Les nuits rouges de Harlem

Avis sur Marvel's Luke Cage

Avatar Commandant  Shepard
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Dieu sait qu’au Videodrome dès qu’on peut faire un peu de pub à Netflix on n’hésite pas, dans l’attente d’un juteux partenariat financier nous allons parler de la dernière série hype de la plateforme, estampillée Marvel. Après Daredevil et Jessica Jones, les séries marvelo-netflixiennes continuent leur bonhomme de chemin avec Luke Cage aka Power Man. Luke Cage, que nous avions déjà rencontré dans Jessica Jones, est un tank humain pour faire simple, super force et peau bulletproof à l’appui, qui après ses mésaventures à Hell’s Kitchen décide d’emménager à Harlem histoire de se retirer peinard des emmerdes de super-héros. Pas de bol, la guigne colle aux basques de notre néo-shaft qui devra quicher des têtes par grappes de douze pour retrouver la tranquillité.

Premier constat, que ce soit en terme de réalisation, d’ambiance ou de colorimétrie, la sérié s’inscrit parfaitement dans la lignée des productions précédentes, autrement dit une atmosphère nocturne et urbaine faisant penser à du Michael Mann, des réunions de mafieux tous les trois épisodes et un contenu plus adulte et cru, c’est-à-dire du sang et du sexe. La réalisation est toujours sobre et clean, s’autorisant par moments des effets de stylisation vraiment sympatoches même si le plan-séquence reste un gimmick propre à Daredevil. Tout ça est donc très agréable à suivre, d’autant plus que l’accent est surtout mis sur un travail d’ambiance pour rendre le plus fidèlement possible l’atmosphère d’Harlem, ce qui est parfaitement bien géré. On se retrouve donc avec un sentiment renvoyant aux films de la Blaxploitation, avec une certaine forme constante de coolitude, sans oublier que comme ces derniers la série revêt un aspect politique. Que ce soit de manière frontale ou dans le sous-texte Luke Cage décrit une population afro-américaine imprégnée de la violence policière ou bien choisit de parler de la gentrification de Harlem. Même si, de par son concept la série devrait obligatoirement (surtout au vu de l’actualité américaine) appréhender d’une manière ou d’une autre ce sujet elle n’hésite pas à rentrer dedans. La série prend le parti d’être un porte-étendard de la culture noire dont Harlem est décrit comme le joyau, elle prend le temps de mettre en avant cette culture afro-américaine et tous ses grands noms, redonnant à ce quartier une image plus positive que la plupart des films ou séries. Cela passe donc par l'invocation de figures du passé mais aussi du présent, avec des apparitions de Method Man qui signe même un morceau original ou de Raphael Saadiq. Comme la Blaxploitation des années 70 qui mettait en avant la funk et la soul, Luke Cage donne une place d'honneur aux artistes noirs de son temps mêlant rap, hip-hop ou soul et pour rendre ça plus concret, on peut voir l'omniprésence d'un club, décor parfait pour faire défiler les têtes connues. Ce choix n'est d'ailleurs pas surprenant quand on sait que le showrunneur de la série, Cheo Hodari Coker, a été rédacteur dans les magazines musicaux Vibe ou The Source. Alors par moments ça ressemble à du name dropping pas forcément très intéressant, mais il n’empêche que voir une série Marvel aussi engagée fait grave plaisir. Avec Luke Cage les séries Marvel/Netflix semblent de plus en plus être des underdogs du système Hollywoodien car jusqu’ici nous avons affaire à un héros souffrant d’un handicap, une héroïne et une série composée à 98% d’acteurs afro-américains. Quand on compare aux Avengers y a pas photo, puisque les personnages black et féminins sont dans le meilleur des cas des sidekicks d’un bon héros caucasien. Il semblerait que les productions futures induisent un changement mais n’empêche que ce premier pas est appréciable.

Comme d’habitude l’écriture très néo-noire rend des personnages attachants vraiment faillibles, nuançant les méchants de manière assez cool, mention spéciale à Cottonmouth et à Mariah Dillard. L'écriture contrastée des méchants est un gros point fort de ces séries et la preuve est que chacune d'elle accorde au moins un épisode au background de son vilain, mettant en avant la force du destin plutôt que ses propres choix. A côté de ça Luke Cage peut sembler un peu plus lisse que les amis Murdock et Jones car au final c'est juste un bon gars un peu paumé sur ce qu'il doit faire de ses dons. Même si on réussit à s'attacher à lui on est peut-être moins dans l'empathie qu'avec les autres héros parce qu'il est quasiment invulnérable physiquement. On pourra aussi noter un final assez amer et désabusé, loin du happy-end classique, tout ces éléments donnant une série qui tient largement la route. Cependant, comme dans Jessica Jones les bastons ne sont pas les points forts de la série puisqu'on est loin d’un Daredevil virevoltant devant la caméra. Luke est un char d’assaut, et le plus souvent il se contente de coller une claque à un gars qui vient de vider son chargeur sur son torse musculeux. De plus dans sa globalité la série souffre de quelques problèmes d’écriture, notamment par quelques longueurs ou alors un méchant final catapulté dans l’histoire comme un cheveu sur la soupe et prenant des décisions pas super cohérentes (vous savez le genre de moment où il pourrait tuer le héros sans problème mais finalement non) ce qui est dommage. Un peu comme la saison deux de Daredevil, la série souffre d’une division en deux parties autour d’un turning point qui nuit au rythme global. Reste que les 13 épisodes s'enquillent sans problème malgré ce petit goût amer, les séries Marvel/Netflix ont trouvé leur rythme de croisière, teintant chaque canon et héros d'une recette avec un ton un peu différent, mais restant globalement dans un schéma qui semble fixe. Certes la recette est agréable mais a-t-on vraiment envie de voir dans les séries exactement le même chose de ce qui ce passe au cinoche avec un MCU complètement ankylosé dans sa formule à faire des milliards d'entrées? On espère donc un changement de ton visuel ou narratif un peu couillu pour Iron Fist ou Defenders histoire de remuer un peu tout ça. Même si je chipote, mieux vaut prévenir que guérir, comme le dirait ma mamie.

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