La nouvelle référence en terme de polar crapoteux. Britannique, audacieux et palpitant.

Avis sur Luther

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Luther est due au romancier Neil Cross et ça se ressent, il y a une qualité littéraire dans la peinture de ce personnage archétypal de flic au bout du rouleau.
Porté par un excellentissime Idris Elba (The Wire), le personnage est une réussite exemplaire.
Comme l'annonce une introduction très intense questionnant à merveille les limites de l'inspecteur Luther, la série n'aura de cesse de brouiller les frontières entre bien et mal, entre légalité et criminalité. Car, à force d'affronter les forces du mal, de dédier sa vie aux morts comme lui reproche son ex-femme, Luther menace petit à petit de perdre pied. Le genre d'homme à prendre au pied de la lettre la maxime de Nietzsche « Quand tu contemples l'abîme, l'abîme te contemple aussi. » et à jouer à la roulette russe au petit-dèj'. Badass.

Cette zone de flou moral sera brillamment mis en perspective par la rencontre avec Alice Morgan. Une confrontation qui inverse avec bonheur le postulat du Silence des Agneaux, cette fois, c'est la séduisante jeune femme qui est machiavélique. L'affrontement entre les deux nemesis est surprenant car si le policier et la jeune femme se craignent et se respectent à la fois, une amitié bien particulière se tisse au fil des épisodes.

Ce fil rouge passionnant soutient des épisodes qui fonctionnent en standalone, où Luther doit faire face à toutes sortes de crimes effroyables, dues aussi bien à des serial-killers, des déviants sexuels, des satanistes, ou à des magouilleries tournant mal entre criminels. La saison 2 se concentre sur deux figures impressionnantes du mal, l'un masqué ayant à cœur de devenir un croque-mitaine moderne, l'autre un anarchiste terrifiant qui erre dans les rues en agressant au hasard les gens.
C'est avec grand plaisir qu'on retrouve à chaque fois un sens aigu du suspense, du rebondissement, et le rythme des deux saisons ne faiblit pas. Au contraire, après un pilote exceptionnel, de bons épisodes de standalones, la fin de saison 1 et la saison 2 dans sa globalité sont des monstres d'intensité.

L'identité visuelle de la série est bien particulière et très forte.
En effet, si la mise en scène reste assez sobre, fonctionnelle, suivant souvent au plus près les déplacements des personnages, ce sont les cadrages sophistiqués qui marquent les esprits.
Les personnages ne sont qu'une partie du cadrage, une place plus importante est toujours laissé au décor, débordant à tour de rôle en haut, à gauche ou à droite. De cette très belle esthétique résulte insidieusement l'idée que les personnages sont déphasés, incomplets, en proie constante à leur environnement.
De plus, le très chouette générique réussit, grâce à un graphisme inspiré et le trip-hop émouvant du Paradise Circus de Massive Attack, à rendre compte des ambitions de la série: une certaine mélancolie, à la fois intemporelle et moderne, urbaine, s'en dégage.

Au final, une série captivante, qui réussit à réinventer le polar moderne en s'appuyant sur un cachet visuel inédit et audacieux, sur des personnages puissants et bien écrit, incarnés par des acteurs talentueux (énorme Idris Elba!) réussissant à rendre palpable leurs combats contre le mal, fût-il irrémédiablement enfouis en eux.

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