Seisou Hen : Le problème de la continuité

Avis sur Kenshin le vagabond : Le Chapitre de l'expiation

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Pre-scriptum

Bonjour à tous ! Je suis de retour après une longue pause, principalement due à une absence d'inspiration, pour tout vous dire. Je reviens en force avec une petite critique des deux OAV de Rurouni Kenshin, l'arc « Seisou Hen ». Après une critique dithyrambique de Tsuioku Hen (que je vous invite à voir ici), je me suis dit que remettre le couvert pour ces deux OAV ne me ferait pas de mal. Avant toute chose, sachez que je n'ai pas pu me résoudre à regarder l'animé, ni même à lire le manga de la série principale : le ton y est beaucoup trop « adolescent », décalé et trop éloigné de l'ambiance somptueuse de Tsuioku Hen. Je me suis donc décidé à regarder Seisou Hen en ayant pu constater que l'équipe créative des excellents OAV précédents n'avait pas changé, avec toujours le génial Taku Iwasaki à la composition. C'est donc avec une note d'espoir que mon visionnage s'est lancé et est-ce que ça en valait la peine ? Vous le saurez... En lisant la suite de ma critique, haha. Bonne lecture !

DISCLAIMER : Ça va spoualer, soyez prévenus.

Introduction

Comment écrire la suite d'une histoire ? Comment ne pas trahir l'imaginaire à la fois de l'univers en lui-même et des spectateurs ? C'est à ces questions que tente de répondre à son échelle, Seisou Hen. Se déroulant des années après la fin de l'animé, ces deux OAV entendent achever l'histoire de Kenshin une bonne fois pour toutes pour lui donner (on l'espère en tout cas) la conclusion qu'il mérite. Avec le retour de Kazuhiro Furuhashi (le génial réalisateur des OAV Tsuioku Hen) à la réalisation, épaulé par le Studio Deen, ces deux OAV semblent déjà prometteurs en ayant ces informations en tête. Mais, un gros hic vient s'imposer de tout son poids : Nobuhiro Watsuki, l'auteur du manga d'origine, n'a en rien participé à la conception de ces épisodes uniques et a même désapprouvé les choix scénaristiques de l'équipe créative, notamment l'idée de faire mourir Kenshin de la lèpre, comme un misérable damné qui ne pourrait connaître la rédemption qu'à travers la mort (ce qui va à l'encontre de l'essence du personnage mais on va y venir plus tard). Il faut donc en conclure que Seisou Hen n'est pas « canon » ; la fin de l'histoire de Kenshin qui nous est ici dépeinte n'est alors qu'une fin artificielle, qui ne complète pas vraiment l'univers dans sa totalité mais entend plutôt raconter son histoire, non sans mal, comme nous allons le voir. Ayez donc à l'esprit que l'on va parler d'un problème assez courant que rencontrent beaucoup de longues séries : le problème de la continuité. Nous allons l'aborder en deux parties : scénaristique et thématique.

Un joli bazar scénaristique

L'histoire de Seisou Hen commence durant une tempête en haute mer, alors que Kenshin est censé rentrer au Japon après avoir rendu ses services aux forces militaires japonaises. Kenshin est alors affaibli, malade et fatigué. Son épouse, Kaoru, l'attend encore, également affaiblie et malade. Leur fils, Kenji, est parti s'entraîner avec Hiko Seijuro, l'ancien sensei de Kenshin. Kaoru, au milieu de tous ces événements, se remémore tranquillement différents souvenirs de moments passés avec Kenshin. Si l'idée en elle-même semble belle et touchante, on va toucher au premier problème de Seisou Hen : son scénario est anarchique, car il dépend des souvenirs de Kaoru qui ne servent qu'à combler des vides pour nous faire comprendre la pesanteur du « temps qui s'est écoulé depuis ». Sauf qu'en presque une heure et demie, arriver à rattraper le trou béant laissé par l'ellipse de plusieurs années au début des OAV est une tâche impossible et ces deux seuls épisodes en souffrent. On sombre donc dans une nostalgie purement mélodramatique qui, si elle a ses moments émouvants et beaux, force beaucoup trop le message qui consiste à dire que « Kaoru donnerait sa vie pour Kenshin » (en ajoutant aussi que Kaoru verbalise beaucoup trop ses sentiments pour lui, comme pour nous convaincre à tout prix de l'authenticité de son amour). Alors, ne nous trompons pas : certains souvenirs comme notamment la confrontation entre Enishi Yukishiro (le petit frère de Tomoe Yukishiro, le premier amour de Kenshin, à l'origine de sa cicatrice en forme de croix) et Kenshin, trouvent leur pertinence et parviennent à compléter l'univers global de la série. Néanmoins, cela reste superficiel et n'arrange pas le bazar de ces souvenirs, peu nuancés, émotionnellement parlant et manquant franchement de subtilité.

En fait, Seisou Hen, c'est un peu comme ces épisodes récapitulatifs au début d'une nouvelle saison d'un animé : on s'y investit mentalement à moitié, parce que soit on se souvient de ce qui s'est passé, soit de toute manière, le tout est découpé en plusieurs moments très courts qui ne donnent pas le temps de contempler tranquillement les scènes auxquelles on a droit. C'est un peu comme cela que les quelques scènes inédites de ces OAV se perdent un peu entre les nombreux souvenirs évoqués et donc échouent à rester durablement dans nos mémoires comme a su le faire un merveilleux Tsuioku Hen.

Une trahison thématique et symbolique

Seisou Hen entend mettre fin à l'histoire de Kenshin et ce, en le tuant pour lui permettre enfin de trouver une forme de « paix éternelle » bien méritée... Mais est-ce vraiment le cas ? Est-ce que Kenshin a mérité de mourir comme un malpropre de la lèpre en ayant quelques défauts de mémoire à la fin de ses jours ? Faut-il vraiment « laisser le passé derrière soi » et en abandonner toute trace comme le suggère son épouse ? Car, si la symbolique derrière la disparition de sa cicatrice à la fin des OAV semble belle, cette dernière tue purement et simplement l'essence du personnage, au profit d'une fin forcée, mielleuse et qui ne respecte pas vraiment les bases même de Kenshin. Pour le dire en quelques mots : Kenshin n'est rien d'autre que son passé et sa cicatrice en est le symbole le plus clair et distinct. Supprimer cela, c'est, ironiquement, tuer le personnage et par-là même, ce qui fait tout son intérêt.

La fin de Tsuioku Hen le souligne très bien : gardant la terrible tragédie de la mort de Tomoe dans ses bras en mémoire, Kenshin projette d'abandonner sa sinistre carrière d'assassin pour le compte du clan Choshu et s'efforce de survivre, voire de vivre car c'est ce que Tomoe, dans son dernier souffle, a voulu pour lui.

En tentant de reproduire cette fameuse quête de rédemption qui hante Kenshin jour et nuit, de manière à, à nouveau, l'éloigner de son chemin sanglant, Seisou Hen tente, sans succès, de recréer une émotion semblable à celle que l'on a connue avec Tsuioku Hen : celle d'un guerrier qui, arrivé au bout de sa route remplie de sang, a finalement compris que son sabre n'était qu'un moteur de toutes les tragédies imaginables et qu'il doit désormais faire de son mieux pour retrouver la paix intérieure qu'il a, pendant une courte période, vécue aux côtés de Tomoe.

Tuer Kenshin, c'est lui interdire un droit à la rédemption de son vivant ; c'est une punition cruelle qui anéantit tous les efforts qu'il a pu faire pour se racheter et c'est, pour le plus grave, cracher sur la dernière volonté de son premier amour : Tomoe voulait que Kenshin vive, qu'il œuvre pour un meilleur avenir pour les autres mais surtout pour lui-même.

Conclusion

Seisou Hen est définitivement décevant, au bout du compte. Si l'histoire semble jolie, pleine de bons sentiments et de symboles tentant d'être aussi mémorables que l'œuvre précédente du réalisateur, à savoir Tsuioku Hen, elle souffre énormément de la comparaison avec ce dernier. Tsuioku Hen était excellent parce qu'en minimisant les surexpositions et les dialogues bavards au service d'une mise en scène et d'une écriture époustouflantes, il laissait la place au spectateur pour contempler toute cette beauté poétique qui a fait son succès. En résumé : Seisou Hen s'efforce de prouver au spectateur qu'il possède une forme de beauté, tandis que Tsuioku Hen, dans sa merveilleuse authenticité, est simplement beau et ne demande à personne de le reconnaître à tout prix (quand bien même je serai toujours le premier à le faire, haha). Inutile de vous dire quels OAV je reverrai en priorité, à l'avenir. Je salue tout de même l'effort de Seisou Hen mais mon insatisfaction demeure malgré tout. Dommage...

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