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Avis sur Les Enquêtes de Morse

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Endeavour, c’est cette série qui a la mauvaise idée de passer sur France 3, celle, entre autre, de Derrick et Louis la Brocante. La chaîne réputée pour vieux, aux antipodes du glamour, qui ne donne fichtrement pas envie de nous jeter sur sa programmation du dimanche soir.
C’est pourtant cette série qui fait un carton plein chez nos voisins d’outre-Manche, un peu partout en Europe et, surtout, chez les américains. Eux si friands de remakes hyper-ultra-over-mega fidèles aux programmes originaux sont frappadingues d'Endeavour.
Un exploit ? Non. Juste la normalité.
Je vais t’expliquer pourquoi.

Endeavour, c’est un retour à la série policière ultra classique. Pas de courses poursuites effrénées, de recoupements informatiques et de correspondances ADN éclatant au grand jour en 30 secondes chrono, ou encore de profilages hasardeux.
C’est l’Angleterre des années 60. Epoque bénie où le policier fait appel à sa cervelle, son bon sens et sa réflexion pour résoudre son enquête.
On interroge, on fouine, on farfouille, on prend des notes dans un calepin et on tape ses rapports sur sa bonne vieille machine à écrire, avec un seul doigt parce qu’on est des mecs et qu'évidemment, c'est un boulot de bonne femme.

Endeavour, c’est Oxford. Ses écoles et universités, son érudition, ses ruelles et son architecture splendides et sa non moins superbe campagne environnante.
C’est Fauré, Verdi, Satie ou encore Rachmaninoff, qui ouvrent, à tour de rôle, chacun des épisodes, tel un rituel, et qui, de temps à autre, refont surface, au gré de l’enquête. Vois un peu : la saison 3 démarre sur le Lacrimosa du Requiem de Mozart ! Si ça n'est pas la classe, ça y ressemble fortement.
C’est la littérature et la poésie qui apparaissent au détour d’une conversation ou d’une réflexion formulée à voix haute, sans qu’on s’y attende, mais qui toujours, enchante nos cœurs.
Ce sont des thèmes de société, plus ou moins légers, abordés ou juste survolés, au gré des saisons : la production d’armement sur fond de guerre froide, le féminisme, le racisme ou la coupe du monde de 66.

Endeavour, c’est le commissariat, the Oxford City Police’s Cowley, et ses individus auxquels on s’attache, nos nouveaux amis, qu’on prend plaisir à voir évoluer.
C’est Jim Strange, le simple agent devenu détective, faisant montre d’une nouvelle assurance et Reginald Bright, le grand Chef, menant vaillamment ses troupes malgré certaines entraves politiques.
C’est aussi Fred Thursday (grand Roger Allam), le renard, le vieux briscard, fort de son expérience, tout autant supérieur hiérarchique, partenaire de terrain et figure paternelle pour le jeune héros. Véritable loup au travail, profondément agneau en famille.

Mais Endeavour, c’est surtout et avant tout Endeavour Morse.
Sa mèche auburn, son regard azur, invitation à s'y noyer avec délectation, ses taches de rousseur à peine dissimulées et sa bouche en cœur, sa silhouette longiligne, son imper gracieusement porté en toute saison et son accent à couper à la tronçonneuse.
C’est Hercule Poirot d’Agatha Christie et Adam Dalgliesh de P.D. James. En plus sexy.
C’est la fragilité et la sensibilité, souvent dissimulées sous une couche de sarcasme et un soupçon d’arrogance.
Un enquêteur foutrement doué, aidé par son statut d’ancien étudiant, connaisseur des lieux et des mentalités, toujours à l’affût et seul à voir et comprendre ce que les autres ne voient pas et ne comprennent pas.
C’est l’anachronisme. Morse vit hors de son temps : les autres regardent le foot ? Il répète dans une chorale. On se trémousse sur White Rabbit de Jefferson Airplane ? Il se repaît du Madame Butterfly de Puccini. Les collègues se retrouvent au pub ? Il remplit sa grille de mots croisés, chez lui, au calme.
Un héros séduisant et atypique, auquel Shaun Evans prête ses traits de façon remarquable. Sans lui, Morse ne serait pas vraiment ce qu’il est. Un acteur au charme évident, que même "un hétérosexuel, marié et papa, aime sur la bouche". Comment le lui reprocher ...

Endeavour, c’est un diamant brut émergé de la Tamise, témoin d’une époque pas si lointaine mais (malheureusement) révolue.
C’est la classe, l’élégance et le raffinement, so british, so romantic, suscitant ravissement, passion et addiction.
Endeavour possède un petit truc un plus, un je-ne-sais-quoi indéfinissable qui en fait indiscutablement une des meilleures séries du genre, si ce n'est une des meilleures tout court.
Et c’est surtout, pour moi, une réconciliation bienvenue avec les rouquins, eux que je ne pouvais pas encadrer.
Série importante donc, s’il en est.

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