Quitte à frotter, autant que ça brille...

Avis sur Maid

Avatar sonicdream
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Drôle d'impression: les dix épisodes de cette série se suivent avec plaisir et intérêt, elle est donc largement réussie, mais sans cesse des sentiments confus et antagonistes retiennent l'enthousiasme, comme s'il restait de la poussière dans les coins, et que l'on n' arrive pas à décider s'il suffit de la glisser sous le tapis ou s'il faut vraiment repasser un bon coup de plumeau.

Les points forts, tout d'abord: une magnifique réalisation, pleine d'idées et de surprises, un cadre géographique puissant et le traitement d'un sujet (qu'on penserait réservé aux Dardenne ou à Ken Loach ) qui fait preuve d'ouverture d'esprit, d'originalité et de créativité. On évite le plus possible le pathos, le misérabilisme, le manichéisme (sauf sur un point précis, voir plus bas) et c'est déjà énorme pour une série qui traite du problème de la survie quotidienne d'une jeune mère en pleine galère. La belle tenue de cette histoire tient précisément et entre autres au fait que les personnages ne sont ni bon ni mauvais, tous peuvent être attachants ou antipathiques à leur tour, y compris le personnage principal. Cette série réussit quasiment à matérialiser une "epoké" grecque, cette fameuse suspension du jugement qui permet d'avancer dans l'histoire débarrassé d' a priori moraux, et de se sentir libre d'être en empathie ou pas avec les personnages.

Pour toutes ces raisons, Maid constitue une belle réussite en atteignant un niveau d'écriture et de réalisation pas si fréquents que ça dans des séries Netflix.

Pourquoi alors faire la fine bouche?

Le casting, tout d'abord, qui n'aura pas convaincu tout le monde. Autant Andie Mc Dowell est stupéfiante et trouve là peut-être le rôle de sa vie, autant d'autres comédiens/diennes peuvent être moins convaincants, y compris Margaret Quailey. Est-elle trop clean, trop belle, trop fraîche en permanence pour incarner ce rôle, comme il a souvent été dit? Son jeu n'est -il pas limité à trois expressions faciales et deux rythmes de prosodie? Peut-être... difficile de trancher car il est au final impossible d'imaginer ce rôle joué par une autre comédienne, tant le personnage est omniprésent, inspirant autant la pitié que l'agacement, ce qui est peut-être déjà un beau challenge de remporté.

A son image, on peut trouver la série un peu trop proprette, justement. A-t-on trop frotté pour que ça brille, ou au contraire cela traduit-il la volonté de la protagoniste de ne jamais tomber trop bas dans la déchéance? Là aussi, difficile de trancher.

Le dernier point gênant, que d'autres ont déjà évoqué ici, sera la vision des hommes donnée au final par cette série: on a bien compris qu'il s'agit d'une affaire de femmes, qui luttent, qui souffrent, qui subissent la dureté des hommes, mais pour le coup, a t-on vraiment besoin de charger à ce point tous les personnages masculins, comme si on écrivait le premier chapitre du "Wokisme pour les nuls"? Tous les personnages masculins sont in fine malfaisants, dangereux, voire inutiles, malgré des allers-retours dont justement, on pouvait espérer qu'ils les feraient échapper à des jugements hâtifs et stéréotypés. Car même lorsqu'on entrevoit une rédemption, les hommes doivent replonger dans ce qu'ils sont: des lâches, des ivrognes, des brutes, des crétins, des incapables, des profiteurs, des infidèles, rayer la mention inutile. Même le plus aimant des papas ne pourra pas s'occuper de sa fille, et même le Monsieur Parfait avec qui l'héroïne pourrait envisager une vie plus sereine, et qu'elle semble désirer, se voit quasiment soupçonner de vouloir monnayer sa relation amoureuse en échange d'une vie bourgeoise et rangée, là où il semblerait y avoir un amour sincère et désintéressé. Quel dommage de sombrer dans ce ridicule et de céder à cette facilité ultra contemporaine. On aurait tout aussi bien accepté cette série avec ses beaux personnages de femmes fortes, victimes de certains hommes, tourmentées et courageuses, sans, justement, ce biais manichéen focalisé sur le masculin et ce message final qu'il n'y a de l'espoir que dans la sororité (ici fondamentale, salvatrice et magnifique, certes) et nulle part ailleurs.

A moins que les auteurs puissent nous indiquer qu'il s'agit là d'un défaut de perception des héroïnes de la série, et que ce positionnement anti-mâles n'est qu'une faille supplémentaire de ces personnages imparfaits.

Peut-être, mais il faudrait arriver à nous convaincre que telle était bien l'intention...

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