Une série "requiem"

Avis sur Luther

Avatar Kerven
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Nous vivons une époque où le long métrage (les films) perd de l’audience face aux séries dont l’offre devient pléthorique. Dans ce secteur, le producteur le plus connu (et souvent gage de qualité) reste HBO ; mais la BBC ne s’en sort pas mal. Pas de séries révolutionnaires à l’audience gargantuesque (quoique Doctor Who batte des records), mais des séries de bonne facture, parfois décalées (humour anglais oblige) et toujours dans l’air du temps. Elles ont d’abord exploré le patrimoine anglais (Sherlock) puis ont exploré la politique (l’actuelle House of cards est une reprise de la série du même nom de la BBC dans les années 90) et bien sûr la criminalité, avec ses inspecteurs atypiques car sans armes (ce qui nous évite les éternelles séances de flingage…).
Luther s’inscrit dans ce dernier genre. Série plutôt courte (16 épisodes pour 4 saisons, dont la dernière n’a pas encore été diffusée en France), elle n’en est pas moins haletante. Si la première saison, plutôt destinée à mettre le personnage central en place, reste assez classique, les trois qui suivent nous ouvrent la porte des cauchemars et des meurtriers en série, avec souvent une manière de filmer assez «gore »… Le tout cadré avec une certaine originalité (angles de prise de vue décalés), et le récit est souvent nerveux. Pourtant le héros, particulièrement véhément à la première saison, est transformé en homme blasé, revenu de tout, jouant ses réveils à la roulette russe… Car le personnage de Luther est atypique. Un poil très cliché en héros fatigué et forcément malheureux, mais ça fonctionne car le tout repose sur les épaules solides d’Idris Elba (le gardien de la porte dans Thor), tantôt résigné, tantôt en colère et toujours à devoir justifier son intégrité. Car Luther inquiète, son sens de la justice semble un poil trop personnel, et les éléments ne sont pas en sa faveur ; ni ses fréquentations (on a rarement une sérial killer comme amie). Et puis il y a un acteur au casting qui n’est pas cité : Londres, et ses banlieues aux habitats anonymes, auxquelles on accède par des coursives dans le plus pur style « Orwellien »… Ici la violence surgit souvent d’une société en décomposition, souvent avide de justice expéditive (saison 3). Pour un peu on pourrait se croire dans un western, forcément crépusculaire.
Luther peut agacer par sa gravité, par son personnage dont l’intuition n’a rien à envier à Sherlock Holmes ; mais pour peu que l’on oublie un peu la surenchère habituelle des séries américaines, on trouvera dans celle-ci quelque chose de plus proche du quotidien, de celui des faits-divers qui nous choquent, et dont on se demande comment leurs auteurs ont pu imaginer autant de violence et de malheurs. Luther est une série « requiem » somme toute bien fabriquée. Elle aurait pu être un peu mieux calibrée, sonner plus juste, être moins grave, moins fatale, mais finalement, une fois qu’on a dit ça, c’est qu’on avalé l’hameçon, le fil, et même la canne ! Ne jamais bouder son plaisir… A noter également une excellente bande son.

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