Ragots, froufrous et touche-pipi

Avis sur La Chronique des Bridgerton

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C'est sans être fan de Gossip Girl ou des romans de Jane Austen que je me suis lancé dans cette nouvelle série à l'eau de rose. Me demandez pas pourquoi, c'est sans doute la période des fêtes qui se prêtaient bien à cette ambiance aristocrate colorée et utopique, où seul l'Amour semble régir les Hommes entre eux... Cependant, le fait qu'elle soit créée par les showrunners de Grey's Anatomy, qui perdure encore, a stimulé ma curiosité, en plus d'être le gage d'une certaine maitrise.
À l'aube du XIXème siècle, les plus grandes familles de Londres brillent en société par leurs présences publiques, leurs bonnes conduites et la gestion de leurs mariages. Ce sont les femmes de chaque fratrie qui gèrent ces différents facteurs. Le mari, lui, est absent, mort ou clairement secondaire. Dans un décor pastel, parfaitement immaculé, où les calèches défilent et les bals abondent, une ainée de bonne famille, vierge et innocente, est prête pour faire sa grande entrée dans le monde lors de la saison des mariages. On s'éveille alors en même temps qu'elle aux valeurs familiales, aux codes de la société, aux plaisirs de la drague et du sexe (et pas qu'un peu !) et enfin au rôle d'une femme mariée. De graine informe et dépendante de la terre, on l'observe s'élever et s'affirmer telle une belle fleur. Mais ce récit initiatique d'une arriviste accomplie n'est pas sans encombres, transformant alors la passion originelle en histoire d'amour sans cesse compromise. En parallèle, on suit les déboires amoureux de ses frères ainés en marginaux de la société, l'extravagance affirmée de sa petite soeur, les coups de malchance d'une famille rivale et on décrypte la mystérieuse vie du cher et tendre duc Simon dont elle est éprise.
Si on se perd au début dans ce microcosme de personnages affirmés, on finit par bien se familiariser grâce à la voix off de l'intrigante Lady Whistledown (la grande Julie Andrews !) à l'affut de tous les potins de la ville. Servi sous un format long et répétitif d'une heure par épisode, autant dire que les fans de romances en costumes sont bien servis ! La Chronique des Bridgerton est selon moi dénué de tout suspense et suit les conventions du genre sans surprendre. Divertissant et gentiment subversif par instant, la série présente des personnages secondaires plus palpitants que les principaux (Nicola Coughlan et Claudia Jessie par exemple) et se veut entièrement inclusive avec des acteurs de couleur dans des rôles d'aristocrates. Ce dernier point peut d'ailleurs questionner, notamment pour la pertinence du propos (difficile de croire à une Reine noire en Angleterre au XIXème siècle). La série recompose à sa manière l'Histoire sous une autre perspective. Alors certes, on devine une volonté de moderniser l'ancien, et j'ai plutôt apprécié les revisites de hits actuels par un orchestre philharmonique, mais cela donne un côté très utopiste et fleur bleue à la série. En banalisant le sexisme, l'homosexualité, les canons de beauté et la couleur de peau, la série ne critiquerait-elle pas notre monde qui manque cruellement de tolérance sur bien des points ? Le seul message qui compte est le suivant : l'Amour est tout et l'emporte toujours. C'est donc sans grande surprise que vient s'ajouter à cela de nombreuses et interminables scènes d'ébats sexuels qui n'ont pour but que d'émoustiller les spectatrices, à l'instar d'un bon vieux roman érotique... Pour ma part, j'ai trouvé ça futile et parfois même lourd. Vous l'aurez compris, l'intrigue est on ne peut plus classique et dénuée de contexte réaliste : pas de pauvreté, de travail ou de famine à l'horizon...
Autre remarque, et pas des moindres, le jeu des acteurs laisse souvent à désirer. Que ce soit le duo central (Phoebe Dynevor et Regé-Jean Page), la reine (Golda Rosheuvel), la tutrice du Duc (Adjoa Andoh) ou encore Miss Thompson (Ruby Barker), j'en ai retenu une interprétation simpliste voire caricaturale faisant passer la série pour une oeuvre passable qui ne fait pas dans la finesse et la subtilité des émotions.
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