"Le futur est entre nos mains"

Avis sur Kaiji: Ultimate Survivor

Avatar LLee
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Ah, Kaiji.. L'une de mes séries préférées, par l'un de mes auteurs préférés. Ca fait un bon bout de temps que je l'ai vu, et je ne m'en lasse pas. Ca fait également un bout de temps que je songeais à écrire une critique dessus, ayant pas mal de choses à dire, autant sur la première saison que sur les autres parties, ainsi que sur celles qui s'étalent bien au-delà de l'adaptation en anime.

Je me rappelle lorsque je traînais sur le net, n'ayant rien trouvé de plus productif à faire.. Et puis je tombe sur le deuxième opening de cette série.

Et là je n'ai pu m'empêcher d'éprouver de la curiosité et d'intérêt. Un charadesign très atypique, avec une animation plutôt bien foutue (bon, c'est pas toujours nickel mais dans l'ensemble c'est bien animé) Mais surtout, de quoi ça pouvait parler? Je me suis donc renseignée et bah.. J'avoue que lorsque j'ai commencé la série, je ne m'attendais à pas grand-chose. J'étais persuadée que ça allait m'ennuyer au bout d'un moment, mais je voulais vraiment essayer. Et franchement, j'ai été surprise. Et pas déçue.

ざわ…ざわ…

Quand on jette un coup d’œil au résumé, on voit que la série aborde un thème assez courant dans la société d'aujourd'hui; le chômage. Notre héros principal, ou plutôt anti-héros, n'arrive pas à se trouver un job, et il sombre peu à peu dans la dépression. Il ne se satisfera que de petits délits, commis contre des personnes ayant mieux réussi sa vie que lui. Cela deviendra même son quotidien, afin de satisfaire son mince égo. C'est un petit peu le loser par excellence, un mec qui pourrait bien exister dans la vraie vie. Et surtout, il tombe dans le cycle des jeux d'argents. Et c'est là qu'on introduit le thème principal de la série, qui tourne en effet beaucoup autour du pari, et ce vous allez voir, tout en abordant d'autres thèmes qui ont leur place et leur intérêt. Car oui, ce serait réducteur de juste dire que c'est un anime sur le "gambling" tout bêtement. Il installe son univers autour du pari, mais il aborde également une multitude d'autres thèmes, tel que le dépassement de soi, l'amitié et la trahison, d'autres thèmes se rapportant à l'argent...

Donc notre anti héros à mulet va vivre dans cet état d'esprit, avec ce même quotidien pendant quelques années, jusqu'à ce qu'un certain collecteur de dettes nommé Endou vienne lui réclamer une somme d'argent qu'il ne peut pas rembourser. Après quelques scènes, et un discours certes véridique mais que l'on aurait préféré ne pas entendre de la part d'Endou (Des discours qui tapent où ça fait mal, vous allez en avoir. Je me suis rarement sentie aussi.. concernée dans un anime. C'en est presque dérangeant.), le collecteur va faire une proposition à Kaiji: travailler d'arrache-pied pendant 10 ans, ou alors embarquer pendant une nuit sur le bateau "Espoir" (oui c'est son vrai nom) où se déroulera une grande soirée de jeux d'argents, espérant pouvoir s'acquitter de sa dette en une seule nuit. C'est une offre bien séduisante pour le personnage principal, tout rembourser en une fois plutôt que d'y consacrer toute une partie de sa vie. Car après tout, c'est ainsi qu'il a mené son existence jusqu'ici; jouer, et espérer gagner, et le cycle recommence. Vivre, sans ambitions ni buts précis, tout en espérant sans essayer. Donc, c'est ainsi qu'il accepta l'offre d'Endou. C'est là que se termine le premier épisode, si mes souvenirs sont bons. Et ce n'est que lors du prochain épisode, que Kaiji va se rendre compte que cette nuit ne se passera absolument pas comme il l'envisageait.

Le début, quoique prévisible (on se doute évidemment que Kaiji va accepter sinon > pas de suite) permet d'introduire l'anime, donc à ce stade ça ne me dérangeait pas vraiment. J'étais plutôt dedans.

L'OST est pour ma part, très bonne. Elle a été faite par le même compositeur de Death Note, et instaure bien l'ambiance tendue/malsaine par moment voulue par l'auteur. J'aime également beaucoup l'op et l'ending.

Passé le cap du premier épisode, la série entre directement dans le vif du sujet, donc les jeux. Je ne vais aborder que cette partie-là, c'est celle qui capture le mieux Kaiji et l'esprit de la série pour moi.

A l'exception d'une seule partie de la série, tous les jeux seront très simple dans leur principe et dans leurs règles. (Par exemple, le jeu joué lors de la nuit sur l'Espoir est le "Pierre Feuille Ciseaux à contrainte". C'est juste Pierre Feuille Ciseaux, joué avec des cartes et accompagné de quelques autres règles). Ceci dit, l'auteur réussit à aller assez loin avec des jeux paraissant très simple. Car ce n'est pas le jeu en lui-même qui va être mis en valeur, mais plutôt l'aspect psychologique qui va en ressortir ainsi que le personnage de Kaiji. Oui, c'est un anime à suspense, sur la réflexion. Et c'est tripant jusqu'au bout. Vraiment. Enfin, si on rentre bien dans le délire. (Car le plus gros problème de cette série, doit être celui de bien trouver son public.) On remarquera également que l'auteur aime faire quelques références culturelles, comme par exemple la statue de "La Victoire de Samothrace" sur l'Espoir.

Suite à l'introduction des règles du jeu, c'est là que va enfin ressortir l'intérêt principal de cette série, dont je vous parlais. C'est là que cela va prendre des ampleurs inimaginables. C'est là que Kaiji va devoir user de sa tête, faire attention à tous ces passagers sur le bateau qui sont là avec bien l'intention de gagner. Il y a toute sorte de personnes à bord; autant de connards avides d'argent, que de pauvres types aussi désespérés et naïfs que Kaiji... La nature humaine dépeinte sous son pire angle, dans un monde perverti par l'argent et la mafia. Mais attention, ils peuvent changer d'une minute à l'autre. On ne peut croire en personne d'autre à part en soi-même, c'est ce que Kaiji nous démontre bien. Aveuglé par sa foi en l'humanité et par sa naïveté, il va se faire avoir à plusieurs reprises. Mais toujours, il va se relever et apprendre de ses erreurs. Car c'est dans ses derniers retranchements que Kaiji montre tout son potentiel (C'est un peu dans ces moments-là où je me demande si malgré le fait qu'il soit classé comme étant un seinen, il n'emprunterai pas un peu quelques codes du shonen..) C'est là où va se mélanger suspense, et réflexion. Manger ou être mangé. La moralité contre l'argent. Le rapport entre la nature humaine et l'argent est dépeint avec cynisme, de manière grossière mais en même temps avec un certain réalisme. Les rapports entre humains dans notre société, lorsqu'il est uniquement question d'argent sont vraiment représentés crûment. Ecrire ça me rappelle un commentaire que j'avais vu une fois, comme quoi l'Espoir était une représentation de la société. En y réfléchissant bien, je trouve que c'est plausible. Et en fait c'est valable pour la plupart des épreuves. Mais parmi toutes ces personnes montrant leur vraie visage, Kaiji va être l'une des seules à avoir conservé son humanité. Bien qu'il n'échappe lui non plus, à l'influence de l'argent, il ne perd pas de vue ce qui fait de nous des humains; être doté d'empathie et d'émotion. Ce personnage est un paradoxe en lui même, on part d'un anti héros possédant tout les défauts du monde, à quelqu'un qui contrairement aux autres, lorsque confronté au danger se montre sous son plus beau visage, et fait preuve d'un extraordinaire instinct de survie. Nous partons d'un personnage des plus banaux, qui au fur et à mesure que le danger s’intensifie, se transforme peu à peu en idéal malgré tout ses défauts. Il devient ainsi une sorte d'héros malgré lui. Dans l'enfer des paris, où bien des hommes sont tombés, il sourit aux plus infortunés. Mais c'est bien en essayant de sauver les autres, qu'il va oublier son propre cas. Et cette boucle va se répéter inlassablement, où le personnage, devenu un vrai paria incapable de mener une vie normale, va triompher, mais à la fois échouer constamment. Mais malgré tout ça, Kaiji nous dira juste de continuer à mener ce combat, car ce n'est pas en vain. Il y a toujours une lumière au bout du tunnel n'est-ce pas? Car nous ne sommes pas nés pour vivre de telles choses, mais pour triompher et en être fier. C'est la morale de Kaiji pour moi, et c'est ce qu'il nous démontre bien à la fin de la S2. (Enfin, si on a pas lu la troisième partie en manga, car pour le coup ça tombe un peu à l'eau. Oké oké j'arrête le spoil)

C'est là que l'on se rend compte qu'en fait, le charadesign aussi spécial de Kaiji a toute son importance dans la série. En plus d'accentuer les émotions des personnages, et le fait qu'il permet à l'œuvre de se démarquer complètement, il reflète cet aspect noir, presque absurde et caricatural de la série. Ici, personne n'est beau. Personne n'est parfait. Il n'y a ni noir, ni blanc. Donc, pour en revenir au dessin, bien qu'il semble être aux premiers abords un point négatif de par sa singularité, c'est en réalité un point important qu'il serait malavisé d'ignorer. C'est en réalité un charadesign qui reflète parfaitement la série, c'est impossible de s'imaginer Kaiji avec des dessins standards pour ma part. L'univers de la mafia et de la nature humaine est dépeint sous son aspect le plus hideux, le dessin se doit donc de suivre cette règle.

Pour en revenir sur la bande son, j'aimerais revenir sur un point que je n'ai pas abordé. Car ce n'est qu'à partir du deuxième épisode, que va être introduite une onomatopée qui va revenir de manière récurrente dans tout l'anime. Je parle bien sûr du "zawa zawa" pour les connaisseurs. "ざわ…ざわ…" sous son écriture en romaji. Et c'est là que je vais vraiment insister sur le fait qu'il y a eu du travail au niveau de la bande son. Ce fameux "zawa zawa" est utilisé principalement lors des situations "tendues". D'abord introduit sans de réelles explications, on ne comprendra que plus tard qu'il avertit lorsque quelque chose s'est mal déroulé, ou alors quand quelque chose va mal se dérouler. Il est très utilisé dans la plupart des œuvres de l'auteur, et il devenu au final assez emblématique. Il permet de rajouter du rythme dans le déroulement de l'histoire, et de venir renforcer le côté alarmant, oppressant de la série.

Bien, il y a beaucoup de choses à dire sur Kaiji, mais je pense avoir dit le principal. Je vais maintenant m'attarder sur les points qui fâchent. Eh non, même si de mon point de vue c'en est proche, Kaiji n'est pas parfait. Déjà le rythme de la série traîne par moment, et ça peut dissuader certaines personnes impatientes qui découvrent l'œuvre de continuer. Ce n'est pas que la série n'a pas de rythme, c'est juste que c'est.. lent ouais. Mais n'oublions pas que c'est un anime à réflexion, donc l'action n'étant pas au centre de la série, c'est en partie normal que le déroulement ne soit pas bien rapide. Mais en plus du rythme lent, la série est également accompagnée d'innombrables métaphores. Des fois ça a son intérêt, des fois non. Moi personnellement, elles ne m'ont pas dérangées plus que ça, elles font partie du charme de la série je suppose. Mais je vois que cela dérange certaines personnes.

Et je vois également que le fait que les personnages pleurent beaucoup dérange quelques personnes. Ca leur parait "surjoué", et j'avoue que cela m'a un peu prise au dépourvu au début aussi. D'habitude dans un manga les personnages, surtout le héros, ne pleurent pas aussi souvent. Mais ce que j'aime, c'est qu'il y a dans Kaiji, ce côté très faible mais humain de pleurer. Il pleure parce qu'il est désespéré, parce qu'il a peur, parce qu'il est en colère, et il pleure aussi pour son honneur. Il y a encore une fois, ce côté très "grotesque" à ça (Lorsqu'un personnage pleure, son désespoir se lit clairement sur son visage, qui est déformé le plus possible).

Ensuite, j'avais dit quelques lignes plus haut que "Kaiji apprend de ses erreurs". Héhé. En fait c'est pas tout à fait ça.

Enfin, après son escapade à bord de l'Espoir, il a bien compris que c'était une mauvaise idée de retourner mettre son nez dans les jeux d'argents, mais ensuite, malgré tout ce qu'il a vécu c'est comme si il n'avait rien retenu. Il mûrit certes, mais ça ne le dissuade pas pour autant. En fait si, mais pas dans le bon sens. Au contraire, au début de la saison 2 il est dit qu'il est devenu un "vrai" junkie. Donc la crédibilité en pâtit un peu. Mais d'un autre point de vue, le côté "répétitif" et le fait qu'il n'apprenne rien vient renforcer le fait que le cycle du jeu d'argent est sans fin, et que lorsque tu y es vraiment accro, c'est compliqué de raisonner autrement.

Ensuite.. Vient le problème de la boite à mouchoirs.

Kaiji vient de tout endurer, il a gagné de justesse, il a enfin de l'argent, il est passé par tout les états possibles et OH MON DIEU TU SAVAIS QUE LES BOITES A MOUCHOIRS ÉTAIENT FAITES COMME CA? Non sérieusement. Je pense que cela a été pour nous tous un intense moment de "WTF?" Quoique représentatif de l'état d'esprit qu'il avait (ben oui, on a pas toute sa raison quand on vient de se trancher l'oreille hein..), cette idée est limite stupide. Mais à la limite, c'était tellement ridicule et inattendu que c'est étrangement plutôt bien passé. Au moins la morale derrière sa défaite est bonne. Parce que s'il avait gagné.. bon sans commentaires quoi. Ce qui est bien, c'est que lorsque qu'il a une idée "de merde", il ne gagne pas. Enfin presque. toussote Saison 2, tourbillière.. toussote.

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Enfin.. Malgré tous ces petits défauts, je trouve que ce n'est pas grand chose par rapport à la claque que te met cet anime dès le premier visionnage. C'est vraiment unique dans son genre, tellement unique que je peux comprendre pourquoi certaines personnes n'aiment pas du tout, ou au contraire pourquoi d'autres adorent.

Pour ma part, que l'on accroche ou pas, je pense que c'est un must-watch au même titre que Death Note, ou encore Monster, Cowboy Bepop, Puella Magi Madoka Magica.. Juste parce qu'il faut essayer au moins une fois, et qu'il serait dommage de s'arrêter juste au dessin ainsi qu'au synopsis, qui ne semble pas spécialement intéressant dès la première lecture.

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