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Les Soprano par Alligator

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Saison 1 :

Enfin! Enfin je découvre les Sopranos! Mieux vaut tard que jamais! Belle découverte, ce n’est pas un scoop bien entendu. J’imagine sans peine le plaisir qu’ont dû ressentir ceux qui l’ont vu à l’époque dès sa diffusion.

D’abord, je suis un peu décontenancé sur les deux ou trois premiers épisodes, ne sachant trop sur quel pied danser avec ces personnages très haut en couleurs, cette tonalité balançant entre comique et gravité, avec ces thèmes tellement vus et revus de la famille italo-américaine, de la mafia. Je me demandais si on était plus dans Les affranchis ou Le parrain, mais très vite, les Sopranos prend une place singulière.

Certes, on sent bien que les auteurs tiennent à rendre tout de même hommage aux oeuvres passées, marquantes, mais les Sopranos tracent leur propre route, pas uniquement dans l’usage central de l’introspection analytique et psychothérapeuthique du mafioso (certes également utilisée au cinéma dans Mafia Blues, sorti la même année), mais bien dans ses couleurs réalistes, son parti-pris doux amer et dans sa variété, ses prises de risque.

Le travail de l’écriture est très bien fichu pour maintenir le récit, à un bon rythme, pour bien installer les situations et les interactions entre personnages. Cela déroule avec grande aisance une histoire familiale qui s’avère de plus en plus complexe, avec un bon nombre de personnages sans jamais qu’on ressente une quelconque pesanteur. Très fluide.

Dans le casting, James Gandolfini est bien sûr primordial. Pour tout dire, il m’a époustouflé. Magnifique par la sobriété de son jeu, sa richesse et surtout l’extrême justesse, d’une finesse extraordinaire : j’ai adoré. Autour de lui, les personnages sont plus pittoresques, très typés dans le folklore italo-américain. Seule Lorraine Bracco, très sobre également, incarne la part embourgeoisée, intellectualisée de cette Amérique italienne.

A ce propos, la série évoque à plusieurs reprises cette problématique de l’intégration à deux vitesse. Elle le fait avec autant de franchise que de finesse. Tony Soprano (James Gandolfini) n’est pas seulement un homme usé par le poids de la tradition et de son leadership ancré dans la violence, il est également tiraillé par des postulats sociaux qu’il a du mal à dépasser. Mais sa psy (Lorraine Bracco) ne se trouve-t-elle pas elle non plus dans une position délicate, témoin de cette souffrance prolétaire à s’extraire d’une histoire difficile et désireuse de sauvegarder en même temps une part de tradition identitaire? Difficile de négliger le caractère hautement américain de cette communauté italienne au delà même des écarts sociaux de ses différents membres. La série montre cela à la perfection, avec humour parfois, souvent avec violence mais au fond avec une certaine tendresse facilitant l’attachement aux personnages malgré tout. On sent bien que la série veut en fin de compte rendre hommage à cette communauté, dans toutes ses acceptions, ses caractéristiques.

Quoiqu’il en soit, avec un fond pareil, à la fin de la saison, l’envie d’y retourner de suite est là, évidente, claire comme de l’eau pétillante de San Pelligrino.

Saison 2:
Le plaisir de découvrir une série bien écrite, intelligente dans ses mises en scène et jouée par des comédiens excellents ne s’est pas démenti au cours de cette deuxième saison. Et sans doute même a-t-il grandi.

Avec cette saison, la profondeur des personnages apparaît plus nette encore et les rend d’autant plus attachants.

James Gandolfini est de plus en plus impressionnant. Son personnage déjà très étoffé lors de la première saison et pierre angulaire de toute la construction narrative de la série, se précise et affine des nuances déjà aperçues. Pour le spectateur, voir évoluer ce personnage et la manière dont l’acteur l’enrichit par petites touches, au fur et à mesure est une surprise constante, c’est incroyable.

Les personnages qui l’entourent et qui auraient pu devenir des caricatures tant le pittoresque semblait les caractériser prennent eux aussi une belle épaisseur révélant des sous-couches plus subtiles.

L’écriture des scénarii est si fine que l’on est très souvent surpris par la tournure des événements. Le récit ne se laisse pas guider par une quelconque routine. On peut identifier des ruptures dans la tonalité de l’ensemble. Certains moments sont plus drôles, d’autres plus fouillés, plus intenses, plus réfléchis ou plus émouvants. Et dans cette variété de compositions, paradoxalement se dégage une ligne commune très claire, assez solide pour donner une identité, une cohésion qui donne l’impression de voir une saison maîtrisée, bien pensée. Un très grand plaisir pour le spectateur.
http://alligatographe.blogspot.com/2018/06/sopranos-season-2.html

Saison 3 :

Au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans les méandres de cette série, on a la nette et réjouissante sensation d’explorer une contrée dense, une vraie forêt touffue de personnages, de situations, de drames qui télescopent. La psychologie des personnages apparaît de plus en plus complexe.

Certes, certains protagonistes peuvent apparaître plus simples, plus clichés ou pittoresques (pour être moins sévère), de quoi alimenter deux caractéristiques de la série : le comique de situation ou la violence entre les personnages.

Par exemple, Raph (Joe Pantoliano) reprend le rôle d’aiguillon tenu par (Richie) (David Proval) dans la saison 2 surtout, l’élément perturbateur qui va exacerber tous les problèmes subis par Tony Soprano (James Gandolfini).

Ou bien Paulie (Tony Sirico), clown presque parfait, grotesque, ridicule, au bord d’une certaine forme de folie que l’on sent près d’exploser et de tomber dans quelque chose qui n’a rien de comique, de presque effrayant, de très dangereux sans aucun doute.

Dans cette 3e saison, le personnage de Meadow (Jamie-Lynn Sigler) me semble devenir encore plus important. Le rôle s’étoffe considérablement. La relation père fille avait été très joliment abordée dans la saison 2. Elle se développe encore avec celle de la mère Carmela (Edie Falco). Au contraire, le fils AJ (Robert Iler) paraît un peu plus effacé.

Carmela ne l’est pas. Bien au contraire, le terrible enjeu qui taraude la morale de cette femme prise dans un dilemme douloureux est toujours un axe important de la série. L’actrice Edie Falco est vraiment intéressante, pleine de maîtrise et surtout, elle ne laisse jamais son personnage être dépassé par un trop plein de pathos, ni de sentimentalisme. Son héroïne est superbe de sensibilité, de force, de dignité et de faiblesse. Beau travail d’actrice.

Au centre de tout, la composition de James Gandolfini en Tony Soprano est encore une fois d’une perfection ahurissante. Il est impossible de ne pas être touché par le personnage qu’il crée, un héros d’une intensité et d’une délicatesse incroyables, mais avec cette dose de fragilité qui contraste tellement avec la puissance et la violence de sa position. Avec un monde si compliqué, si lourd sur les épaules, le personnage est accablé et l’on ne sait comment il parvient à ne pas s’écrouler complètement. Tony Soprano n’est pas seulement touchant par sa façon de subir, mais également par sa générosité.

Dès lors, avec des personnages aussi finement écrits, des acteurs aussi subtils, au diapason de thématiques aussi essentielles, comment ne pas s’attacher à cette série pionnière ?
Captures et trombi

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