Échec et Plat

Avis sur Le Jeu de la dame

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[SPOILERS]

L'idée d'un parallèle entre le jeu d'échecs et le parcours meurtri d'une jeune femme qui se sert de ses erreurs pour grandir et réussir promettaient une partie passionnante.

Ainsi, la Reine Beth se retrouve au milieu de pièces entièrement masculines. Les critiques sont unanimes sur la qualité des joueurs et des pièces. On s'attend donc à une partie extraordinaire, inoubliable.

La partie débute par de vraies promesses. Un budget conséquent pour une reconstitution des sixties bien cohérente et des pièces intelligemment mises en place pour tenir le public en haleine et pour éprouver de l'empathie pour la jeune Elisabeth.

Malheureusement, cette poudre aux yeux ne fonctionnent pas plus de deux tours. Les coups deviennent évidents et maladroitement joués. Une forte impression se dégage que les joueurs ne savent sur quel pied danser.
Pour preuve, cette relation très ambiguë entre Beth et sa mère adoptive. Dès lors que la jeune prodige commence à gagner, les deux femmes entretiennent un lien plus que malsain, où le profit, la jalousie et le mensonge prédominent. Cela aurait pu être un axe de progression intéressant de la partie mais brusquement freinés par la mort de la mère. Quel en est réellement l'intérêt ? se demande un spectateur déboussolé.

Nous pourrions également parler du rapport à l'addiction de drogues, très bien introduit dans le premier coup, dont les mauvais effets disparaissent par une magie inexplicable pendant plusieurs tours pour revenir en force en fin de partie. Encore une fois, on est surpris par ce manque de cohérence dans le jeu.

Mais notre déception ne culmine que lorsqu'on se rend compte de la qualité réelle des joueurs. Alors qu'on nous avait promis un niveau de jeu exceptionnel, tout est attendu, téléphoné. On prend les spectateurs pour des récepteurs de récompenses.
Nous connaissons ce schéma, vu des centaines de fois : le compétiteur raffle tout sur son passage, mais d'un coup se retrouve en difficulté et doit replonger dans sa mémoire pour trouver la solution et ainsi triompher, accompagné de violons qui nous rappellent quand on doit éprouver du plaisir (ou pleurer, c'est selon). Mais attention, il y a Roi ultime qu'il faudra vaincre en fin de partie mais qui ne le sera qu'à condition que la Dame affronte ses vieux démons et grâce à l'aide de ses amis sur qui elle n'a pourtant cessé de cracher tout du long. La Dame ne mériterait-elle qu'on l'aide seulement pour son éclat et son talent ? Encore une fois, le spectateur émet de sérieux doutes quant à la crédibilité des joueurs. L'inquiétude grandit : la partie prometteuse avait-elle réellement lieu ici ?

Car certaines pièces semblent fausses, comme ce cavalier nommé Benny, un gamin de douze ans qui a mis une moustache pour s'inviter au jeu ; et qui mène des conversations avec la Reine aussi plates que la Terre des complotistes.
Mais le doute se porte surtout sur la seule pièce féminine de l'échiquier. On vante avant toute chose sa capacité de séduction. Associer une femme à sa beauté et son charme, encore un coup qui dénote avec la philosophie supposément féministe des joueurs. Tous ces plans où on mire ses poses sensuelles sans que cela ne soit justifié... Quel est le véritable intérêt dans la stratégie de jeu ? Quelle cohérence ?

Le jeu de la Dame déçoit donc par ses fausses promesses. Tout semble prévisible, convenu voire irrationnel. Les rares retournements gâchent une belle dynamique.
Il faut se rendre à l'évidence : un bel échiquier et une bonne publicité ne sont pas gages d'une partie inoubliable.

5,5/10

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