Le digne successeur d'Un, Dos, Tres (lolilol)

Avis sur La Casa de Papel

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Pour ceux qui n'auraient pas compris, ce titre n'est pas sérieux. Il reflète simplement mon manque de culture en termes de séries espagnoles. Pour moi, la télévision hispanique se limitait à ce genre de fictions. Heureusement que Netflix est passé par là et que le bouche à oreille a fait son effet pour que je découvre enfin un programme de qualité diffusé en Espagne. Et quel programme !

Attention, ça va spoiler sévère, je préfère prévenir.

La Casa de Papel est un enchantement, un véritable coup de coeur pour ma part, qui me marquera durablement je pense. Au premier abord, son histoire est toute simple : Un homme qui se fait appeler Le Professeur décide d'organiser le plus grand casse de l'histoire. Il s'agit d'infiltrer la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre afin d'imprimer 2,4 milliards d'euros, en moins de onze jours et sans verser une goutte de sang. Pour exécuter son plan, il recrute les meilleurs malfaiteurs du pays (6 hommes et 2 femmes) qui n'ont rien à perdre. Ceux-ci seront affublés de surnoms de villes car personne ne doit découvrir leur identité, pas même les braqueurs eux-mêmes afin d'être protégés d'une éventuelle trahison de l'un d'entre eux : Tokyo, Nairobi, Río, Moscou, Berlin, Denver, Helsinki et Oslo. Ils vont prendre en otage 67 personnes présentes dans la fabrique au moment-là, dont la fille de l'ambassadeur du Royaume-Uni.

Une série originale qui casse les codes de la fiction de braquage classique

Une énième série de braquage vous allez me dire ? Moi qui croyais qu'on avait fait le tour du sujet, notamment au cinéma, j'ai été le premier étonné de l'originalité de cette série. Originale, la série l'est tout d'abord dans sa construction. Au moment où j'ai commencé à regarder, je ne connaissais que le synopsis et je ne savais pas si le braquage allait durer toute la série ou s'il interviendrait seulement lors des derniers épisodes, conjecturant le fait que la plus grosse partie de la série consisterait en la préparation du braquage. J'ai donc été très agréablement surpris en découvrant que le casse s'étalerait sur l'ensemble des 19 épisodes (13 épisodes du découpage Netflix + 6 au format original) de la série, rendant le tout bien plus dynamique et éparpillant l'action et les enjeux sur toute sa durée. On a donc là affaire au braquage le plus long de l'histoire de la télévision, et ce n'est pas rien. Cela a pour conséquence un scénario extrêmement complexe qui tient en haleine le spectateur tout du long, et le plan imaginé par Le Professeur est forcé d'anticiper toutes les éventualités, provoquant des rebondissements nombreux et imprévisibles. L'originalité tient aussi dans le fait que les malfaiteurs ne sont pas là pour voler de l'argent qui se trouverait dans un coffre-fort. S'ils doivent tenir le siège aussi longtemps, c'est bien parce qu'ils ne souhaitent voler personne et qu'ils doivent imprimer eux-mêmes plusieurs milliards d'euros. De plus, ils ne souhaitent verser aucune goutte de sang, ce qui peut tempérer la mauvaise image qu'on peut avoir de ces braqueurs, même si ce sont loin d'être des saints. Cela m'amène au deuxième point que je souhaite évoquer.

Une fiction non manichéenne dotée de personnages complexes et charismatiques

L'avantage d'une série aussi longue, c'est qu'elle peut se permettre de creuser les personnages qu'elle a créés. Ainsi, à l'exception des jumeaux Oslo et Helsinki, plutôt en retrait comparés au reste des braqueurs, les nombreux retours en arrière qui ponctuent la série, permettent de donner un véritable background aux personnages et donc un attachement des spectateurs pour ceux-ci. Ces flashbacks permettent d'ailleurs de casser le rythme effréné de la série intelligemment pour qu'on ait le temps de souffler un peu. Ils sont bien utiles, non seulement pour voir comment le Professeur a pu prévoir et répondre à toutes les éventualités et tous les risques auxquels seront confrontés les héros lors de leur braquage, mais aussi pour développer les relations entre ces braqueurs et faire comprendre leur véritable personnalité aux spectateurs. Ils nous dévoilent par exemple l'histoire d'amour qui est née lors de la préparation entre Tokyo et Rio, ce qui permet de comprendre la plupart de leurs agissements dans le présent, nous montrent également la belle relation père-fils qui unit Denver à Moscou, et on voit aussi la belle amitié entre Le Professeur et Berlin. Alors il est vrai qu'au-delà de ça nous avons très peu d'informations sur ce qu'était la vie de ces gens auparavant, et au départ je le regrettais un petit peu, mais finalement je pense que cela n'aurait pas été utile et que cela aurait même desservi et encombré le récit.

Les personnages en plus d'avoir une personnalité bien définie, sont ambigus et en cela la série est loin d'être manichéenne. Ainsi, Moscou, bien qu'il traine un passif très lourd, est particulièrement touchant et attachant et on se rend compte assez vite qu'il est doté d'une grande sensibilité. Du côté des otages, l'évolution de Monica est sans doute la plus parlante, puisqu'atteinte du syndrome de Stockholm, elle va carrément basculer du côté obscur. Quant à Arturo, un autre otage et accessoirement homme marié trompant sa femme avec Monica, il fait figure de lâche pendant une bonne partie de la série, mais finalement c'est lui qui va finir par mener la rébellion des otages.

Vous ajoutez à cela une bonne dose de charisme pour certains héros (Le Professeur et Berlin en particulier) et des acteurs tous excellents dans leur interprétation, et voilà que cette série remplit déjà une bonne partie du contrat rien qu'avec ses personnages.

Un truc tout bête aussi : j'ai adoré les costumes portés par les braqueurs lors de leur entrée dans la maison de la monnaie. Les masques et les salopettes rouges qu'ils portent sont vraiment sympas et ça participe à créer une esthétique très réussie.

Une trame passionnante et des moments de tension à la "Breaking Bad"

La série réalise l'exploit de ne comporter quasiment aucun temps mort et de nous surprendre toujours un peu plus au fur et à mesure que l'histoire évolue. On alterne souvent entre victoire de la police et victoire des braqueurs au fur et à mesure que le plan du Professeur se déroule, si bien que jusqu'au bout on doute de l'issue de la série. Les cliffhangers à la fin de chaque épisode m'ont presque fait m'arracher les cheveux parfois, et un des reproches qu'on pourrait faire à la série c'est que ça fait souvent pschitt. En effet, bien souvent, le moment de peur qu'on a eu à la fin d'un épisode est en fait très vite résolu au début de l'épisode suivant. Néanmoins, je me suis beaucoup fait avoir. C'est ainsi qu'à la fin du dernier épisode diffusé par Netflix, celui qui correspond au moment où l'inspectrice découvre la résidence dans laquelle les braqueurs se sont entraînés avec des traces d'ADN, je me suis dit : "Comment est-ce possible ? Comment le Professeur a-t-il pu faire une erreur aussi grossière, lui qui a tout planifié tellement bien ?". Je me suis rendu compte à l'épisode suivant que je me fourvoyais et que cela faisait partie du plan. Cela prouve que la série arrive toujours à jouer avec nos nerfs et nous étonner. A propos de nerfs, les miens ont failli lâcher lors de la scène où Le Professeur a empoisonné le café de la mère de l'inspectrice. Cette scène est un modèle de tension qui n'a rien à envier aux meilleurs moments de Breaking Bad, et est probablement l'un des sommets de la série.

Quelques défauts qui empêchent la série de tutoyer les sommets

Malgré l'extrême satisfaction que j'ai retirée de mon visionnage de La Casa de Papel, je ne peux pas m'empêcher de trouver que la série aurait pu faire encore mieux. En effet, pendant les trois premiers quarts de la série, j'étais persuadé que j'allais mettre 9, mais les derniers épisodes (à l'exception du dernier) m'ont plutôt déçu. Je n'ai pas trop apprécié certains tournants scénaristiques pris par la série à la fin. C'est le cas notamment des deux histoires d'amour qui font basculer des "gentils" du côté des "méchants". Je trouve le basculement de Monica un peu trop gros, quand bien même elle soit touchée par le syndrome de Stockholm. Je trouve ça assez irréaliste qu'elle projette de se marier avec Denver, au détriment de sa relation avec Arturo, au point qu'elle assomme carrément ce dernier et devienne finalement une neuvième braqueuse. Quant à l'évolution du personnage de Raquel à la fin de la série, je trouve ça aussi très exagéré qu'elle bascule et gêne la progression de l'enquête même si elle est amoureuse du Professeur. La dernière scène, bien qu'étant un beau clin d'oeil à un passage clé de la série, est assez grotesque de ce point de vue. Bien que l'épisode final soit d'une excellente qualité, chargé en émotions (tristes d'une part avec la mort de Berlin et heureuses lors de la scène où on comprend que c'est gagné pour les braqueurs restants), je trouve que cette fin n'est pas le point culminant de la série, que je situerais plutôt au 13ème épisode Netflix, avec cette magnifique reprise de la chanson Bella Ciao par Le Professeur et Berlin accompagnant un moment extrêmement tendu. D'ailleurs, on peut également regretter l'utilisation des musiques qui donne une bande son plutôt quelconque mis à part le passage pré-cité. Autre défaut, on a parfois l'impression que peu importe ce qu'ils font, les braqueurs s'en sortiront toujours (malgré certains choix discutables, comme Tokyo qui choisit de revenir dans la fabrique alors qu'on l'a libérée). Il y a un côté un peu Deus Ex Machina, qui fait que même dans les pires moments, ils seront sauvés. Ce propos est à tempérer du fait de la mort de trois d'entre eux, mais le premier est un personnage très secondaire et pour les deux autres cela n'arrive qu'à la toute fin en sachant que l'un des deux était de toute façon condamné. C'est donc une vraie happy end à laquelle on a droit, et du point de vue moral cela peut être discutable. Enfin, je l'ai dit tout à l'heure, le fait que certains cliffhangers accouchent parfois d'une souris est parfois dommageable.

Conclusion

J'ai pas mal chipoté à la fin mais je le répète, on a là affaire à une excellente série, qui nous gratifie de dialogues savoureux (je ne l'avais pas encore dit), d'un scénario hors pair au suspense insoutenable, de scènes d'action de grande qualité et de personnages extrêmement intéressants et travaillés malgré leur nombre important. La Casa de Papel réussit le pari de dépoussiérer le genre auquel elle appartient en faisant des choix forts. C'est une série extrêmement accrocheuse, impossible à arrêter une fois lancée, car les épisodes s'enchaînent extrêmement bien au point qu'on a l'impression d'assister à un film d'une vingtaine d'heures. Je peux affirmer, sans trop exagérer, que c'est l'une des meilleures fictions de braquage que j'ai vue, et je la recommande donc chaudement. La France devrait en prendre de la graine.

PS : Je recommande de voir la série en VO pour une immersion complète.

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