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" Au départ c'est toujours mieux ..."

Avis sur L'École du Pouvoir

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Alex Beaupain aurait pu s'en inspirer pour écrire sa chanson "au départ". Car dans ce téléfilm, une chose est sûr, pour nos 6 énarques "au départ c'est toujours mieux". Autant du point de vu de l'idéologie, de l'école que de la politique et de l'amour.

Ils sont tous de la promotion "Voltaire", celle de Hollande, Royal et j'en passe. Ils ont signé un pacte, pour se rebeller contre le système, ils vont tous refuser les grands corps de l'État s'ils les obtiennent. Or, seuls iront au bout: Laure (la bourgeoise qui veut fuir sa famille, incroyable Céline Sallette) violée aussi bien réellement que par le système de l'ENA qui la remet face à sa condition de simple femme et Abel (ancien avocat accroché à son idéal, exceptionnel Robinson Stévenin), détruit aussi bien par l'amour que par son idéal qui s'effondre. Ces deux là se cherchent, se fuient, leur histoire évitant toutes les attentes.

Le constat est donc plutôt nuancé et assez pessimiste à l'arrivée. De l'école à l'exercice du pouvoir, les désillusions sont fortes et la trahison des convictions toujours proche.

Si les acteurs sont tous excellents, que l'auteur ne juge jamais leur couleur politique, que leur développement fait preuve d'une écriture soignée, c'est dans l'écriture en parallèle (entrecoupée avec talent par des images d'archives), de la gauche au pouvoir en 1981, que Raoul Peck devient brillant. Et, là aussi, "au départ c'est toujours mieux". La gauche d'abord victorieuse et pleine d'audace, répondant aux rêves de la plupart des 6 énarques (sauf Louis, de droite convaincu), va déchanter rapidement, ce sera la cohabitation. Mitterrand arrive. Laure veut taxer les plus riches à 8%. Abel changer l'éducation. Caroline devenir député.

Au fil de l'exercice, tout s'effondre autant la gauche, trop ambitieuse finalement et devant sacrifier ses électeurs d'hier pour tenir ses promesses déjà détruites, que l'ambition des énarques. La chronique de la gauche par Peck est tout aussi éclatante qu'intransigeante. Mais elle est surtout réaliste. Et, 30 ans après, c'est presque comme si rien n'avait changé.

Même Matt, qui croyait échapper à sa condition, est rattrapé par une réalité qu'il avait si longtemps voulu fuir. Mais déjà Laure et Abel tentent, alors que la politique n'est plus un amour possible, d'avancer à deux. Leurs scènes à deux sont magnifiques parce que pleines d'intensité. Seul un regard suffit, c'est du grand art.

L'école du pouvoir pourrait s'appeler l'école de la vie, l'expérience que tout le monde fait, celle du quotidien qui est bien têtu comme l'affirme Laure. Celui où l'on démissionne pour essayer de reprendre ailleurs. Ces 6 là sont un reflet de la vie, de nos vies où audace et réalité se côtoient jours après jours. De gauche, de droite, nous voulons tous vivre au plus près de nos rêves. Mais nous vivons le plus souvent comme on peut en bricolant plus ou moins quelque chose de viable. En se disant toujours qu'on va tirer son épingle du jeu.

Le téléfilm est magnifique et s'en sort très bien, malgré quelques scènes trop explicatives, on est captivé. Entre éclat du jeu d'acteur, du scénario et surtout pertinence de la réalité, on est face à quelque chose de très bien fait et très bien dit !

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