My body is a cage

Avis sur Marvel's Luke Cage

Avatar The-Goblin
Critique publiée par le

L'association Marvel/Netflix commencerait elle à montrer des signes de faiblesse ? C'est en tout cas une question sur laquelle il conviendrait de se pencher. Si Daredevil demeure à ce jour la série superhéroique la plus aboutie, elle marquait déjà quelques signes de faiblesse en fin de saison 2 (malgré 5 premiers épisodes magistraux). Jessica Jones d'une qualité moindre valait surtout pour Kilgrave magistralement interprété par David Tennant mais se cassait tout de même bien la gueule en fin de saison. Luke Cage ne remonte malheureusement pas le niveau malgré quelque qualités. Le personnage en lui même est porteur de certaines valeurs qui justifiaient son adaptation. Si Black Panther était le premier superhéros noir, il était avant tout un roi africain régnant sur un pays high tech. Luke cage lui était avant tout un afro américain, tentant avant tout de gagner sa vie et une victime accusée à tort d'un crime qu'il n'avait pas commit. Le personnage est porteur d'une certaine réalité sociale toujours présente aux USA et c'était bien là, l'enjeu de la série. Mettre en avant un superhéros noir qui baignait une culture et un contexte ethnique bien précis. Sans aller trop loin dans le Black Power, la série parvient à nous immerger assez efficacement dans cet univers urbain. Luke Cage a ainsi le mérite d'avoir sa propre identité et de se différencier de Daredevil et de Jessica Jones. Le traitement montre néanmoins quelque signes de maladresse, notamment au début, où le spectateur est littéralement noyé sous un flot continu de référence culturelle et politique. Sans parler de quelque clichés qui reviennent de temps à autre et du pathos dégoulinant en dernier tiers de saison. La série n'est cependant pas lourdingue et parvient à se montrer rafraichissante grâce à une bande son agréable et s'accordant parfaitement avec la tonalité de la série, ainsi que des allusions au racisme plus subtiles qu'il n'y parait à première vue.

Malheureusement si la forme est plutôt aboutie, le fond ne se montre pas à la hauteur car Luke Cage est lent, Luke Cage est laborieux, Luke Cage est mal rythmé et Luke Cage se casse bien la gueule en fin de saison. Le personnage en lui même est attachant et réserve quelque bon moment mais il ne parvient pas à fasciner. Mike Colter l'incarne avec charisme et plaisir mais rien à faire la recette ne prend pas. Comme Jessica Jones, la série tombe trop dans le contemplatif, donnant l'impression à la série d'être interminable. Le sentiment est d'ailleurs renforcé par le fait que la série se découpe en deux arcs d'une qualité bien inégale. Un rythme lent et des monologues étendues ne constituent pas une faiblesse lorsque l'écriture suit (prenez Breaking Bad ou Dardevil) mais ici la magie ne prend pas. En dépit de la prestation d'acteur convaincant comme Mahershala Ali, Luke Cage ennuie et prend trop de temps à décoller pour finalement pas grand chose, les enjeux n'étant finalement pas à la hauteur de l'attente. L'intrigue en elle même adopte un schéma extrêmement classique présentant un héros perdu en recherche de lui même et confronté à ses démons. La recette a déjà été exploité en long et en large avec Arrow, Daredevil et Jessica Jones et Luke Cage n'a malheureusement pas grand chose d'autre à offrir.

Les scènes d'actions, amusantes au début, grâce à l'invulnérabilité notoire du protagoniste finissent par lasser. D'autant qu'elles ne bénéficient pas d'une réalisation soignée, la plupart d'entre elles n'étant pas lisibles et filmées caméra sur l'épaule. La bataille finale est d'ailleurs d'une rare médiocrité même dans la mis en scène. Le spectaculaire ne tient pas non plus ses promesses, la série n'ayant visiblement pas les moyens d'aller trop loin avec la super force de son héros. Au final, l'action ennuie, surtout quand elle est distillé dans un long épisode souffrant d'un rythme lent. Ironiquement l'épisode flash Back est peut être le plus aboutie et laissait sous entendre une hausse de niveau. Malheureusement tout part en vrille en demi saison après la mort de l'un des antagonistes.

Quand est il des méchants ? L'un des points forts de l'association Marvel/Netflix était de réussir là où les adaptations cinématographique échouaient, à savoir à proposer des antagonistes travaillés et complexes, tout autant développés que le héros voir même plus. Ici, la série prend le parti de travailler sur 4 méchants, ce qui se révèle une erreur aucun d'eux ne parvenant à fasciner sur le long terme. Cottonmouth vendu comme un méchant charismatique dans les bandes annonces, n'est finalement pas très convaincant. A vrai dire à aucun moment il ne constitue une réelle menace pour le héros, même Ali déçoit, la majeure partie de son jeu d'acteur consistant à se fendre la gueule à tout bout de champs :

https://www.youtube.com/watch?v=sSPkx294gTc

Le plan ou il s positionne devant la photo de Biggy est sans doute sa meilleure scène malgré tout le personnage n'a pas le coté fun et inquiétant d'un Kilgrave et ne possède ni le charisme ni la présence d'un Wilson Fisk. Le comble étant qu'on choisit finalement de s'en débarrasser d'une façon aussi absurde qu'anticlimatique alors que le personnage commençait enfin à gagner en complexité et à monter en puissance. Malgré tout on se surprend à le regretter quand les autres antagonistes entrent en scène. Shades prend la pose tout au long de la série et frôle le ridicule avec ses lunettes noires en pleine nuit. Black Mariah se révèle antipathique dans le mauvais sens du terme, elle n'est finalement qu'une enième politicienne corrompue interchangeable avec pas mal de série. Les scénaristes ne se soucient même pas de lui octroyer des discours convaincants. Il faut voir la scène où elle parvient à intégrer dans le même discours qu'il faut cesser les violences policières envers les jeunes noires et les concitoyens tout en incitant à armer les flics avec des armes ENCORE plus meurtrières. Heureusement pour elle, l'opinion est particulièrement versatile. C'est cependant à l'ami Diamondback que revient le privilège de porter l'estocade finale. Non seulement l'acteur en fait des tonnes mais en plus le personnage frôle le cartoonesque. Pire encore, le pauvre se voit doter de motivations au ras des pâquerettes (papa était méchant donc au lieu de me venger sur lui je vais me venger sur mon demi frère que papa n'aimait pas plus). On passera le mot sur la prise d'otage dans le club qui n'a ni queue ni tête et son combat final avec un costume d'un rare ridicule (je me suis surpris à crier devant l'écran : mais retire lui son casque bon sang !)

Le personnage de Misty Knight est finalement le meilleur atout de la série, à tel point qu'elle vole presque la vedette à Luke Cage. Les séries superhéroiques commenceraient elles aussi à s'essouffler ? Il fut un temps où je me serais inscrit en faux mais la déception engendrée par les séries Netflix commencent à me faire reconsidérer mon opinion.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 2290 fois
20 apprécient

The-Goblin a ajouté cette série à 1 liste Marvel's Luke Cage

Autres actions de The-Goblin Marvel's Luke Cage