Gay no Basket

Avis sur Kuroko no basket

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Kuroko no basket est le produit d'une union entre Slam Dunk et le rainbow flag. Ce phénomène intéressant qui consiste à prendre de bons vieux animes de sport pleins de testostérone et les tremper dans un arc-en-ciel et des paillettes est de plus en plus répandu (je vois au moins Free!, Haikyuu et YowaPeda, que je recommande chaudement), pour notre plus grand plaisir.

Les héros sont tous de beaux bisho musclés juste comme il faut, aux coupes de cheveux à faire rougir un émo. Il y en a pour tous les goûts, du tsundere (Midorima) au deredere (Kise) en passant par le yandere (Akashi), du grand nounours puéril (Murasakibara) au petit uke blasé (Kuroko) en passant par le mec sensuel et sauvage (Aomine)... Le tout couvert de sueur, haletant, en short (moins court et moulant que ceux du volley, quel dommage) et en T-shirt sans manches. La "génération des miracles" porte bien son nom, qui soit dit en passant évoque surtout un nom de boysband.

Mais laissons là ces remarques superficielles et attaquons le sujet principal de tout bon anime de sport : la philia. C'est le mot grec pour "amitié", dont le sens est un peu plus large que le nôtre, et qui du coup s'adapte parfaitement à l'atmosphère homoérotique du genre. On n'est pas dans le cadre d'une relation amoureuse. De manière assez intéressante cette question est évacué de l'anime : aucun des personnages principaux n'a de copine (pour laisser rêver les fangirls ?). En tout cas, c'est l'amitié portée à son climax, à la limite de la tension sexuelle parfois, dans les circonstances particulières du sport d'équipe qui exacerbe les sentiments. Donnons quelques exemples.
Premier épisode. Kuroko, une daube au basket dont l'arme secrète est son charisme qui tend vers moins l'infini et lui permet d'être quasi invisible, rencontre Kagami, fier mâle d'un mètre quatre-vingt dix fraîchement revenu des States où il a acquis un très bon niveau au basket. Ils se retrouvent la nuit sur un terrain de streetbasket, ambiance cosy du type "can you feel the love tonight ?" et Kuroko lui sort un truc assez énorme, sans rougir : "Tu seras la lumière et je serai ton ombre. Je ferai de toi le meilleur joueur du Japon". Rien que ça. Et à partir de ce moment là, ils vont devenir le couple badass de l'anime, parfaitement complémentaires, et triomphent ensemble de l'adversité en échangeant des regards langoureux. On a le même pattern dans Haikyuu. Comment ne pas penser au discours d'Eryximaque dans le Banquet de Platon ? Il parle de l'amour comme l'union des contraires, Kuroko et Kagami en sont un bel exemple.
D'un autre côté on peut penser au discours d'Aristophane sur le mythe des androgynes. D'après lui, à l'origine les hommes étaient de forme ronde, avec un dos et des flancs arrondis, quatre bras, quatre jambes, et deux visages opposés sur une seule tête (comme Quirrel et Voldemort, c'est beau). Donc en fait constitués de deux humains collés l'un à l'autre. Il y avait les mâles (deux hommes), les femelles (deux femmes) et les androgynes (homme/femme). Zeus a pété un câble parce qu'il les trouvait un peu insolents, alors il les a coupés en deux, et chaque moitié recherche désespérément son autre moitié. Pourquoi je raconte tout ça ? Parce qu'un des personnages, Aomine, est au début complètement dépressif parce qu'il ne trouve pas d'adversaire à sa hauteur. Et, ô joie, Kagami entre dans sa vie, lui met une race très sensuelle et suggestive au cours d'un match (leurs affrontements sur le terrain sont ridiculement sexy) et Aomine est tout bouleversé parce qu'il a enfin trouvé quelqu'un de plus fort que lui. Il reprend goût à la vie, il se remet à jouer sérieusement, bref tout va bien, il a retrouvé sa putain de moitié perdue. En effet, au début de l'anime Aomine sort sa punchline préférée "Le seul qui peut me battre, c'est moi". Kagami est son alter ego, les personnages s'empressent de souligner leur ressemblance à plusieurs reprises. Ils sont tous les deux maniaques du basket, ils s'échangent leur chaussures (comme des bestas), ils sont tous les deux pas très malins, ils ont le même appétit d'ogre... Bref, ils apparaissent comme les deux faces d'une même pièce, des âmes-sœurs.
Dernier exemple (mais Dieu sait que je pourrais continuer longtemps), Midorima, le megane, se traîne toujours un esclave dont il est absolument inséparable, Takao. Ce type s'amuse à le balader un peu partout dans une charrette qu'il tire à vélo, en se plaignant mollement à coups de "Shin-chaaaan ". On voit bien qu'il aime ça. C'est à peu près le seul mec capable de supporter Midorima, tsunderitude oblige, et ils ont été élus le couple de l'année dans un récent sondage, très officiel.

Ce qui me mène à me demander quelle est l'intention de l'auteur dans tout ça. Kuroko no basket était d'abord adressé à un public masculin. Il est en effet publié dans le magazine "Weekly Shonen Jump", clairement un truc de mecs puisque "shonen" veut dire "garçon" en opposition à "shojo" qui veut dire "fille". Dans Shonen Jump on avait aussi Naruto, par exemple. Je ne veux pas dire que les filles n'ont pas le droit de s'y intéresser, je veux juste montrer qu'on n'est pas dans le cas d'un anime comme Free! qui, lui, est directement adressé aux filles. Ce qui explique, pour Free!, les relations ambiguës entre les personnages. Ici c'est différent. Je connais quelques garçons qui regardent Kuroko no basket et qui aiment beaucoup, mais qui n'y voient PAS DU TOUT d'innuendos homoérotiques. Non, les protagonistes ne sont pas particulièrement bisho pour eux, non ils ne fantasment pas sur les plans centrés autour des muscles des joueurs, non, ils ne se battent pas pour savoir si Kuroko va mieux avec Kise, Kagami ou Aomine. Les présences de Momoi, la manager aux gros seins, et d'Alex, l'ex-entraîneuse aux gros seins qui aime se balader à moitié à oilp, semblent indiquer du gros fan service pour bonhomme. Je ne parle même pas de la scène dans l'onsen où deux filles se connectent les boobs en rougissant.

Mais dans ce cas, alors, ma manière de regarder cet anime est-elle suggérée par l'auteur où complètement dévoyée ? L'accent mis sur l'amitié virile est moins fort que dans Free!, c'est certain, mais il reste quand même remarquable. De plus, ce type d'interprétation est encouragé par le merchandising : la fan en chaleur peut se procurer le CD sur lequel figure un duo Aomine/Kagami en train de chanter d'une voix chaude (Aomine gémit, je ne rigole pas) une chanson écrite exprès pour eux et intitulée "exciting communication". COMMUNICATION EXCITANTE PUTAIN (pas besoin de préciser que cette chanson a trouvé sa place dans mon mp3). Le fait même de publier un sondage "quel est le meilleur binôme de l'anime ?" n'est pas innocent. Où le fait de préciser dans une chara bible, "Kuroko fes(se)", pour chaque garçon, le joueur qu'il a le plus en vue. Juste en dessous de son type de fille. MAIS WAT ?

Kuroko no basket est donc un anime (et un manga, je ne l'ai pas encore précisé, dont le dessin est d'une qualité bluffante d'ailleurs. Je me souviens avoir eu des palpitations face à une pleine page sur Akashi) qui brouille les frontières entre les genres et épouse plusieurs horizons d'attente. Le basketteux moyen adepte de gros boobs y trouvera son compte en s'identifiant à son joueur préféré, aussi bien que la fille qui n'y connait rien au basket, pas sportive pour deux sous, et qui cherche juste un festival de muscles, de cheveux multicolores, et d'homos. Je pense que c'est sa force. La diversité de ses personnages, certes un peu clichés, mais attachants quand même, permet de toucher vraiment tous les spectateurs. Unetelle (moi, je l'avoue) va couiner en voyant Aomine entrer sur le terrain de sa démarche féline, un sourire coquin accroché aux lèvres, une autre va craquer pour le petit Kuroko, son honnêteté et son histoire de chaton abandonné, encore une autre pourra jeter son dévolu sur le top model Kise et son visage angélique, superficiel par profondeur, comme dirait Nietzsche, etc. Le basketteux va plus tomber amoureux d'un style de basket, d'une équipe offensive ou d'une équipe défensive, ou tout simplement de la manager kawaii aux gros seins.

On a donc un anime soigné, parfaitement adapté aux attentes qu'on peut avoir à son sujet, et agréable à regarder. Comment expliquer que l'on soit passé de Slam Dunk à Kuroko no basket ? Je pense que les auteurs ont pris en compte la féminisation du public des animes. Dans les années 80-90, les animes étaient très très genrés. On avait Sailor Moon d'un côté et Olive et Tom de l'autre. Kuroko no basket mélange les deux, et c'est vraiment cool. J'ai enfin trouvé un genre moins niais que le shojo, moins hard que le yaoi et pourtant plus attirant que le shonen de base de type One Piece ou Bleach.

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