좀비 게임

Avis sur Kingdom

Avatar Eric Pokespagne
Critique publiée par le

Oui, on peut être passionné par le cinéma coréen depuis presque 30 ans et n’avoir encore jamais regardé une série TV du pays du matin calme. Heureusement, Netflix est là pour nous aider à corriger cette lacune, et nous voilà devant ce "Kingdom", à essayer de séparer le bon grain de l’ivraie. Ou plus exactement à reconnaître ce qui est ici intrinsèquement du « cinéma coréen » par rapport à ce qui ressemble quand même à du recyclage – ou, admettons le, peut-être même du détournement de grandes séries « globales », histoire de s’assurer un certain retour sur investissement. Car "Kingdom" est clairement un projet cher, une oeuvre située dans un contexte historique nécessitant costumes magnifiques et constructions grandioses, un vrai « grand spectacle » – a priori sans effets digitaux, au moins visibles, ce qui est rafraîchissant en soi -, qui nécessite donc une large adhésion populaire. C’est d’ailleurs sans doute là, dans un certain nombre de facilités dans le genre « humour asiatique bien lourd » que "Kingdom" aura peut-être fait le plein de téléspectateurs dans la région, mais rebutera bien des Occidentaux peu friands d’interprétation grimaçante et de personnages au burlesque primaire…

Il serait néanmoins dommage de ne pas supporter ces scories pour pouvoir jouir des nombreuses qualités d’une série qui revêt naturellement les caractéristiques du meilleur cinéma local en mélangeant effrontément terreur, gore, action et politique. Comme un arrangement improbable entre un "Game of Thrones" plus « réaliste », oui, oui… et un "Walking Dead" beaucoup plus sauvage, si l’on veut…

On a donc droit à une lutte acharnée et retorse pour le pouvoir, avec comme grands méchants un père ambitieux et surtout sa fille redoutable de duplicité derrière sa séduisante allure innocente, et du côté des « bons », un grand dadais à la noblesse et à la naïveté régulièrement ridicules. L’intelligence du scénario de "Kingdom"est de rendre ce conflit à la fois consistant et politiquement « actuel » en insistant sur l’incurie et le mépris de l’appareil politique et administratif du pays, et sur la situation horrifique du peuple coréen, terrorisé par le pouvoir de vie et de mort que ses dirigeants ont et exercent sur lui, et abandonné à la misère et à la famine.

Dans ce contexte violemment révoltant, l’éruption sauvage d’une épidémie transformant les gens en zombies assoiffés de sang prend du coup un sens beaucoup plus intéressant : la maladie est le résultat direct d’une manipulation de la famille royale, mais la « zombification » du monde renvoie aussi à une sorte de révolution radicale balayant l’édifice oppressant des classes sociales. Que l’on ait fait le choix ici de morts-vivants véloces, comme dans "Dernier Train pour Busan", nous garantit en plus nombre de scènes de poursuite et de bataille rangée parfaitement spectaculaires, ce qui ne gâche rien !

L’oscillation entre scènes (voire épisodes entiers) dédiés aux machinations politiques et grands moments fantastiques ou d’action permet en outre à "Kingdom" de ne jamais nous lasser, et de se démarquer notablement de ses « modèles », prouvant encore une fois que le fameux « mélange de genres » coréen fonctionne aussi bien, même dans un contexte plus commercial.

Formellement splendide, "Kingdom" clôt sa première saison avec un dernier épisode particulièrement malin, mélangeant tension et surprise scénaristique aux lourdes conséquences. On attend la suite avec impatience !

[Critique écrite en 2019]
Retrouvez cette critique et bien d'autres sur Benzine Mag : https://www.benzinemag.net/2019/12/19/netflix-kingdom-la-coree-produit-aussi-de-grandes-series/

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 314 fois
7 apprécient · 1 n'apprécie pas

Eric Pokespagne a ajouté cette série à 1 liste Kingdom

Autres actions de Eric Pokespagne Kingdom