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Avis sur Les 100

Avatar Lehane
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Voilà encore une preuve que les séries qui se traînent une mauvaise réputation ne sont pas forcément mauvaises. Même si elle est estampillée The CW, aller au-delà de ses à priori peut s'avérer bénéfique sur le long-terme. Car The 100 est une série singulière dans ce paysage de teen-drama parfois trop mielleux.

Jason Rothenberg essaye de se démarquer et ça se voit. Situant son intrigue 97 ans après une apocalypse nucléaire ayant ravagé la planète, The 100 est un peu un mélange étonnant entre The Walking Dead et Game of Thrones, façon science-fiction dystopique. Il est rare de trouver des séries adolescentes aussi matures, capables d'entretenir des enjeux réels (il faut dire que les amourettes se finissent rarement bien ici) et puissants.

Guerres de territoire, diplomatie expéditive (Jus drein jus daun), politique machiavélique, processus de colonisation officieux, ethnocentrisme ordinaire : les questionnements deviennent peu à peu philosophiques et les personnages sont confrontés à d'intenses conflits intérieurs. Le grand thème de la série demeurant le pouvoir et toutes les responsabilités qu'il entraîne, les héros s'affrontent dans des jeux de dominations cruelles façon Sa majesté des mouches, épris du pouvoir ou au contraire rongés par ses conséquences. Pas de censure ou d'idéalisme naïf : comme dans les séries citées plus haut, les personnages de The 100 disparaissent de manière brutale et inattendues, violentes et cruelles.

Clark Griffin s'impose définitivement comme l'un des meilleurs personnages féminins de ces dernières années, à ranger aux côtés des plus grandes icônes féministes de l'histoire de la télévision : leader d'une intelligence rare, autoritaire mais humaniste, influente mais imparfaite. Sans cesse confrontée à des choix périlleux ou à des prises de décisions conséquentes, Clark n'en demeure pas moins un personnage écorché et traumatisé, car l'univers est indifférent et les fantômes du passé finissent toujours par la rattraper.

Car The 100 s'appuie sur une caractérisation subtile de ses personnages, l'on sent qu'il y a une tentative de nuancer leurs valeurs morales, d'éviter un manichéisme vain : There are no good guys, ni gentils, ni méchants, mais forcés d'agir dans l'urgence pour survivre, ils sont ambigus, en constante évolution, capables de montrer le pire comme le meilleur d'eux-mêmes.

The 100 est une série de qualité, surprenante, sombre, qui a de belles promesses d'avenir.

Mais ça n'est pas de ça que je voulais parler.

Voilà, j'ai regardé l'épisode 7 de la saison 3, et je ne m'en suis toujours pas remise.

Un personnage de série, ce n'est pas seulement une marionnette qui s'agite derrière notre écran, c'est surtout quelqu'un qui nous devient familier, à qui on s'attache et qui, au fil des épisodes, devient notre ami. Alors forcément, quand il meurt, on est triste et ça fait quelque chose.

Lexa, c'était mon personnage préféré (gros coup de cœur pour Alycia Debnam Carey). Une jeune femme à la fois pragmatique, froide et intransigeante, et dont les grands yeux bleus recelaient pourtant une sensibilité palpable, des émotions enfouies au plus profond de son âme, pour éviter qu'elles ne l'affectent, pour être la sauveuse de son peuple. Un cœur énorme caché sous une carapace de pierre, qui ne pouvait qu'aimer sans bornes, et que Clarke a su saisir comme personne d'autre avant elle.

Certaines histoires deviennent pour vous plus que des histoires. J'avais vraiment foi en cette relation depuis le début, car Jason Rothenberg a su l'amener avec une maîtrise hors-pair : des ennemis qui collaborent et finissent par s'apprivoiser, se compléter et mener un combat équilibré vers un monde meilleur. Un jeu de séduction tout en finesse, à travers un regard, un sourire, une parole, puis un baiser. La sensation d'avoir à lire entre les lignes, et finalement capter la force des sentiments : officiellement, des collaboratrices, en vérité, bien plus que ça.

Je ne peux m'empêcher d'en vouloir à tous ces showrunners – par ailleurs il semble dans le cas présent difficile de connaître la raison exacte de ce choix, Jason Rothenberg ayant dit qu'il n'avait eu d'autres options que de concilier l'emploi du temps de l'actrice (avec Fear the walking dead) et son histoire, avant qu'il ne s'avère qu'elle aurait pu en fait rester – de rarement donner une fin heureuse aux couples gays, de les achever dans le sang et le chagrin, de les éliminer sans raison apparente – dans le cas présent de manière aussi aléatoire et stupide – et sans prendre en considération l'étendue de leur influence sur un certain public (alors qu'ils en sont parfaitement conscients). De ne jamais aller au bout, de sans cesse laisser derrière eux un goût amer d'inachevé.

Lexa me manquera énormément.

Mon cœur est brisé.

A bientôt dans les étoiles.

Reshop, Heda.

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