Pour savoir qui est l’assassin.

Avis sur La Trêve

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Et finalement, dans toutes ces séries qui font florès (et qui sont des feuilletons, puisqu’on ne peut en rater un épisode sans être largué), le seul intérêt ne réside pas dans la révélation finale, qui dévoile l’identité de l’assassin, mais dans l’atmosphère et les scènes périphériques qui montrent quelques tranches de vie.

Moi qui ne suis guère amateur de ces longs périples télévisuels, je me réfère principalement à ce que j’ai vu de mieux dans le genre : Twin peaks. On se souvient que le récit de David Lynch commence par la découverte du corps sans vie de Laura Palmer qui flotte sur la rivière. Qui a tué Laura Palmer ? se demande-t-on au début… Et au fil des épisodes, on s’en fiche un peu (et je dois dire, après avoir vu trois fois l’histoire que je ne me souviens même plus du nom du tueur). C’est bien que la touche finale, qui montre la crapule et en explique les motivations n’a pas une grande importance ; la cerise sur le gâteau n’est pas le gâteau.

Ma très modeste expérience des feuilletons criminels m’a appris une chose : les méchants les plus affreux ne sont pas les coupables et c’est celui ou celle à qui on s’attendait le moins qui a zigouillé le macchabée. Dès lors, on peut prendre un relatif plaisir à voir les mines décontenancées des policiers qui croyaient bien avoir dévoilé le visage des assassins et qui se retrouvent le bec dans l’eau devant des alibis en béton armé. Malins comme pas deux, nous savions bien, nous spectateurs expérimentés, que Machin ou Truc ne pouvaient pas être les assassins, puisque tout les désignait. Et deux ou trois épisodes avant la fin, lorsque la plupart des protagonistes ont été éliminés ou innocentés, nous avons bien compris que le coupable ne pouvait être que Cézigue, apparemment personnage positif et même sympathique.

Il y a naturellement quelques variations sur ce canevas ; ainsi dans Broadchurch, par exemple, les canailles primitivement suspectées se révèlent-elles finalement très attachantes ; alors que dans La trêve elles restent abjectes. Ainsi le couple frère et sœur incestueux organisateur de parties sado-masochistes, ainsi le fils de diplomate suédois (où vont-ils chercher tout ça ?) pourvoyeur de drogues diverses de toute la région, ainsi l’entraîneur de football homosexuel honteux, le concierge nazi et j’en oublie sûrement.

Canailles abjectes, mais innocentes. Et toc ! Et le pauvre officier de police Yoann Peeters (Yoann Blanc) qui n’est pas bien net lui-même, qui a perdu sa femme, elle-même policière dans une opération sanglante dont il a été responsable et qui en porte la culpabilité écrasante, qui est sous calmants, euphorisants, assouplissants, somnifères et tout ce que vous voulez, qui est affublé de Camille (Sophie Breyer), sa grande fille mal dans sa peau, se débat dans un salmigondis pimenté par quelques intrigues adjacentes et fausses pistes sans rapport avec l’histoire policière (ainsi le barrage qui doit entrainer la submersion des terres de quelques clampins, dont on se dit qu’il est peut-être la raison des morts subites et qui finalement n’y a aucune influence).

C’est fait donc de bric et de broc. Au fur et à mesure des dix épisodes, certains personnages disparaissent, d’autres prennent une importance démesurée. Ça se laisse voir et la noirceur des forêts de l’Ardenne belge est photogénique. Mais je ne suis pas certain d’avoir eu raison de passer quatre lundis soir à regarder ça. J’aurais dû me repasser une nouvelle fois Autant en emporte le vent.

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