Le poids des racines

Avis sur Justified

Avatar Rapha_da_Silva
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Justified est souvent décrite comme un mélange plutôt heureux entre le policier et le western. Son fil condcuteur, loin du modèle "une enquête = un épisode", constitue peut-être sa plus grande qualité.

Rappel des faits. A notre gauche, Raylan Givens. Un marshal du genre bourrin mais efficace, muté dans son Kentucky natal. A notre droite, Boyd Crowder. Un homme brillant et éloquent, mais qui a choisi la voie criminelle de son père. L'un est chargé d'arrêter l'autre, l'autre rappelle à l'un ce qu'il aurait pu (ou dû) devenir.

La généalogie est un aspect prépondérant dans Justified. Chaque personnage en connaît souvent un autre par sa réputation, un membre de sa famille ou des événements communs. Il y a très peu de flashbacks durant les six saisons, les souvenirs ne continuent à vivre que dans les paroles, et justifient les actes présents comme autant de péchés originels.

La rivalité entre Raylan et Boyd est une affaire de justice, mais aussi de biographie. Givens, qui s'est toujours senti plus proche de sa mère, a coupé autant que possible les ponts avec son père. Ce dernier a depuis enterré sa femme, et se complaît en hors-la-loi viellissant. Le schéma Crowder, un fils qui en a assez d'être dans l'ombre du père, cache aussi son lot de rancoeurs.

Cette vision déterministe, exposée dès le début de la série, ne verse jamais dans le simplisme. Des ruptures de trajectoire égrènent chacune des saisons. Raylan n'est pas le seul à bifurquer, mais la volonté à elle seule ne suffit pas. Il en faut souvent peu pour passer de la prison à la rédemption, de la vie rêvée au cauchemar permanent.

Les différents acteurs servent extrêmement bien ce propos. Timothy Olyphant joue un homme profondément immature, un bellâtre insupportable mais pragmatique. Walton Goggins démontre une fois de plus son talent, avec une prestation qui va bien au-delà de Shane Vendrell dans The Shield, même si on trouvera un même goût pour la fuite en avant.

Autour d'eux, les personnages secondaires ne sont pas en reste. Cela vaut pour le bureau du marshal (le grand patron Art Mullen en tête), les divers soldats du clan Crowder, les quelque francs-tireurs (Wynn Duffy ou Ellstin Limehouse) et les antagonistes des différentes saisons.

Soyons honnêtes, ça pèche parfois du côté des rôles féminins, notamment dans le cas de Winona. Ce n'est heureusement pas systématique. L'émancipation d'Ava Crowder ou d'Ellen May sont bien orchestrées, et la saison 2 laisse une place de choix à Margo Martindale. Sa matriarche impériale continue d'impressionner, même après plusieurs visionnages.

Avec encore une fois, le soin porté à la biographie du personnage, et son projet inavouable : détourner l'histoire de sa région à son propre profit. Car le comté de Harlan appartient autant à ceux qui connaissent ses collines qu'à ceux qui se rappellent les événements qui l'ont façonné.

Le Kentucky de Justified est bien loin d'une carte postale, on est plutôt sur une image d'Epinal désenchantée. Un décor dont les racines enserrent ses natifs, sans que cela vire à la malédiction.

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