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L'Enfer de Don

Avis sur Mad Men

Avatar PhyleasFogg
Critique publiée par le (modifiée le )

Rendre justice à cette immense série me fiche un trac terrible, j'ai peur de crever en chemin avant d'avoir atteint mon but, comme si j' avais la folie de m'attaquer au mont Ventoux sans l' aide de produits dopants.

Alors bien sûr cette série nous a attrapé avec sa pompeuse ambition d' être le parfait miroir des bouleversements d'une décennie essentielle: les sixties, en s'attaquant au monde de la pub pour mieux en dévoiler les coulisses. Matthew Weiner y déploie son génie du détail obsessionnel , sa manie du dialogue brillant afin de nous décrire comment en suscitant le désir chez le consommateur, on perpétue le "rêve américain" au moment où la société de consommation et du spectacle prend son envol. Mais elle nous garde, cette série nous passionne, cette série, nous atteint dans les tréfonds de notre âme par sa trame de drames intimes qui se déroulent sans fin en petits duos intimes de petits dilemnes à la Tchekhov :

Vaut-il mieux vivre au cœur battant de la ville ou aller s'enterrer à la campagne ?

Jusqu 'où êtes vous à aller pour réussir? ...... Ou à quoi êtes vous prêt à renoncer pour rester en accord avec vous même?

Comment être un homme: laisser sa femme travailler ou la maintenir dans son rôle d' épouse? Dans les deux cas au risque de la perdre, comme on laisse un oiseau s’échapper de sa cage.

Etre une femme et se comporter comme un homme pour réussir quitte à sacrifier sa vie personnelle ? Ou jouer de sa séduction pour gravir les échelons en sachant le prix à payer qui vient tôt au tard.....?

Maintenir caché son homosexualité ou ravaler son racisme car les temps changent?

Trouver sa place dans l' establishment quand on est un bouseux en parvenant à le dissimuler ou jouer la carte de la sincérité pour enfin être soi?

Rester la bobonne à la maison ou tromper son ennui d Ex Mannequin de Big Apple en couchant avec des inconnu(e)s?

Se sentir reconnu et aimé quand on est un fils de... ou avoir la satisfaction de réussir sans devoir rien à personne?

Continuer à s'amuser quand on ne peut plus boire, ni tromper sa femme ou alors?....Se marier avec une femme beaucoup plus jeune pour soi?

Lâcher les rênes du travail alors qu'on a plus que ça, ou alors finir par se pendre dans son bureau pour échapper au vide qui vous prend?

Devenir écrivain, actrice ou ce que l'on a toujours rêvé d'être ou rester bosser dans des bureaux, à vendre des produits dont on a que faire?

Refaire sa vie ou alors juste coucher avec des filles plus jeunes que soi.

Commencer la drogue à 50 ans passé ou divorcer d'avec un homme qui avait l' âge de votre papa?

Savoir vendre n'importe quel produit, à commencer par soi même... Ou payer le prix fort de sa liberté?

Etre tellement créatif qu'on en devient Fou, ou finir borgne par la faute de clients aussi abrutis que friqués?

Devenir actrice à Broadway ou finir à Hollywood.... à jouer dans un soap?

Sucer un presque inconnu pour le goût du défi ou quitter son mari pour goûter enfin ce que c'est queue la liberté....?

Adorer son père ou être dégoûtée par ses frasques de mâle perdu ?

Tomber bêtement amoureux d'une inconnue parce qu' elle vous rappelle qui vous étiez.....Ou baiser une nana contre un peu de fric et de chaleur humaine?

Avoir un enfant pour se conformer au modèle social, ou ne pas en avoir et finir par se retrouver seule, sans mec ni enfant.....

And so on...

Derrière la chronique de la réussite sociale de cette grande fable américaine se dessine donc un fatalisme tchékhovien de la chute inévitable, de la solitude indépassable où les personnages se débattent avec une énergie parfois proche du désespoir. La désillusion conduit à une émancipation qui d' illusion va vers une autre désillusion et ainsi de suite en un cercle qui nous élève, à l'instar de l' Enfer de Dante.

Vers sa fin la série ressemble à une fuite en avant du Héros , avec ses accélérations excessives, ses épisodes pour expédier tel ou tel personnage, illustrer tel ou tel aspect de la vie, et les autres pour boucler une boucle avec un systématisme balzacien. Le didactisme so american le dispute au mélo pour jouer la comédie des Adieux. Mais dans la dernière ligne droite de l'ultime demi saison comment mettre un mot FIN autre que Mort ou Renaissance?

Dans le foisonnement des personnages, émerge l'intimisme de duos où chacun son tour est à la fois l' opposé et le complément de l' autre, et les duos se forment, se déforment et s'interchangent en un adroit tricotement. Chaque personnage a droit à sa part d' exposition avec une minutie d'horloger, le démiurge puisant avec bonheur dans sa riche palette pour composer un tableau de la Vie, en comédie,comme en drame. Des personnages qu'on croyaient essentiels disparaissent, comme dans la vie. Chassés parfois par d'autres qui apparaissent, ou prennent une place auquel on se serait pas attendu, comme dans la vie encore...

Dans un tempo lent de l' inexorable, un poil trop bien huilé de la mécanique, la mise en scène immuable esthético-statique donne une impression de rouleau compressé de la routine que le bouillonnement intérieur des personnages vient perturber par des implosions sous nos yeux qui soulèvent l' âme.

Mordu, on ne lâche pas la série quand elle semble ronronner dans ce train train car on subodore la prochaine scène d'émotion rentrée, le nouveau personnage qui viendra relancer notre addiction en attendant que bien sûr, Don s' effondre, terrassé.

Du moins on l'imagine.

Et l'on ne se résout pas, à la fin de cet Adieu à jamais.

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