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Avis sur Marvel's Daredevil

Avatar Alyson Jensen
Critique publiée par le

Maj 26/04/2016 saison 2

Saison 1

Dans le secteur toujours plus surchargé du super-héros, la jeune Netflix propose sa création estampillée Marvel afin de conquérir encore plus de parts de marché. Se voulant sombres et matures, les aventures de Matt Murdock peuvent-elles s'extirper de la masse des séries actuelles à collants en lycra ?

Matt Murdock est avocat le jour et distributeur de mandales la nuit. Aveugle dès ses huit ans, il a développé un sens radar qui lui permet de réaliser divers exploits surhumains. Écouter des conversations à distance, percevoir le mensonge, la peur...etc. Tous ses sens sont hyper développés mais il s'en sert surtout pour envoyer du bourre pif par chapelet entier.

Passé le charme des deux premiers épisodes, avec une remarquable baston en plan séquence pour clore le second chapitre, la série s'enlise dans le conformisme et la mollesse redondante. Face à Murdock, Wilson Fisk, caïd de la pègre local, interprété sans envie par un Vincent d'Onofrio à l’œil humide. Un bon gros nounours amateur d'art, solitaire et adepte de la décapitation par portière. Reflet de Murdock, dans l'amour qu'il a pour sa ville et les excès de violence qui parfois le submergent, Fisk est un personnage qui parait toujours désolé, l'air penaud. Une sorte de François Hollande du crime organisé. Sa relation avec Vanessa aurait pu devenir intéressante si les scénaristes s'étaient concentrés sur les aspects critiques et non sur des discours abscons ou niaiseux. Fisk est donc relégué au second plan, pantin psychotique qu'on agite pour faire frémir le spectateur et lui faisant anticiper le meurtre de tel ou tel personnage de l'entourage de Murdock.

Pour Murdock, le bilan est à peine plus réjouissant. Il passe ses journées à déambuler dans un appart' vide ou à récupérer de ses blessures nocturnes. De l'avocat, on ne sait rien. Son rôle se limite à celui de catcheur de rue afin de soutirer quelques infos aux petites frappes locales. Notre fils de boxeur, comme Fisk, préfère la loi du marteau à celle du barreau. Un personnage surtout préoccupé par ses problèmes de conscience et le "mal" qui semble le ronger. La fin justifie-t-elle les moyens ? Peut-il tuer Fisk et garder son âme intacte ? Des questions abordées avec les trop rares conversations qu'il a avec le prêtre. Murdock traverse donc sa propre série sans avoir une réelle emprise sur elle. La fureur des premiers combats laisse rapidement la place à une action plus conventionnelle et anti spectaculaire, malgré les capacités du héros. Netflix a voulu casser l'image de super-héros de Daredevil en collant à la vision de Frank Miller. Mission réussie. On se croirait presque devant du Nolan. Matt l'avocat des premiers épisodes, sa volonté d'aider par le droit les oubliés, les démunis, les maltraités, développer l'homme plutôt que le masque, tout cela ne tient que le temps d'un souffle. On se retrouve rapidement avec Murdock le justicier encagoulé qui n'agit que la nuit avec ses seuls poings en guise d'arguments.

Comme si ses états d'âme ne lui suffisaient pas , Matt se voit affublé d'un duo comique qui rappelle Alex et Willow dans le sillage de la sautillante Buffy : Foggy du Jamel comedy club et Karen la plante en pot. Rarement personnages secondaires auront été si inconsistants. Au-delà de l'erreur de casting, Karen Page ne sert à rien, les yeux toujours humides, la lèvre tremblotante. Mince alibi qui relie le cabinet d'avocat à l'affaire Fisk, on espère rapidement la voir disparaitre. Foggy, lui, déroule son rôle de meilleur ami bouffon sans aucune originalité.

La série souffre d'un cruel manque de rythme, en partie dû à des dialogues et des scènes artificiellement prolongés. Tout est prétexte à étirer, enfler, le moindre fait anodin prend des proportions étouffantes. Dans sa volonté de se créer une identité propre, la série substitue la lenteur à l'ambiance. Comment pardonner alors aux scénaristes

de sacrifier les deux seuls personnages intéressants du casting. En effet, le journaliste Urich et l'homme de main Wesley ne verront pas le crépuscule de cette première saison.

Quant à ce premier degré qui asphyxie l'ensemble du show, il est pourtant la cause du seul rire que m'a arrachée la série : l'apparition du Daredevil dans son costume sm rouge. Dommage, le noir lui allait si bien.

Saison 2

Pour cette deuxième saison, Netflix a embauché deux acolytes pour notre justicier à la canne. The Punisher et Elektra. Si l'intrigue générale ne brille toujours pas par son originalité, les nouveaux venus sont assez suffisamment étoffés pour que l'on s’intéresse à eux. Elektra, l'ex de Matt Murdock, reconvertie en ninjassassin est un personnage sans surprise avec un côté dark trop peu nuancé. La vraie réussite de cette saison tient presque uniquement dans cette masse de violence qu'est The Punisher. L'interprétation inspirée de Jon Bernthal en fait la locomotive de cette saison, personnage tourmenté à la violence exacerbée et dont chaque combat transpire la rage, loin des entrechats stylisés de nos deux dancer in the dark.

Pour le reste, on reste en territoire connu. Matt Murdock contient sa colère le jour pour distribuer de la mandale la nuit. Encore une fois, cette bipolarité assèche le personnage et le simulacre de procès du Punisher ne reste qu'au stade des promesses à ceux qui, comme moi, attendait le véritable envol, ou la profonde chute, du Daredevil diurne. Sans réelle épaisseur, enlisé dans ses états d'âme figés, Matt Murdock peine à exister, renvoyant une image frustrante d'un homme intelligent qui se contente de distribuer du bourre pifs en série et subit toujours les velléités de ses adversaires. A aucun moment on ne le sent capable de reprendre le dessus autrement qu'en tatanant du ninja cagoulé. Défenseur jusqu'à l’écœurement du système judiciaire et de la bonne morale, jamais il n'utilise d'autres armes que ses poings, extensions de sa propre frustration. Il faut dire que ses comparses de justice diurne manque en tout point de répondant. Foggy le pitre, malgré un virage psychologique louable et une assise plus étendue sur la narration, n'arrive jamais à prendre son envol et à laisser une empreinte marquée sur le déroulé des événements. Quant à la pauvre Karen Page, le manque de charisme de Déborah Ann Woll enterre les derniers espoirs du spectateur qui rêvait encore d'un personnage s'éloignant du simple aimant à emmerdes.

Malgré un bilan encore amer, la réalisation plutôt dans la moyenne haute des productions actuelles (la baston dans les escaliers en plan séquence...OUF!!!) et une ambiance assez unique permettent de ne pas verrouiller des envies légitimes pour une troisième saison. Après 2 saisons d'atermoiements, il serait temps pour Matt Murdock d'enfin se décider. A refuser de choisir entre le barreau et la canne, l'avocat justicier se prive de résultat et se condamne lui-même à subir. La prochaine saison sera celle du choix ou elle sera la dernière pour moi.

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