout ce qui bouge). Le personnage est toutefois attachant, et a quelques heures de gloire.
Kakyoin, outre sa dépression permanente, est également un bon ajout (remettre en cause sa santé mentale dans un épisode est intéressant de surcroît), et Abdul présente l’intérêt d’être ingénieux et de se lier d’affection avec les autres pour renforcer le côté équipe, là où Polnareff joue le rôle du comic relief pour satisfaire également cet objectif.

On retiendra quelques scènes de qualité, comme la confrontation avec D’Arby pour une partie de poker, le combat d’un stand composé de lumière, ou l'utilisation d'un stand pour stopper son rythme cardiaque. Mais la plupart des pouvoirs des stands ne sortent de nulle part, et on les oubliera vite.

Enfin d’un point de vue visuel, c’est assez inégal. Les scènes de tension intense (désert, sueur pendant un pari) sont recyclées, mais le dessin est très satisfaisant de manière générale. Iggy le chien antipathique demeure un mystère esthétique (est-ce seulement un chien ?). On a de la 3D de temps en temps.

CONCLUSION :

Regardez les scènes rigolotes sur YouTube, pas les 16 heures d’épisodes.

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